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Meurtre à Lac-Saint-Charles : pas d’enquête publique prévue pour l’instant

Un camion du SPVQ.

Jacques Côté, 65 ans, a été victime du premier meurtre de l'année à Québec.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Malgré une demande formulée il y a six mois par la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec, le Bureau du coroner croit qu'il est trop tôt pour dire s'il entend mener une enquête publique sur les circonstances entourant la mort de Jacques Côté.

Dans une longue lettre envoyée en mai dernier, d’abord dévoilée par le Journal de Québec et dont Radio-Canada a obtenu la copie, la présidente de la Fraternité, Martine Fortier, attire l'attention de la coroner en chef, Me Pascale Descary, sur plusieurs problèmes en lien avec le meurtre de Jacques Côté.

Le Bureau du coroner confirme avoir bien reçu la demande, mais jugeait prématuré de statuer sur la pertinence d’ordonner une enquête publique dans le dossier concerné considérant les procédures criminelles toujours en cours, précise Jake Lamotta Granato, responsable des communications et des relations avec les médias.

Pour l'instant, aucune enquête n'est prévue. Il a été entendu avec Mme Fortier que le Bureau du coroner lui reviendrait selon l’évolution de la situation. La coroner en chef n’a pas d’éléments nouveaux à ce jour lui permettant de se prononcer sur la demande de la présidente de la Fraternité, ajoute le porte-parole.

Santé mentale

Jacques Côté, 65 ans, a été tué le 6 avril dernier par un homme en crise dans le secteur de Lac-Saint-Charles, à Québec.

Les parents de Kim Lebel, accusé de meurtre au deuxième degré, avaient déjà signalé la détresse de leur fils deux jours avant le drame. Les policiers l'avaient même rencontré, mais avaient décidé de ne pas intervenir. Une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) est d'ailleurs ouverte pour faire la lumière sur le travail du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

L'homme souriant sur sa photo de profil Facebook.

Kim Lebel est le suspect pour le meurtre qui a eu lieu à Lac-Saint-Charles.

Photo : Facebook (capture d'écran)

Selon la Fraternité des policiers, le drame est symptomatique des nombreux défis auxquels font face les policiers. Les interventions en matière de santé mentale et leur complexification sont en constante progression depuis plusieurs années, soulève la présidente Martine Fortier dans sa lettre.

La désinstitutionnalisation a certes permis à des personnes de pouvoir vivre en société tout en bénéficiant d'un encadrement externe, mais certains cas lourds ayant passé la majorité de leur vie en institution se sont malheureusement retrouvés dans les rouages du système judiciaire, mentionne la présidente. Le système de santé n'a-t-il pas une responsabilité en matière de santé mentale?

Rôle du policier

Martine Fortier parle également de la pression à laquelle font face les policiers lors de leurs interventions. La rapidité décisionnelle dont ils doivent faire preuve n'a cessé d'augmenter.

Une femme et un homme derrière une table en conférence de presse.

Lucie Drouin et Daniel Lebel sont les parents de Kim Lebel, accusé du meurtre de Jacques Côté.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

C'est dans un délai restreint qu'ils doivent notamment évaluer si l'état de santé d'une personne en crise nécessite un transport vers un centre hospitalier, si elle doit être écrouée ou si elle peut tout simplement demeurer à sa résidence en étant accompagnée, mentionne la présidente.

Les conséquences sont aussi grandes lorsque les policiers font une erreur de jugement. Advenant un décès découlant d'une mauvaise évaluation de la situation, ils se verront enquêter par le BEI, par la déontologie, risqueront d'être poursuivis en vertu du code criminel et en chambre civile, et seront inévitablement jugés par le tribunal populaire avant même que les conclusions de toutes ces tribunes ne soient rendues publiques, croit Martine Fortier.

Temps d'intervention

Les parents de Kim Lebel ont également critiqué le temps d'intervention des policiers. Pour expliquer la situation, Martine Fortier pointe notamment la réorganisation des services policiers depuis la fusion du corps de police et la fermeture de poste de quartier.

« Un seul citoyen qui paie de sa vie les lacunes de la réorganisation policière n’est-il pas un citoyen de trop? »

— Une citation de  Martine Fortier, présidente de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec

Martine Fortier remet en question une réorganisation des patrouilles terminée en mai 2020, notamment la répartition des ressources par proximité des appels et l'abolition de certains secteurs de patrouille.

Des bouquets de fleurs dans la neige.

Des gens sont venus déposer des fleurs à l'endroit du drame.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

L'absence de patrouilleurs dans les postes de Charlesbourg et de La Haute-Saint-Charles a nécessairement contribué à la diminution de la présence policière dans les secteurs périphériques de Québec, Saint-Augustin-de-Desmaures et de L'Ancienne-Lorette, écrit-elle. Le temps de déplacement pour que les policiers se rendent dans la balise qui leur est attribuée s'en est ainsi trouvé augmenté, les déplacements en conduite d'urgence sont plus fréquents, augmentant ainsi les risques inhérents à la sécurité routière.

La présidente demande donc une enquête publique pour que l'ensemble des éléments ayant pu contribuer à ce décès soient analysés et que des recommandations soient formulées officiellement.

Le chef Turcotte ouvert à collaborer

Le directeur général du SPVQ assure qu'il collabora avec la coroner si elle décide de mener une enquête publique. Je n’ai aucun problème avec ça, si le coroner veut faire une enquête publique sur ce dossier-là, on va être là et on va collaborer entièrement à cette enquête publique là, a mentionné Denis Turcotte, vendredi.

Un homme en uniforme du SPVQ en train de parler dans une conférence de presse.

Le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Denis Turcotte

Photo : Radio-Canada / Louis-Simon Lapointe

En ce qui concerne la réorganisation des effectifs, le chef rappelle qu'il est toujours ouvert à amélioration, mais que beaucoup d'aspects ont été modifiés depuis la réorganisation de 2020. Le SPVQ compte maintenant plus de 796 policiers sur le terrain, alors que ce nombre était de 693 en 2020.

La réorganisation a été négociée [avec le syndicat] et entendue. On a une opportunité, on a une convention collective qui se termine à la fin de l'année, on va être en processus de négociation, on pourra revoir tout ça, croit M. Turcotte.

Il souligne qu'une quarantaine de choses ont été modifiées depuis 2020. Je reste toujours ouvert à améliorer le produit [...]. Il n'y a aucun secteur qui est négligé. C'est une réorganisation de l'effectif en fonction du nombre d'appels, de l'achalandage. Tout le monde est en sécurité. Est-ce qu'on peut s'améliorer ? Je suis quelqu'un qui veut toujours s'améliorer, conclut le chef.

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