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Le rapport sur l’édifice contaminé de la GRC à Kemptville vivement critiqué

Selon ce rapport, les membres de la GRC ont été peu ou pas exposés à des produits toxiques. Mais un document obtenu par Radio-Canada révèle que les apprentis espions s'exerçaient à percer des trous dans des matériaux qui se sont avérés contaminés.

Un mur couvert de moisissures.

Plusieurs contaminants avaient été répertoriés au centre de formation de la GRC à Kemptville, au sud d’Ottawa, comme des moisissures toxiques.

Photo : Gracieuseté

Un rapport commandé par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a conclu que, malgré la présence d’amiante, de plomb, de silice et d’autres produits toxiques dans son ancien Centre de formation à Kemptville, il y avait peu de risques pour la santé de ses membres parce que leur exposition aux contaminants avait été faible ou inexistante.

Le rapport produit par la firme BluMetric Environmental d'Ottawa a invoqué entre autres l’absence de perturbation de certains matériaux contaminés, comme le béton, pour expliquer sa conclusion.

Or, Radio-Canada a obtenu copie d'un manuel de formation qui détaille les techniques enseignées à l'époque aux membres des Affaires spéciales I, une escouade secrète de la GRC qui s'entraînait dans le bâtiment de Kemptville, au sud d'Ottawa.

Des personnes dont le visage est brouillé sont dans un couloir. L'un d'entre eux est sur un escabeau et tient des câbles sortant du plafond.

Le centre de formation de Kemptville accueillait, entre autres, les membres de l’escouade secrète « Affaires spéciales I ».

Photo : Gracieuseté

Ce manuel révèle que les apprentis espions devaient, entre autres, percer des trous dans les murs et le béton du bâtiment afin d'y installer des microphones et d’autres équipements de surveillance.

Ils devaient ensuite plâtrer les trous, sabler et peinturer les murs afin d'effacer toute trace de leur passage.

La firme BluMetric a été mandatée par la GRC pour évaluer les risques pour la santé associés à son ancien édifice, à la suite d’un reportage de Radio-Canada publié il y a près de trois ans.

Ce reportage avait révélé la forte présence de nombreux produits toxiques dans le bâtiment que la GRC a occupé de 1988 à 2006.

L'enquête de Radio-Canada avait aussi permis d'identifier au moins six membres de la GRC qui sont morts prématurément de maladies neurologiques ou de cancers et qui avaient tous séjourné au Centre de Kemptville. L'un d'eux y avait son bureau permanent.

Le rapport de BluMetric ne fait aucune mention des membres décédés.

« Ce rapport est une farce et la GRC le sait. C'est insultant. Ils se fichent de nous. »

— Une citation de  Un membre de la GRC qui est tombé malade à la suite de son passage à Kemptville

Plusieurs membres actuels et anciens de la GRC sont en colère contre le rapport de BluMetric, qui minimise, selon eux, les nombreuses perturbations à la structure du bâtiment durant leurs formations et les longues périodes passées dans l'édifice.

Nous avons accepté de taire l’identité de ces employés en raison de la nature sensible de leur travail.

La GRC n’a pas voulu nous fournir de réactions à leurs critiques.

Le sous-sol de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville couvert d'eau.

Le sous-sol de l'ancien centre de formation de la GRC à Kemptville.

Photo : GRC

Un membre de la GRC, que nous avons surnommé Mike, a écrit à son employeur pour réclamer une révision du rapport de BluMetric.

Contaminant qui cause le cancer

De la silice, un contaminant qui provoque le cancer du poumon lorsqu’il est en suspension dans l’air, se trouvait dans le béton, selon le rapport de BluMetric.

Alors que le plâtre n’a pas été testé pour sa teneur en silice, s’il en contenait, le forage aurait entraîné une exposition, dit le rapport.

Mais BluMetric estime que les membres de la GRC n’y ont pas été exposés, parce que le béton et le plâtre ne montraient pas de trous de perçage.

Ni le sous-sol/fondations en béton ni le plâtre n'ont été endommagés. Il n'est donc pas anticipé que la silice ait été mise en suspension dans l'air, a conclu le rapport.

Un panneau de l'ancien centre.

L'édifice de Kemptville a été occupé par la GRC de 1988 à 2006. Il a été démoli en 2007.

Photo : Radio-Canada

Pourtant, selon le manuel de formation obtenu par Radio-Canada, les recrues de l’escouade Affaires spéciales I devaient percer une série de trous de tailles diverses dans différents murs du bâtiment et dans le béton.

Le manuel de formation révèle aussi que les policiers apprenaient comment réparer les dommages causés lors des installations techniques.

Il s’agit d’un cours pratique qui enseignera à l’étudiant les différentes techniques de remplissage de trous dans les murs en utilisant du plâtre et divers composés de réparation.

Les agents de la GRC apprenaient aussi à reproduire la couleur de peinture d’un mur existant à partir d’éclats de peinture.

Lorsque des travailleurs de construction sont exposés à la silice dans l’air, des mesures de protection doivent être adoptées, a noté le rapport de BluMetric.

L'extérieur de l'édifice contaminé à Kemptville que la GRC a occupé de 1988 à 2006

Le centre de formation de la GRC à Kemptville avait été construit en 1961 comme abri anti-bombes pendant la guerre froide.

Photo : GRC

Or, selon le manuel de formation de la GRC, les recrues étaient responsables de leurs propres tenues et on leur recommandait de porter des vêtements de travail à cause de la nature malpropre et salissante des exercices .

Plusieurs membres de la GRC ont confirmé qu'ils ne portaient pas d'équipement de protection durant leurs formations.

Dans son rapport, BluMetric écrit qu'en raison d'un manque de données sur les véritables niveaux d'exposition à l'époque, elle a dû faire une estimation.

Pour y arriver, la firme a consulté des études scientifiques sur des expositions lors de tâches semblables.

Tant BluMetric que la GRC n’éliminent pas la possibilité que des maladies et des blessures soient liées à l’ancien édifice.

Plomb dans l'eau

Le rapport de BluMetric a aussi conclu que l'ingestion d'eau contaminée par le plomb aux niveaux signalés pendant une courte durée sur le site n'est pas susceptible d'avoir causé des effets néfastes sur la santé des adultes.

Mais il note ne pas avoir identifié d’études sur les niveaux de plomb dans le sang qui pourraient être comparables à l’exposition au centre de Kemptville.

Brigitte Bureau

Les membres de la GRC mangeaient et couchaient sur place pendant les formations qui duraient trois semaines à la fois.

Plusieurs ont affirmé qu'ils buvaient l'eau du robinet et qu'ils l'utilisaient pour cuisiner, faire le café, se brosser les dents et prendre leur douche.

Le rapport de BluMetric a noté que l'eau contaminée au plomb peut avoir eu un effet sur un fœtus si elle a été consommée par une personne enceinte.

Moisissures toxiques

Des espèces de moisissures potentiellement toxicogènes et allergènes ont été identifiées lorsque le site était encore utilisé à des niveaux plus élevés à l'intérieur qu'à l'extérieur, reconnaît le rapport de BluMetric.

Étant donné qu'aucun effet aigu grave sur la santé n'a été signalé [...] il est peu probable que des problèmes de santé chroniques découlent de l'exposition à des moisissures et à des spores fongiques, conclut le rapport.

Moisissure sur le mur de l'entrée vers l'atelier et le gymnase de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville.

De la moisissure est visible sur le mur de l'entrée vers l'atelier et le gymnase de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville.

Photo : GRC

Pourtant, un agent de la GRC qui a fait quatre sessions de trois semaines chacune à Kemptville a failli mourir en 2010. Mike a dû se faire enlever une partie du poumon droit après avoir contracté l’histoplasmose, une maladie infectieuse causée par un champignon.

Son médecin a établi un lien direct entre sa maladie et les conditions de son milieu de travail. Ce cas a déjà été rendu public.

Bâtiment fermé parce que jugé dangereux

L'utilisation du bâtiment met la santé et la sécurité de notre personnel en danger, avait prévenu un agent en santé et sécurité de la GRC dans un rapport d’inspection de 2005 que nous avions déjà obtenu.

L’année suivante, un rapport gouvernemental faisait état des nombreuses déficiences du bâtiment : Le coût estimé pour que l’édifice soit mis aux normes est de plus de 4 millions de dollars. [...] Le coût estimé pour la démolition est de 345 000 $.

Une porte placardée d'affiches indiquant un danger en raison de moisissures.

Dans un document gouvernemental, une photo avec une mise en garde au sujet de l'enlèvement de moisissures dans le centre de Kemptville lors de la fermeture.

Photo : Document du gouvernement fédéral

Le bâtiment tombait sous le pic des démolisseurs en 2007.

Aujourd'hui, des agents de la GRC comprennent mal comment le récent rapport de BluMetric peut conclure que les risques pour leur santé étaient faibles ou nuls.

BluMetric Environmental n’a pas répondu à notre demande de réactions.

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