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Une maison victorienne transformée en poste de ventilation du métro de Montréal

Des maisons victoriennes

La maison victorienne transformée par la Société de transport de Montréal en poste de ventilation du métro.

Photo : Radio-Canada

Contrairement à ses voisines, cette maison de la rue Towers, au centre-ville de la métropole, semble avoir traversé les âges tout en conservant l'apparence de ses plus beaux jours. Pourtant, personne n'habite cette résidence, qui n'est en fait qu'une coquille vide. Derrière ses fenêtres se cache un poste de ventilation du métro de Montréal, construit de toutes pièces au cours des dernières années.

La maison était représentative de la petite bourgeoisie de l'époque, qui venait se coller sur la grosse bourgeoisie qui était dans le Mille carré doré, le quartier juste à l'est, raconte Martin Allard, architecte de la Société de transport de Montréal (STM). Ce qui était important de préserver, c'était cet esprit-là, de quoi ça avait l'air, la petite bourgeoisie de l'époque victorienne.

Si la STM a choisi cette maison ancienne pour y construire son nouveau poste de ventilation, c'est parce que les terrains se faisaient rares, en plein centre-ville, à proximité de la ligne verte qui circule sous le boulevard De Maisonneuve.

Le projet a d’ailleurs été récompensé par un prix, cet automne, lors du congrès de l’Association canadienne du transport urbain.

Pour des raisons de sécurité, la STM garde généralement ses postes de ventilation loin des regards. Mais la Société a accepté de faire visiter celui de la rue Towers à l'équipe de l'émission Le 15-18.

La façade de la maison victorienne.

Le nouveau poste de ventilation mécanique Towers a été construit derrière la façade d'une maison victorienne au centre-ville de Montréal.

Photo : Société de transport de Montréal

Une façade reconstruite à l'identique

Abandonnée pendant des décennies, la maison victorienne de la rue Towers était devenue une piquerie et un repaire de squatteurs, explique Martin Allard. Sa structure de bois était en ruines et il ne restait plus grand-chose d'origine derrière la façade de pierre.

Afin de lui redonner son lustre d'antan, la façade devait être reconstruite, à l'identique. Un scanneur a été utilisé pour numéroter chaque pierre avant leur retrait et leur entreposage.

On a récupéré des morceaux d'ardoise [de la mansarde] pour avoir les dimensions et le type d'ardoise pour pouvoir la refaire à l'identique, raconte l'architecte.

Les boiseries de la façade, bien que pourries, ont été retirées pour permettre à un artisan d'en fabriquer de nouvelles, selon le même gabarit. Le vitrail d'origine, qui se trouvait au-dessus de la porte d'entrée, a pu être restauré et remis à sa place. Même la couleur originale des boiseries a été retrouvée.

C'était le vert qu'il y avait au tout début, lors de la construction de la maison, en dessous de ces 364 couches, ajoute M. Allard avec ironie.

Un homme souriant devant une maison.

Martin Allard, architecte de la STM

Photo : Radio-Canada

Pour parfaire l'illusion, un éclairage a été placé derrière la fenêtre du rez-de-chaussée, de façon à faire croire que la maison est habitée. On y croit, constate M. Allard. D'ailleurs, les camelots laissent des circulaires sur le perron et il faut veiller à les enlever de temps en temps!

Un bâtiment industriel derrière la façade victorienne

En poussant la porte d'entrée, on comprend immédiatement qu'on vient de changer de siècle. Une cage d'escalier de béton permet de descendre à 18 mètres sous terre.

Nous nous trouvons alors au fond d'un gigantesque puits. Par l'ouverture, qui est en fait le toit de la maison, on aperçoit le ciel et les flocons de neige qui tombent jusqu'à nous.

Le sous-sol en béton de la maison.

Par rapport à la maison en surface, l’installation du poste Towers a une dimension six fois plus grande sous terre.

Photo : Société de transport de Montréal

À ma gauche, c'est le tunnel qui va se rendre jusqu'au métro, indique Éric Perreault, directeur de projet à la STM. Au fond du tunnel, en remontant la rue Towers vers le boulevard de Maisonneuve, on trouve les énormes ventilateurs et les silencieux qui viennent d'être installés.

Il y a trois fonctions principales d'un poste de ventilation, explique M. Perreault. Rafraîchir l'air dans le réseau, l'été quand il fait trop chaud; faire sortir les émanations des équipements au diesel qui roulent la nuit; ou encore évacuer la fumée en cas d'incendie.

Les premiers postes de ventilation du réseau, qui datent des années 1960, doivent être reconstruits pour augmenter leur capacité. Grâce à ses deux ventilateurs, le nouveau poste Towers peut déplacer presque trois fois plus d'air que le poste Saint-Mathieu, qu'il remplace.

Les normes nord-américaines qui régissent de tels équipements en tunnel ont d'ailleurs été élaborées à la suite de deux incendies survenus dans le métro de Montréal, dans les années 1970.

Les nouveaux postes de ventilation doivent aussi répondre à de nouvelles exigences en matière de bruit. À la chambre à coucher la plus près, on ne doit pas dépasser 50 décibels, explique Éric Perreault.

Les ventilateurs génèrent de 115 à 120 décibels de bruit et on doit le réduire à 50. C'est quoi, 50 décibels? C'est l'équivalent d'un lave-vaisselle Bosch qu'on a dans sa cuisine, et qu'on n'entend pas, indique-t-il.

Un homme portant une barbe devant une maison.

Éric Perreault, directeur de projet

Photo : Radio-Canada

Des silencieux géants

Pour réduire le bruit des ventilateurs, des silencieux géants sont disposés dans le tunnel. Ces silencieux ressemblent à un énorme grille-pain, vu d'en haut. Une douzaine d'enceintes acoustiques remplies de mousse isolante espacent des fentes verticales d'une longueur d'environ six mètres.

D'un bout à l'autre de ces fentes, impossible pour deux personnes de se parler, même en hurlant. Le son est presque entièrement absorbé par les parois.

Ces silencieux, installés de part et d'autre des ventilateurs, permettent de réduire le bruit pour les voisins. Ils garantissent aussi qu'en cas d'évacuation dans le tunnel du métro, le bruit des ventilateurs n'enterre pas les directives de sécurité dans les haut-parleurs.

Un ventilateur géant dans un puits de ventilation.

La maison contient maintenant un puits de ventilation à haute capacité et des locaux techniques.

Photo : Société de transport de Montréal

Des chantiers qui durent des années

Depuis le début des années 2000, la STM a entrepris la réfection et la reconstruction de ses postes de ventilation de première génération. Onze nouveaux postes ont été construits et six sont encore en chantier. D'ici 2026, près de 640 millions de dollars auront été investis dans le réseau de ventilation du métro, explique Éric Perreault.

Ces chantiers s'échelonnent sur trois à quatre ans, avec tous les impacts que cela implique pour la circulation et la qualité de vie des résidents. L'un de ces projets, en bordure du boulevard De Maisonneuve, près de l'avenue Papineau, dure depuis 2018. Pourquoi est-ce si long? On est dans une excavation profonde dans le roc, et on utilise une technique de microdynamitage, explique le directeur de projet à la STM.

On n'est pas dans une carrière, on est dans le centre-ville de Montréal avec des bâtiments tout autour. Donc, il faut y aller tout doucement, pour ne pas déranger les gens, les riverains qui habitent autour du chantier de construction.

Dans le cas du poste en construction près de l'avenue Papineau, un incendie survenu dans le chantier a causé d'importants dommages, ce qui a forcé l'entrepreneur à recommencer une partie des travaux. Maintenant, c'est bien récupéré, dit Éric Perreault. D'ailleurs, ça va être livré l'année prochaine, en 2023.

Cet interminable chantier se sera donc échelonné sur au moins cinq ans.

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