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Des millions d’Ukrainiens toujours privés de courant après des frappes russes

Des Ukrainiens recueillent de l'eau.

Les habitants du village de Vodohin recueillent de l'eau après la destruction de plusieurs infrastructures par les frappes russes de la veille.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

Agence France-Presse

L'Ukraine, notamment sa capitale Kiev, était largement privée d'électricité et d'eau jeudi, au lendemain de nouvelles frappes russes massives qui ont spécifiquement visé les infrastructures énergétiques, une stratégie qualifiée de « crimes de guerre » par les alliés occidentaux au moment où l'hiver s'installe.

Neuf mois jour pour jour après le début de l'invasion russe, des millions d'Ukrainiens ont passé la journée sans courant et dans le froid.

Des civils marchent dans une rue non éclairée après les frappes de missiles d'hier à Kiev.

Après neuf mois de guerre en Ukraine, les missiles russes ne visent que les infrastructures civiles. Des millions d'Ukrainiens sont toujours privés d'électricité et d'eau courante, entre autres dans la capitale au lendemain de bombardements massifs. Le récit de Lise Villeneuve.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

À Kiev, frappée par une pluie glaciale qui tombait sur la neige et des températures proches de zéro, environ 70 % de la population restait privée d'électricité, tandis que l'approvisionnement en eau a été rétabli, selon la mairie.

De son côté, le ministère russe de la Défense a affirmé que les bombardements russes n'avaient pas pris pour cible la capitale, accusant la défense antiaérienne ukrainienne d'avoir été responsable des dommages à Kiev.

Le reste de l'Ukraine était également largement affecté par les coupures, mais la reconnexion des infrastructures critiques au réseau se poursuivait graduellement.

À Kharkiv, la deuxième ville du pays, non loin la frontière avec la Russie, l'approvisionnement a été rétabli après un travail très difficile, a dit son maire Igor Terekhov.

Les bombardements russes se poursuivaient également, faisant 4 morts et 10 blessés à Kherson (sud), d'où les troupes de Moscou se sont retirées il y a deux semaines, et 6 morts et 30 blessés à Vychgorod, près de Kiev.

Ce ciblage systématique de la population à l'approche de l'hiver traduit une volonté claire de la Russie de faire souffrir le peuple ukrainien, de le priver d'eau, de chauffage et d'électricité pour saper sa résilience, a déclaré la diplomatie française. Ces actes constituent à l'évidence des crimes de guerre.

Intervenant par visioconférence devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé pour sa part mercredi un crime de guerre.

« [Il s'agit de] crime contre l'humanité, car avec des températures au-dessous de zéro, plusieurs millions de gens [se retrouvent] sans fourniture d'énergie, sans chauffage et sans eau. »

— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président ukrainien

Trois centrales nucléaires sous contrôle de Kiev ont pu être reconnectées et devaient dans la soirée de nouveau alimenter les foyers privés de courant.

Ces centrales avaient été déconnectées par leur système de protection automatique à la suite des frappes russes.

Selon le ministère de l'Énergie, ces bombardements ont laissé mercredi sans électricité la grande majorité des consommateurs en Ukraine, qui comptait environ 40 millions d'habitants avant le début de l'invasion russe le 24 février.

Un habitant retourne voir sa maison à Vyshhorod après les frappes de missiles mardi soir.

Kiev et plusieurs autres villes ont été touchées par une nouvelle vague de frappes de missiles russes, endommageant davantage l'infrastructure énergétique et d'autres services publics du pays.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

La Russie a tiré mercredi environ 70 missiles de croisière sur ce pays, dont 51 ont été abattus, selon Kiev. Ces frappes ont visé des infrastructures énergétiques clés, déjà endommagées par plusieurs vagues de bombardements de ce type.

Au total, huit installations énergétiques ont été touchées, a dit le procureur général ukrainien Andriï Kostine, ajoutant que 10 personnes avaient été tuées et 50 autres, blessées.

Des bâtiments en ruines.

Des infrastructures sont en ruines après avoir été détruites lors des bombardements russes.

Photo : Getty Images / Carl Court

Le renseignement militaire ukrainien a estimé jeudi que la Russie avait besoin d'environ une semaine pour préparer de nouvelles frappes massives.

Sur le front, les coupures de courant se faisaient aussi sentir, obligeant les hôpitaux à travailler avec des générateurs de secours, tandis que les combats se poursuivent dans l'est.

« La façon dont ils combattent et ciblent les infrastructures civiles ne peut provoquer que de la fureur. »

— Une citation de  Oleksiï Iakovlenko, administrateur d'un hôpital de Kramatorsk

S'ils attendent de nous que nous tombions à genoux et que nous rampions vers eux, cela n'arrivera pas, a-t-il néanmoins assuré.

Un homme debout au milieu d'une installation électrique détruite

Les récentes frappes russes sur les installations énergétiques de l'Ukraine ont coupé l'électricité à des millions de personnes.

Photo : Getty Images / Ed Ram

Dans ce contexte, le ministre polonais de la Défense a proposé que l'Allemagne transfère à l'Ukraine le système de défense antiaérienne Patriot qu'elle a offert à la Pologne après qu'un missile eut fait deux morts sur son territoire la semaine dernière pendant une vague de frappes russes.

Cela permettra de protéger l'Ukraine contre de nouvelles pertes et des coupures d'électricité et renforcera la sécurité à notre frontière orientale, a expliqué mercredi soir Mariusz Blaszczak sur Twitter.

La Russie a pour sa part intimé à l'Ukraine de céder à ses revendications.

« La direction de l'Ukraine [...] a la possibilité de régler la situation en satisfaisant toutes les exigences de la partie russe et de mettre fin aux possibles souffrances de la population civile. »

— Une citation de  Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

La Russie justifie sa guerre par la nécessité de dénazifier et de démilitariser l'Ukraine qu'elle accuse de réprimer les populations russophones. Elle a aussi revendiqué fin septembre l'annexion de quatre régions ukrainiennes qui sont sous contrôle russe partiel.

Moscou a annoncé jeudi avoir distribué des passeports russes à plus de 80 000 habitants de ces quatre territoires ukrainiens, faisant d'eux des citoyens de la Fédération de Russie.

Le procureur général d'Ukraine a de son côté fait savoir que depuis la reconquête, le 11 novembre, du nord de la région méridionale de Kherson, neuf sites de tortures avaient été découverts ainsi que les corps de 432 civils tués, sans dire comment ils étaient morts.

Autre conséquence directe des bombardements russes, la Moldavie, déjà en proie à d'importants problèmes énergétiques causés par le conflit en Ukraine, a également été mercredi la victime de vastes pannes d'électricité, mais la situation était largement revenue à la normale jeudi.

La présidente moldave Maia Sandu a convoqué ce même jour une réunion de son Conseil de sécurité à ce sujet.

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