•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

SPVM : « Il faut trouver des solutions avant les crises », dit Fady Dagher

Fady Dagher sourit en prenant quelque chose dans la poche de son veston, tandis qu'on voit Valérie Plante, souriante, à l'arrière.

Fady Dagher a pris part à une conférence de presse en compagnie de la mairesse Valérie Plante, jeudi après-midi.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a officiellement présenté jeudi Fady Dagher à titre de nouveau chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Celui-ci, qui a fait sa marque à la tête de la police de Longueuil ces dernières années, a dit souhaiter que les forces de l'ordre travaillent avec « humilité et modestie ».

Considéré par des experts, tant civils que policiers, comme le chef de police le plus avant-gardiste du Québec, M. Dagher devrait entrer en poste en janvier. Sa nomination doit d'abord être entérinée à l'échelle municipale et approuvée par le Conseil des ministres de François Legault.

En conférence de presse avec Mme Plante et, aussi, plus tôt en matinée devant la Commission de la sécurité publique de Montréal, Fady Dagher a présenté sa vision.

La police, selon lui, doit agir bien en amont et [trouver] des solutions avant que les crises ne surviennent. Elle doit être plus inclusive, saisir les défis des populations en voie de marginalisation ainsi que ceux de l'immigration et des différents partenaires.

Elle doit aussi agir en concertation avec ses partenaires – notamment communautaires – et sans être au-dessus.

Près de 80 % des appels reçus par la police sont liés à des questions de santé mentale et à des problèmes sociaux, rappelle M. Dagher. Et ce n'est pas vrai que le policier est mieux placé qu'un partenaire pour y répondre, au moins pour trouver une meilleure solution par la suite.

Le grand souci de Fady Dagher? Le fait que la police consacre le gros de ses énergies à répondre aux urgences, selon un mode réactif qui n'accorde pas assez d'espace à la prévention. Cette situation n'est pas propre à Montréal, précise-t-il; c'est le cas sur l'ensemble du territoire nord-américain.

« Tant et aussi longtemps qu'on va rester comme service de police à "un appel au 911 et un véhicule qui est déplacé", on va toujours répéter les mêmes réponses et ce ne sera pas la bonne solution à chaque fois. »

— Une citation de  Fady Dagher, directeur désigné du SPVM

Fady Dagher sera le prochain directeur du Service de police de la Ville de Montréal. Celui qui est actuellement à la tête de la police de l'agglomération de Longueuil va donc devenir le premier chef de police de la Montréal issu de la diversité. Reportage de Pascal Robidas.

Né en Côte d'Ivoire de parents libanais, Fady Dagher est arrivé au Canada à l'âge de 17 ans. Devenu policier, il a passé la majeure partie de sa carrière au SPVM et en a gravi les échelons, au point d'avoir été pressenti, en 2015, pour prendre la direction du corps de police. L'administration de Denis Coderre lui avait finalement préféré Philippe Pichet.

En 2017, M. Dagher a pris les rênes du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL).

De l'avis de la mairesse de Montréal, dans le contexte actuel de la montée des violences armées, le choix du prochain chef de police était névralgique, très important.

Pour choisir ce chef, la Ville a mené une consultation publique auprès de la société civile ainsi qu'auprès des policiers. Ce qui en a ressorti, c'est l'importance de la communication, la relation de confiance avec la population et [l'importance] d'avoir une fine connaissance de la réalité montréalaise.

C'est complexe, à Montréal, a déclaré Valérie Plante.

La violence par armes à feu

Des voitures de police stationnées autour d'un périmètre de sécurité.

Le SPVM lors d'une intervention au centre-ville de Montréal. En 2021, Québec a injecté 90 millions de dollars dans l'opération CENTAURE, une stratégie pour lutter à la grandeur de la province contre la violence liée aux armes à feu.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Grégoire

Deuxième service de police municipal en importance au Canada, le SPVM dessert l’ensemble de l’île de Montréal, soit plus de 1,7 million d'habitants. Il rassemble plus de 6000 employés civils et policiers, et compte 31 postes de quartier.

Dans la grande région métropolitaine, les cas de violence par armes à feu tiennent les policiers occupés. Cette semaine, une vaste opération, menée entre autres par le SPVM, a permis de neutraliser des suspects dans de telles affaires. À la fin d'août, Québec avait débloqué 250 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans pour lutter contre la violence armée à Montréal.

Il doit y avoir équilibre entre prévention et répression, insiste Fady Dagher : Quand il est question de pure répression, d'armes à feu et de fusillades, ce n'est pas le temps du dialogue, c'est le temps d'intervenir.

« Il n'y a pas un policier qui veut que ça dérape. Il n'y a pas un citoyen qui veut que ça dérape non plus. Donc, il faut mettre les balises en place, les outils en place, pour qu'on puisse trouver des solutions. »

— Une citation de  Fady Dagher, directeur désigné du SPVM

Avec ses confrères au niveau de Longueuil, c'est-à-dire au SPAL, Fady Dagher se targue d'avoir été en mesure d'agir autant en prévention qu'en répression. C'est même historique, le nombre de perquisitions de stupéfiants qu'on a faites en même temps, durant qu'on faisait de la prévention, affirme-t-il.

Sous la gouverne de Fady Dagher, le SPAL a implanté un projet pilote de concertation communautaire. RESO (pour Réseau d'entraide sociale et organisationnelle) représente le futur de la police selon le gouvernement du Québec, qui y a investi 3,6 millions de dollars.

Une police tissée serré avec la communauté

Le point de presse de la mairesse Plante a été perturbé par un citoyen qui tenait à faire part de ses griefs envers la police. C'est correct, c'est correct, a dit sur un ton apaisant le chef désigné du SPVM avant de quitter la tribune pour descendre dans l'assistance et s'entretenir brièvement avec le citoyen. Ce dernier a par la suite été escorté hors de la salle.

Sans les partenaires, on ne peut pas faire grand-chose, affirme M. Dagher, pour qui la collaboration avec ces derniers sur le terrain doit être élaborée en zone de paix. Si on ne leur fait de la place qu'en temps de crise, ça a l'air de maquillage.

Le contexte de travail des policiers est extrêmement complexe, dit-il, parce que le crime est organisé, mais aussi désorganisé, et les approches traditionnelles ne suffisent plus. Le travail d'enquête a besoin d'appui et le corps policier doit être sur le terrain, implanté, tissé serré avec la communauté et les partenaires, pour sentir toute la fibrillation.

« Moi, ce qui est important, c'est que mes hommes et mes femmes, qui sont sur le terrain, travaillent au renseignement criminel. Je ne veux pas qu'on aille à la pêche, je veux qu'on aille à la chasse. »

— Une citation de  Fady Dagher, chef désigné du SPVM

Durant les 100 premiers jours de son mandat, Fady Dagher a l'intention de rencontrer les membres du SPVM et, aussi, la Fraternité des policiers. Le syndicat, pour moi, est un partenaire, a-t-il spécifié.

Dans un message écrit, la Fraternité des policiers et policières de Montréal (FPPM) a souhaité la bienvenue à Fady Dagher et la meilleure des chances.

D'ici l'entrée en fonction de M. Dagher, Sophie Roy va continuer à assurer l'intérim comme directrice générale du SPVM. Elle est la première femme à occuper ce poste.

Quelqu'un de très humain

Fo Niemi, cofondateur du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), s'est dit très émotif par rapport à l'arrivée de M. Dagher comme chef désigné du SPVM.

Fo Niemi en entrevue.

Fo Niemi du CRARR dit que Fady Dagher fait preuve « d'une vision qu'on n'a pas vue depuis longtemps » et qu'il insufflera une orientation positive au SPVM.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Je suis très touché par tout ce qu'il a dit, tout ce qu'il est et sa manière aussi de voir les choses, a déclaré M. Niemi.

C'est quelqu'un qui est très humain. Il parle des êtres humains en uniforme, les troupes, et il parle des êtres humains qui font partie de la collectivité de Montréal, avec toutes les diversités ethniques et sociales et tout ça.

C'est ça dont nous avons besoin ici à Montréal, a-t-il conclu.

Le coordonnateur du Forum jeunesse de Saint-Michel, Mimoun Mohammed Noredine, trouve très important le fait que M. Dagher reconnaisse qu'il y a du profilage racial dans le travail de la police et aussi qu'il comprenne bien les réalités des communautés vivant en sol montréalais.

C'est quelqu'un qui collabore beaucoup avec les autres milieux, dit M. Noredine.

Paul Evra, directeur général du Centre Lasallien, dans le quartier Saint-Michel, estime que M. Dagher n'arrive pas avec l'ambition de tout régler. Les policiers n'ont pas la solution unique, mais la communication entre les différents partenaires contribuera à améliorer la situation, dit-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !