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Un parasite pourrait dicter le choix du chef d’une meute de loups

Deux loups, l'un gris, l'autre noir, jouent dans le parc national de Yellowstone.

Deux loups de la meute de Druid Peak jouent dans le parc national de Yellowstone.

Photo : Parc national de Yellowstone/Daniel Stahler

Agence France-Presse

Les loups infectés par un banal parasite ont beaucoup plus de chances de s'imposer comme chefs de leur meute, selon une étude qui laisse à penser que l'intrus, qui colonise le cerveau, pousse son hôte à prendre des risques.

Toxoplasma gondii, un parasite unicellulaire, se reproduit uniquement chez les chats et les félins, mais il peut infecter n'importe quel animal à sang chaud.

On estime qu'entre 30 % et 50 % de la population humaine est infectée par le parasite, dont le système immunitaire empêche généralement l'apparition de tout symptôme.

Des études ont établi une relation entre sa présence dans le cerveau humain et un accroissement des comportements à risque et des agressions. D'autres ont contesté l'existence d'un tel lien.

L'étude publiée jeudi dans la revue Communications Biology (Nouvelle fenêtre) (en anglais) repose sur 26 années d'observation de loups gris dans le parc national de Yellowstone, aux États-Unis.

Quatre loups jouent dans la neige.

Des loups de la meute de Druid Peak dans le parc national américain du Yellowstone.

Photo : Parc national de Yellowstone/Daniel Stahler

Les chercheurs du Yellowstone Wolf Project (Projet Loup du Yellowstone) ont analysé les prélèvements sanguins de 230 loups et 62 couguars. Ces derniers sont connus pour diffuser le parasite dans leurs interactions avec les loups.

Leurs recherches ont établi qu'un loup infecté a 11 fois plus de chances qu'un loup non infecté de quitter sa meute, ce qui est caractéristique d'une plus grande propension à prendre des risques.

Et un loup infecté a 46 fois plus de chances de devenir chef de la meute, selon l'étude qui rappelle que ce rôle échoit normalement à l'individu le plus agressif et le plus aventureux.

Ces trois conclusions font la démonstration rare d'une infection parasitaire influençant le comportement dans une population sauvage de mammifères, selon l'étude.

Être plus intrépide n'est pas en soi une mauvaise chose, mais cela peut raccourcir l'existence des animaux, car leurs décisions peuvent plus souvent les mettre en danger, a expliqué à l'AFP Kira Cassidy, co-autrice de l'étude.

Une autre étude parue l'an dernier avait conclu qu'un comportement plus audacieux, induit par le parasite, chez de jeunes hyènes au Kenya les rendait plus susceptibles d'approcher des lions et de se faire croquer.

Le même scénario serait à l'œuvre chez des rongeurs infectés par le parasite : ils perdent toute peur instinctive de leur premier prédateur, le chat, qui est l'hôte de choix de Toxoplasma gondii.

Tout en louant les conclusions de l'étude sur le loup, William Sullivan, professeur de pharmacologie et toxicologie à l'Université de l'Indiana, avertit qu'elle ne prouve pas une relation de cause à effet.

Un loup doté d'une nature qui le pousse à prendre des risques pourrait simplement être plus enclin à s'aventurer sur le territoire des couguars, et à y contracter une toxoplasmose (engendrée par le parasite en question), remarque auprès de l'AFP le professeur, qui a étudié le parasite sur plus de 25 ans.

Mais si les résultats s'avèrent justes, ils laissent entendre que nous sous-estimons l'impact de Toxoplasma sur les écosystèmes, ajoute-t-il.

Chez l'humain, le parasite affecte avant tout les personnes immunodéprimées, et cause la toxoplasmose, une maladie pouvant endommager le cerveau et les yeux. L'infection intervient généralement par l'absorption de viande trop crue, ou via les soins apportés à son chat, notamment en nettoyant sa litière.

Ajai Vyas, spécialiste du parasite à l'Université Nanyang de Singapour, doute qu'une telle infection chez l'humain puisse le pousser à des conduites à risque. Le comportement humain est très différent de celui des autres animaux, souligne-t-il.

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