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Maxwell Frost, ou quand la génération Z entre au Congrès américain

À 25 ans, Maxwell Alejandro Frost fera son entrée le 3 janvier prochain à la Chambre en tant que plus jeune représentant élu. Il devra travailler au sein d'un Congrès souvent perçu comme un repaire de politiciens millionnaires et, disons-le, plutôt âgés, dont les priorités diffèrent de celles de sa génération.

Assis dans un studio, Maxwell Frost tient un micro tandis qu'on voit le manche d'une basse à l'arrière-plan.

Présent sur toutes les tribunes, le jeune politicien de 25 ans entend bien se faire entendre lors de son entrée prochaine au Congrès.

Photo : getty images for the meteor / Craig Barritt

Le soir des élections de mi-mandat, Maxwell Frost attendait avec impatience les résultats du scrutin. Issu de la génération Z, ce musicien et militant démocrate de la région d'Orlando, en Floride, baignait, en compagnie de ses collègues de campagne, dans une ambiance enjouée et représentative de l’humeur de cette soirée. Les sondages étaient encourageants, mais sait-on jamais…

Lorsque sa victoire a été confirmée, un torrent de joie a déferlé sur le groupe, notamment les membres de sa famille présents ce soir-là.

Quand il a été déclaré vainqueur, il a d'abord fait un câlin à tout le monde dans la famille, mais ensuite, nous avons pris du recul et la presse l’a pour ainsi dire englouti, raconte son père, Patrick Frost.

Je me suis penché vers ma belle-sœur et ma nièce et j'ai dit qu'il ne nous appartenait plus désormais, confie M. Frost en s'excusant de réprimer un sanglot.

« Il appartient au monde, maintenant, et nous devons tout simplement nous habituer à cela. Mais le monde a gagné un chic type. »

— Une citation de  Patrick Frost, père du représentant américain élu Maxwell Frost
Patrick Frost appuie sur les touches d'une console.

Patrick Frost, producteur de musique, est fier de son fils qui excelle autant en politique que dans cette discipline artistique, selon lui.

Photo : Radio-Canada

En quelques phrases, le père du jeune politicien affichait le côté « tricoté serré » de la famille Frost.

Un coup de jeune au Congrès

En devenant ainsi le premier représentant de la génération Z élu à la Chambre, Maxwell Frost se trouve catapulté au sein d’un Congrès dont la moyenne d’âge est d’environ 58 ans.

La moyenne va baisser grâce à ma cohorte d’élus : je pense que c'est environ 40 ans en moyenne, explique-t-il. C’est un groupe jeune, plein d’énergie.

Sa campagne, il l'a menée sur les thèmes qui lui sont chers : l’implication des jeunes en politique et, bien sûr, la prévention de la violence armée avec un meilleur contrôle des armes à feu. Des armes qu’il ne connaît malheureusement que trop bien.

J'ai commencé à m'impliquer dans ce combat il y a 10 ans à cause de la fusillade de Sandy Hook, souligne-t-il. Trois ans après avoir été impliqué dans ce combat, les armes ont frappé ma ville natale lors de la tuerie à la discothèque Pulse, cible d'une fusillade qui a fait 49 morts. Et trois mois plus tard, je suis moi-même devenu un survivant d'une fusillade survenue au centre-ville d'Orlando.

Les républicains se préparent à reprendre le contrôle de la Chambre des représentants en janvier. On vous présente ce soir l'un de leurs futurs adversaires démocrates. Maxwell Frost a 25 ans. Il est le plus jeune élu dans la prochaine Chambre et le premier issu de la génération Z. Un reportage de Frédéric Arnould.

Une affaire de famille

Maxwell Frost fait la fierté des siens, comme en témoignent les photos disposées sur le manteau de la cheminée de la maison familiale, à Orlando. Né d’un père haïtien et d’une mère originaire de Porto Rico, il a été confié en adoption dès sa naissance à Patrick Frost et à sa femme, d’origine cubaine.

Le paternel, qui nous fait visiter son studio de production musicale installé à côté du garage de la résidence, n’est pas peu fier de nous faire écouter le premier album enregistré par The Charter, le groupe dans lequel jouait Maxwell Frost. C'est une des choses préférées que j’ai réalisées comme producteur, même plus que certains trucs que j’ai faits pour Disney, confie-t-il.

La pochette de l'album sur laquelle on peut lire : « Suburban Love, The Charter ».

Le premier album du groupe The Charter, au sein duquel Maxwell Frost joue de la batterie.

Photo : Radio-Canada

Avant d’être un politicien, le jeune Maxwell est avant tout un percussionniste qui a étudié la musique à la Osceola County School for the Arts d’Orlando. C’est d’ailleurs là qu’il a rencontré un de ses amis les plus proches, Ivan Garcia, un musicien professionnel, qui n’est pas surpris de voir son grand ami entrer au Congrès.

Il a toujours été un organisateur et un rassembleur, dès le premier jour, dit-il. Son jeune ami a en effet brigué la présidence de l'association étudiante alors qu’il n’avait que 14 ou 15 ans. Une première course qu’il a remportée.

Ivan Garcia, souriant, les mains derrière le dos, debout sur le trottoir d'un quartier résidentiel.

Ivan Garcia, grand ami de Maxwell Frost, a toujours senti que son collègue se lancerait en politique.

Photo : Radio-Canada

« On a toujours su qu'il allait se lancer en politique. Même quand il était candidat à la présidence à l’école, on se disait : "La prochaine étape, ce sera la vraie présidence." Qui sait? »

— Une citation de  Ivan Garcia, grand ami de Maxwell Frost

Promis à une longue carrière

Maxwell Frost, déjà éventuel futur président des États-Unis? En tout cas, il a déjà un modèle, selon son père. Barack Hussein Obama. Je me souviens qu’en écoutant l'investiture du président Obama en 2009, Maxwell s’est dit : "Cet homme me ressemble." Et vous pouvez aussi combiner cela avec la façon dont il parle.

Le jeune homme fascine sur la scène politique et attire déjà l’attention de Joe Biden, qui le voit un jour, peut-être, comme son égal.

« Je n'ai aucun doute qu'il a pris un départ incroyable dans ce qui, j'en suis sûr, sera une longue et remarquable carrière lorsqu'il sera président. »

— Une citation de  Joe Biden, président des États-Unis

Avec cette pression sur les épaules pour l'avenir, Maxwell Frost nous sert une réponse de politicien : Je ne pense pas plus loin que les deux prochaines années. Cette campagne a été si difficile que je ne vois pas plus grand pour l’instant, tempère-t-il.

Maxwell Frost, bras levé, dans une foule.

Maxwell Frost a mené sa campagne tambour battant sur tous les fronts dans la grande région d'Orlando.

Photo : afp via getty images / GIORGIO VIERA

Après avoir remporté l’investiture démocrate pour briguer un premier mandat, le jeune homme a mené tambour battant une campagne parfois financée en travaillant comme chauffeur pour Uber. Éternel amoureux de musique, il a même pris congé une dizaine de jours pour s’occuper en parallèle de l’organisation d’un festival.

La musique, selon son père, s'immisce jusque dans son travail. Je le vois dans le rythme de son discours, dans la dynamique. Et j'utilise des termes musicaux ici, parce que parler en public, c’est comme jouer un solo sur un instrument. Vous savez, on utilise l'articulation, on utilise la dynamique, on utilise tout pour communiquer un message et pour le faire d'une manière qui engage son public.

Un choc d'idées?

Très bon orateur, verbomoteur, Maxwell Frost entend bien brasser la cage au sein du Capitole pour faire avancer les choses. Pour son père, il reste cependant quelques légères inquiétudes quant à son combat dans une institution somme toute assez conservatrice. La question plus vaste consiste à savoir dans quelle mesure les autres politiciens seront réceptifs à son approche. Parce que Max est sûr qu'il a la force de faire en sorte que cela marche au Congrès, mais…, dit Patrick Frost.

C’est évidemment un facteur à prendre en compte, répond Maxwell Frost. Mais les gens du Congrès devraient tous être sur un pied d'égalité et travailler ensemble. Pour ma part, je ne me considère pas comme autre chose qu’un activiste ou un organisateur qui veut faire bouger les choses.

Il reste que depuis deux semaines, Maxwell Frost enchaîne les entrevues sur tous les médias à une cadence infernale. La semaine dernière, il a suivi sa première semaine d’orientation à Washington. L’occasion pour lui de faire connaissance avec d’autres jeunes élus.

Maxwell Frost en train de jouer de la batterie.

D'abord et avant tout, Maxwell Frost est un percussionniste accompli.

Photo : afp via getty images / GIORGIO VIERA

Avant de prendre part à un match de football collégial dans un grand stade d’Orlando, il rappelle encore une fois l’importance de sa famille dans son parcours.

Je ne serais pas ici sans mes parents. Je sais que c'est vraiment cliché à dire, mais mon père, quand il m'a donné une batterie pour la première fois, en deuxième année, ça a changé ma vie pour toujours, raconte Maxwell Frost. Je me souviens d'avoir pleuré en musique pour la première fois et qu'il m'ait dit : "T'en fais pas." Il m'a donné la permission d'être vulnérable. Ma mère, une éducatrice spécialisée pendant 30 ans, cette douceur, vous savez, cet amour qu'elle a, c'est moi. Tout cela est en moi. J’aime mes parents.

Au cours des prochaines années, le Congrès devra donc composer avec Maxwell Frost, avec son style et avec sa musique, qu’il n’abandonnera jamais.

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