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Le bison pour protéger la biodiversité et sa culture

La famille Boily a réalisé son rêve. En élevant des bisons, elle souhaitait reprendre contact avec son héritage métis et protéger une espèce menacée.

Erin Boily et son beau-père dans un enclos de bisons.

Erin Boily est copropriétaire du ranch Iron Head Bison. Son beau-père, à sa droite, vient souvent s'occuper des bisons.

Photo : Radio-Canada / Anne-Charlotte Carignan

Dans un ranch situé tout près de la route Transcanadienne, dissimulé derrière une bande d’arbres, une centaine de bisons broutent l’herbe. Ils se prélassent sous le soleil d’automne qui offre encore un peu de sa chaleur.

Ces bisons appartiennent à Jason Boily et à sa femme, Erin Boily. Il a eu l’idée d’en faire l'élevage en 2015.

L’objectif était de renouer avec son héritage métis et d’assurer la protection de cette espèce.

J’ai toujours été attiré par le bison. C’était quelque chose en dedans de moi. Quand j’en parlais avec ma femme [au début], elle ne voulait pas vraiment être fermière, dit-il en riant.

Le bison des prairies, une espèce menacée

Le bison des prairies est considéré comme une espèce menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). La situation des bisons des bois est, pour sa part, considérée comme préoccupante.

Une bisonne et son veau broutent de l'herbe.

La copropriétaire du ranch Iron Head Bison, Erin Boily, explique que le bison est un animal surtout convoité pour sa viande et son cuir.

Photo : Radio-Canada / Anne-Charlotte Carignan

En 2017, son ranch familial, Iron Head Bison, a accueilli ses premiers pensionnaires, dans le village de Richer, à 60 km au sud-est de Winnipeg.

L’endroit accueille environ 180 bisons des prairies et des bois sur une terre autrefois détenue par des membres de la famille.

Le bison, source de biodiversité

On voulait réintroduire l’espèce dans la région, explique Erin Boily, la femme de Jason, copropriétaire du ranch.

Selon elle, la présence des bisons a eu un impact considérable sur la qualité de leurs terres.

« Avant que nous ne commencions l’élevage, le sol était très sec, avec du gazon en mauvaise santé. C’était une vieille ferme. Maintenant, le gazon est vert, et il y a beaucoup d’oiseaux et d’autres animaux. »

— Une citation de  Erin Boily, copropriétaire d'Iron Head Bison

Une étude récente, menée par la Kansas State University,  (Nouvelle fenêtre)montre que, dans les prairies d’herbes hautes habitées pendant 30 ans par des bisons, à la station biologique de Konza Prairie, aux États-Unis, la biodiversité végétale a doublé.

Les bisons rendent les plantes plus résistantes aux sécheresses, ce qui aide les Prairies à être plus solides face aux changements climatiques.

Je peux voir pourquoi, quand il y avait 60 + millions de bisons dans les Prairies, c'était bon pour le terrain, dit Jason Boily.

Un troupeau à FortWhyte Alive

Dans le parc FortWhyte Alive, dans le sud-ouest de Winnipeg, un enclos à bisons tend à confirmer ces études. Leur présence a eu un impact sur la biodiversité.

Leur pâturage et leurs excréments contribuent à faire pousser les herbes des Prairies, ce qui permet de nourrir d’autres petits animaux, explique Barret Miller, guide dans l’enclos de bisons au parc FortWhyte Alive.

Au cours des 15 dernières années, il a pu constater les bienfaits des bisons pour le site.

Nous le voyons ici [à FortWhyte Alive], il y a beaucoup de rongeurs avec les bisons. On ne les retrouverait pas dans des champs agricoles ou près du bétail. Ces rongeurs attirent ensuite les oiseaux de proie, tels que des aigles et des faucons.

Le bison : une victime de la colonisation?

Les bisons étaient extrêmement nombreux avant l’arrivée des colons au Canada.

Le colonialisme a contribué de façon très importante à la disparition du bison, soutient Janique Dubois, professeure agrégée en études politiques à l’Université d’Ottawa, qui s’est intéressée à l’importance du bison dans les politiques de la nation métisse.

Avant la colonisation, entre 30 et 70 millions de bisons vivaient dans les plaines d’Amérique du Nord.

Dans les années 1880, ils n’étaient plus que quelques centaines.

Un homme se tient sur une pile de crânes de bisons, vers 1892 au Michigan.

Un homme se tient sur une pile de crânes de bisons, vers 1892 au Michigan.

Photo : Bibliothèque publique de Détroit

Le bison a fait vivre et émerger la nation métisse. C’est surtout autour du bison qu’elle a commencé à développer des pratiques collectives, qui sont par la suite devenues des traditions politiques encore présentes au sein des gouvernements dans l’Ouest , explique Janique Dubois.

Elle ajoute que, en plus d’être un moyen de subsistance, le bison a toujours eu une grande importance sociale pour les peuples autochtones et la nation métisse.

C'est une chose dont le gouvernement colonial de l’époque a tiré profit.

Certaines politiques du gouvernement colonial interdisaient le mouvement des personnes, des Autochtones en particulier. Cela empêchait que les familles puissent s’organiser pour effectuer la chasse. La persécution était très réelle. On savait qu’il y avait des forces militaires qui interdisaient aux Autochtones de chasser sur le territoire, raconte Janique Dubois.

Pendant ce temps, les colons menaient une chasse excessive.

Le colonel américain Philip Sheridan est d’ailleurs connu pour avoir tenté d’exterminer les Autochtones par la chasse excessive, comme l'explique un article la professeure en études autochtones de l’Université du Manitoba Carry Miller.

« Tuez tous les bisons que vous pouvez! Chaque bison mort est un Indien de moins. »

— Une citation de  le colonel Philip Sheridan s'adressant à un chasseur se sentant coupable après avoir chassé 30 bisons pendant une excursion

L’industrialisation et l’agriculture dans les Prairies sont aussi d’autres facteurs qui expliquent la quasi-disparition des bisons.

Un animal guérisseur

Erin Boily sur un quatre-roues observe ses bisons dans leur enclos.

En 2021, 989 entreprises au Canada font l’élevage de 150 000 bisons, selon le Recensement de l’agriculture, dont un peu plus de 11 000 bisons au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Anne-Charlotte Carignan

Lorsqu’elle se promène dans l’enclos, Erin Boily regarde son troupeau avec un brin de tristesse dans les yeux. Sa belle-mère est aux soins palliatifs. 

En octobre 2021, le cancer de la mère de Jason a récidivé, dit-elle. Lorsque son mari et elle ont appris la nouvelle, ils ont organisé une cérémonie de la pleine lune.

Nous avons préparé un feu, au milieu de l’enclos des bisons. Les bisons sont sacrés dans les cultures autochtones. Un aîné et un guide spirituel étaient là, on jouait des tambours, de la musique, raconte Erin Boily.

Feu allumé lors d'une cérémonie de la pleine lune par la famille Boily, en octobre 2021.

Un feu a été allumé durant une cérémonie de la pleine lune par la famille Boily, en octobre 2021.

Photo : Gracieuseté d'Erin Boily

C’était important pour nous de reprendre contact avec la terre, avec les esprits et de rendre hommage aux bisons, ajoute-t-elle.

Pour le couple d’éleveurs métis, le but d’avoir des bisons, c’était aussi de créer un lien avec leur héritage culturel.

On savait que d’autres personnes faisaient l’élevage des bisons dans la province, mais on voulait ramener des bisons dans notre communauté. Il n'y a pas beaucoup d’élevages métis dans la vallée de la rivière Rouge, explique Jason Boily.

En plus de ses propres bisons, Iron Head Bison prend soin d’au moins 15 bisons appartenant à la Fédération métisse du Manitoba (MMF).

En décembre 2020 et 2021, le ranch de Jason et Erin Boily a remis deux bisons par an à la MMF, soit 1000 livres de viande, qui ont été distribuées aux aînés métis dans toutes les régions de la MMF, comme l'a indiqué le ministre de l’Agriculture de la MMF, David Beaudin, dans un courriel à Radio-Canada.

[C'était une manière de] continuer à récolter un aliment traditionnel, dont nos ancêtres se servaient beaucoup, et [d’]utiliser le troupeau pour promouvoir des initiatives culturelles, éducatives et économiques, a ajouté le ministre.

Un bison appartenant à la Fédération métisse du Manitoba.

La Fédération métisse du Manitoba a indiqué à Radio-Canada que des programmes de soutien pour les agriculteurs et les éleveurs métis sont actuellement en cours de préparation.

Photo : Radio-Canada / Anne-Charlotte Carignan

Célébrer sa culture grâce au bison

Le fait de proposer des initiatives autour du bison permet de redonner vie à quelque chose qui a toujours été rassembleur, affirme Janique Dubois.

Selon elle, le bison permettait d’assurer la survie des Autochtones et des Métis, mais le fait de le chasser offrait surtout une raison de célébrer.

Au début de la chasse, toutes les familles étaient rassemblées. C’était des retrouvailles, explique-t-elle.

C’est d’ailleurs pourquoi Jason et Erin Boily ont créé leur ranch.

On voulait commencer ça pour la famille, c’est une valeur importante pour nous, conclut Jason Boily.

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