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L’orignal manitobain ne fait pas le poids devant le ver des méninges

Le cerf de Virginie transporte sur lui un minuscule parasite inoffensif pour lui, mais dévastateur pour l’orignal manitobain : le ver des méninges.

Un orignal dans la forêt.

Selon un spécialiste des orignaux, le ver des méninges est « souvent fatal » pour l'animal.

Photo : Gracieuseté : Grand Portage Band of Lake Superior Chippewa

« Avec les changements climatiques et l'exploitation forestière, les cerfs vont de plus en plus au nord, dans le territoire de l'orignal », explique William Severud, professeur associé à l'Université South Dakota State et spécialisé dans l'étude des orignaux.

Les rencontres entre les deux espèces sont donc plus fréquentes, et les cerfs apportent avec eux le parasite.

William Severud tenant un jeune orignal.

William Severud travaille avec les orignaux « depuis plus de 10 ans ».

Photo : Gracieuseté : William Severud

Les cerfs contractent le ver des méninges en consommant des escargots ou des limaces qui ont été en contact avec des excréments infectés par le parasite. Une fois dans l'organisme du cerf, le ver se loge dans son cerveau pour y pondre et, ainsi, compléter son cycle de vie.

Or, lorsque le parasite est consommé par un orignal, la situation est tout autre. L'orignal n'est pas un hôte viable [pour le parasite] [...] Il se perd dans le système nerveux des orignaux et commence à creuser dans leurs cerveaux et leurs yeux, poursuit le professeur.

Un escargot, sur un morceau d'excrément.

Les escargots et les limaces sont les hôtes intermédiaires du parasite.

Photo : Gracieuseté : Jillian Detwiler

Pour les géants de la forêt boréale, cela signifie qu'ils vont souffrir de paralysie, marcher en cercles, perdre la vue et, au final, la mort, soit parce qu'ils deviennent trop faibles, soit parce qu'ils deviennent beaucoup plus vulnérables à la prédation.

Dans le nord du Minnesota, par exemple, deux études ont montré que 25 % des orignaux étudiés mouraient à cause du ver des méninges. C'était donc la première cause de mortalité [dans ces populations], note William Severud.

Le professeur estime que cette situation est aussi possible au Canada, puisque les populations d'orignaux sont semblables des deux côtés de la frontière.

Un orignal.

Un orignal, visiblement infecté par le ver des méninges.

Photo : Gracieuseté : Grand Portage Band of Lake Superior Chippewa

Ils risquent de connaître la famine

William Severud souligne avoir pu compter, pour la récolte des données et le suivi des populations, sur la collaboration cruciale des chasseurs et des communautés autochtones qui côtoient l'orignal.

Parmi eux, Edward Primrose, responsable du programme de gestion du territoire pour la Nation crie de Nisichawayasihk (Nelson House), dans le nord du Manitoba. Les orignaux malades dans sa région se font rares pour l'instant, mais il s'inquiète de l'arrivée du parasite.

Avec une population [d'orignaux] dans le nord déjà sous pression, si cette maladie monte jusqu'ici, c'est une nouvelle source d'inquiétude, dit Edward Primrose, et ce, même si le ver des méninges ne présente pas de risques pour un chasseur qui consommerait la viande d'un animal infecté.

La communauté se situe à 850 km au nord de Winnipeg. Selon Edward Primrose, si elle est assez près de la ville de Thompson pour que ses habitants puissent subvenir à leurs besoins, toutes les communautés dans la région n'ont pas cette option, il n'y a pas de routes.

Il explique que, dans la région, la chasse à l'orignal est un mode de vie et non un simple sport. De plus, la viande de l'animal est un moyen de subsistance.

« Si l'équilibre est brisé de l'extérieur [...] ils risquent de connaître la famine. »

— Une citation de  Edward Primrose

Face à cette menace, il critique également la poursuite de la chasse sportive dans le nord de la province, alors que les populations d'orignaux y sont fragiles.

Il y a beaucoup de chasseurs du sud [du Manitoba] et des États-Unis qui montent dans le nord [...] Il faut établir des limites, estime Edward Primrose.

Edward Primrose.

Edward Primrose, responsable du programme de gestion du territoire de la Nation crie de Nisichawayasihk.

Photo : Radio-Canada / Émile Lapointe

Ce que les communautés ojibway et lakota du sud voient dans le bison, ce symbole central, pour nous, c'est ce que nous voyons dans l'orignal et le loup, explique Edward Primrose.

Données rares, mais inquiétudes concrètes

Pour l’heure, il n’existe pas d’étude documentant la présence du parasite dans les populations d’orignaux manitobains, mais le ver des méninges semble se propager vers l'est et le nord avec les cerfs, selon Todd Whiklo, gestionnaire de la faune provincial dans l'est du Manitoba.

Dans certaines populations de cerfs [...] nous avons observé des taux d'infections qui atteignent 80 à 90 %, explique Todd Whiklo.

Tout comme William Severud, il estime que des facteurs climatiques, mais aussi les activités humaines, alimentent la propagation.

Un cerf de Virginie.

Même si les taux d'infections sont élevés chez le cerf de Virginie, leur population ne semble pas touchée par le ver des méninges, selon M. Whiklo.

Photo : iStock

Les cerfs apprécient les habitats de lisière, c’est-à-dire la limite entre deux types d’habitats adjacents, par exemple un champ et une forêt. Or, c'est ce que les humains créent quand ils investissent une région. Ils construisent des routes, des lignes électriques et des champs, et les cerfs prospèrent dans ce genre d'environnement, explique Todd Whiklo.

Dans ces habitats, les cerfs peuvent utiliser les espaces dégagés pour se reproduire ou encore trouver de jeunes pousses à se mettre sous la dent.

Lorsqu'ils se répandent et apportent avec eux le ver des méninges, comme c'est le cas dans l'est du Manitoba, c'est un poids de plus sur les orignaux, dont les populations sont déjà vulnérables.

Selon ses observations sur le terrain, Jillian Detwiler, professeure au Département des sciences biologiques de l'Université du Manitoba et spécialiste des parasites, note, elle aussi, le danger pour les populations d'orignaux, auparavant isolées des cerfs.

Les modèles climatiques montrent qu'un corridor pourrait se former entre le Manitoba et la Saskatchewan, qui amènerait les parasites dans des régions où il n'y en avait pas auparavant, explique-t-elle.

Une personne équipée avec un vaporisateur devant l'entrée d'un parc provincial.

Jillian Detwiler, lors d'une sortie sur le terrain au parc provincial Nopiming, dans l'est du Manitoba.

Photo : Gracieuseté : Jillian Detwiler

De plus, elle déplore le manque de données disponibles pour l'instant au Manitoba.

Nous espérons récolter des données sur les causes spécifiques de mortalité, précise Jillian Detwiler, qui croit que le fait d'avoir davantage d'études sur la question serait la première étape pour protéger les populations d'orignaux manitobains.

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