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Le sénateur Carignan va quitter ses fonctions chez Sélection

Claude Carignan est considéré par des cadres qui l'ont côtoyé au sein du géant des résidences privées pour aînés comme le véritable bras droit de son président Réal Bouclin.

Claude Carignan.

Le sénateur conservateur Claude Carignan lors d'une entrevue à Ottawa

Photo : Radio-Canada

Alors que la direction du Groupe Sélection joue ses dernières cartes en Cour d’appel du Québec pour en garder le contrôle, le sénateur conservateur Claude Carignan, numéro deux de l’entreprise, sous pression dans le dossier, va quitter ses fonctions dans quelques semaines, a appris Radio-Canada.

Selon nos informations, M. Carignan en a fait l’annonce jeudi matin. Mais il souhaiterait continuer à travailler sur des dossiers courants et ne quitterait donc pas avant les Fêtes.

Interpellé par Radio-Canada, avant la publication de l'article, le principal intéressé n’a pas souhaité dire le moment précis de son départ. Je ne quitte pas maintenant et je ne ferai aucun commentaire, a-t-il souligné.

Depuis 2016, M. Carignan est premier vice-président exécutif, stratégies et affaires corporatives de Groupe Sélection. Sur le site Internet du géant des résidences privées pour aînés (RPA), on le désigne comme un joueur clé pour mobiliser, protéger et faire rayonner l’organisation.

Selon quatre anciens cadres de l’entreprise consultés par Radio-Canada, M. Carignan est central au sein du Groupe Sélection, il signe les documents importants et est consulté pour les orientations de l’entreprise.

C’est le vrai bras droit de Réal Bouclin [PDG de l’entreprise]. Toutes les décisions, tout ce qui se fait dans l’entreprise, Bouclin demande à Claude Carignan de l’entériner. Tout ce qui s’est passé a eu lieu avec l’aval et sa signature, a souligné l’un d’entre eux qui a requis l’anonymat lors d’une entrevue à Radio-Canada.

En réaction à l’article, M. Carignan s’est dit en désaccord complet avec cette dernière mention. Cette affirmation est complètement fausse, inexacte. Manifestement, la personne qui a dit cela n’a aucune idée de mon rôle exact chez Sélection, a-t-il dit lors d’une conversation téléphonique.

C’est une personne d’influence qui a changé l’entreprise, a souligné une autre source.

Il était souvent là, des fois au Sénat. Il signait des documents. Mais son expertise n’était pas en immobilier. C’était pas trop clair, sa valeur ajoutée, a indiqué un ancien dirigeant.

« Plusieurs personnes n’ont jamais compris comment Claude avait réussi à devenir la personne qui validait tout. Il était devenu en quelque sorte le Raspoutine à Réal Bouclin [personnage mystique, conseiller du tsar Nicolas II]. »

— Une citation de  un ancien dirigeant

M. Carignan avait été nommé au Sénat par l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper en 2009 et avait été leader du gouvernement du Sénat. Il est également membre du Conseil privé du Canada et a déjà été maire de Saint-Eustache.

C’est un travail de deux à trois jours par semaine en moyenne, comme le Sénat, avait expliqué M. Carignan au Journal de Montréal, il y a quelques jours, en soulignant la flexibilité des horaires des deux postes. Il a été impossible de connaître son salaire chez Sélection, mais comme sénateur, sa rémunération est de plus de 164 000 $ annuellement.

Des problèmes depuis longtemps

Ce changement à la direction de Sélection arrive au moment où plusieurs témoignages d’anciens employés à l’interne font état de difficultés majeures au sein de l’entreprise, et ce, depuis longtemps.

À la seconde où je suis arrivé là, je savais qu’il y avait des problèmes. Je suis parti car j’étais extrêmement mal à l’aise, a souligné un ex-cadre, bien au fait des dossiers.

J’avais la conviction qu’on allait sauver le navire, j’ai tout fait ce que je pouvais. Mais comme on dit en anglais : You can lead a horse to water but you can’t make him drink [on peut amener un cheval à l'abreuvoir mais on ne peut pas le forcer à boire], a-t-il poursuivi.

Un autre dirigeant a aussi quitté le navire en raison de son désaccord avec les décisions prises et évoque un climat malsain. J’ai fait la même évaluation que les autres séniors qui ont quitté avant et après moi. Il y avait des problèmes de gestion en haut. Le poisson sent toujours de la tête.

Une autre source raconte que l’entreprise était déjà en manque de liquidités pour amorcer ses projets et que les problèmes financiers existaient depuis au moins cinq ans. On faisait des achats sans avoir l’argent. Je ne pouvais pas me mettre dans une position de vendre quelque chose qui n’existait pas.

On prenait une carte de crédit pour payer l’autre carte de crédit. La situation n’était pas très solide en partant, le cash flow était tight, nous a dit cet ancien cadre.

Pendant plusieurs mois, plusieurs sous-traitants et fournisseurs n’ont pas été payés, une situation qui s’était aggravée lors des derniers mois. Il y avait 118 millions de payable et il faisait des acquisitions de terrains. Il a financé sa croissance sur le dos d’entrepreneurs et de fournisseurs, souligne une source.

La direction du Groupe Sélection a cependant une tout autre version des faits. Dans une lettre ouverte, le fondateur du groupe Réal Bouclin a souligné que ce sont des facteurs macro-économiques liés à l’inflation et la hausse des taux d’intérêt des derniers mois, en plus des impacts de la pandémie qui auraient poussé l’entreprise vers l’insolvabilité.

Appelé à commenter, le Groupe Sélection a affirmé concentrer ses efforts sur le processus judiciaire d’arrangements avec les créanciers. Par respect pour le processus, nous ne ferons pas de commentaires sur ces sujets pour le moment, a souligné Claude-André Mayrand, porte-parole de l’entreprise.

Dernière chance

Le Groupe Sélection, géant des RPA au Québec, s’est placé sous la protection de la Loi sur les arrangements des créanciers des compagnies (LACC) le 14 novembre dernier.

L’affaire s’est retrouvée devant les tribunaux la semaine passée, et la Cour supérieure du Québec a donné raison aux prêteurs de l’entreprise qui souhaitent contrôler la restructuration et qui réclament un montant de 272 millions de dollars.

Groupe Sélection s’adresse maintenant à la Cour d’appel afin de casser la décision et souhaite que le processus soit mené par son contrôleur, TFI et Yannick Blanchard comme chef de la restructuration.

La Presse rapportait que la Cour d’appel du Québec a mis en délibéré la demande de permission d’en appeler de Sélection, qui perd environ 7 millions par mois.

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