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Analyse

Vers une baisse des taux en 2023?

Une pancarte d'agence immobilière indiquant qu'une maison a été vendue à un prix plus élevé que celui qui a été demandé.

Le mois dernier, le coût de l'intérêt hypothécaire a augmenté de 11,4 % d'une année à l'autre. Il s'agit de la hausse la plus prononcée depuis février 1991 (+11,7 %).

Photo : CBC/Caolan Brennan

En ces jours de première neige, permettez-moi de vous dire qu’il est déjà permis de penser aux doux rayons de soleil du printemps et de l’été prochain! « Après la pluie, le beau temps », nous enseigne le dicton. Bien, sachez, amateurs de prêts hypothécaires, que les économistes commencent déjà à parler du beau temps qui va suivre la très rapide hausse du taux directeur depuis mars dernier.

Selon plusieurs économistes, la Banque du Canada pourrait amorcer une baisse de son taux directeur dès 2023, dans la deuxième moitié de l’année. L’institution approche de son objectif, qui est celui de pousser l’inflation vers le bas. Pour l’instant, le taux d’inflation demeure élevé à 6,9 % au pays, mais les signaux d’apaisement de l'inflation se multiplient.

Il est probable, selon la plupart des prévisionnistes, que la banque centrale limite ses prochaines hausses à 25 ou 50 points de base pour atteindre 4,25 % à la fin de l’année ou au début de 2023. Le taux directeur pourrait demeurer immobile, ensuite, pendant une bonne partie de l’année alors que l’économie traversera une période de récession.

Le taux d’inflation va continuer de fléchir, avec le PIB qui va se contracter et le taux de chômage qui va augmenter. Tranquillement mais sûrement, tout sera en place pour amorcer alors une baisse du taux directeur, si le scénario attendu se produit.

Ainsi, selon les économistes de Desjardins, le taux directeur, qui atteindra 4,25 % en 2023, terminera l’année à 3,75 %, puis glissera en 2024 jusqu’à 2,25 %.

Le bout du tunnel

Dans une note économique publiée le 16 novembre, jour de la dernière lecture sur l’inflation au Canada, les économistes de Desjardins écrivent que les mesures traditionnelles et plus dynamiques de l’inflation fondamentale suggèrent que les pressions sur les prix s’estompent.

L’atténuation des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement et la baisse des coûts des billets d’avion et d’autres dépenses liées aux voyages semblent avoir contribué à calmer les principales pressions inflationnistes, poursuivent-ils.

Et donc, à leur avis, les pressions inflationnistes sur les prix de l’essence et des aliments pourraient commencer à s’atténuer. Il semble bel et bien y avoir de la lumière au bout de ce long tunnel. Les pressions inflationnistes sous-jacentes s’atténuent d’après un large éventail d’indicateurs. Bien que la route vers la stabilité des prix soit encore longue, chaque petit développement positif compte.

De son côté, la Banque TD s’attend aussi à une hausse du taux directeur fin 2022, début 2023, avec une montée qui nous amènera à 4,25 %.

Mais, selon la TD, la baisse de taux dans la deuxième moitié de 2023 sera plus forte que ce qu’anticipe Desjardins. Le taux directeur sera à 3,25 % à la fin de l’année prochaine, de l’avis des économistes de la TD, puis à seulement 1,75 % à la fin de 2024.

Il s’agit là de prévisions, bien sûr. Mais, le ralentissement de l’économie sera important et va durer un certain temps. Nous ne serons peut-être en récession que quelques trimestres, mais une forme de stagnation de l’économie pourrait s’installer, ce qui va, tôt ou tard, obliger les banques centrales à agir en regard de l’évolution de l’inflation.

Selon la TD, le taux d’inflation sera de retour à 3,1 % au 3e trimestre de 2023, ce qui permettra à ce moment-là à la banque centrale de réduire son taux directeur.

Une souffrance économique

À la Banque Nationale aussi, on s’attend à une stabilisation du taux directeur à 4,25 %, puis à une baisse en fin d’année 2023 à 3,75 %. Elle ne prévoit toutefois pas un fort recul du taux en 2024, mais anticipe plutôt une baisse à 3 % en fin d’année.

Tant la Banque du Canada et la Réserve fédérale [américaine] ne s’en cachent pas, écrit la Banque Nationale dans une note économique récente. Il faudra une souffrance économique pour ramener l’inflation à bon port [...]. Pas moins de 58 % des entreprises estiment à plus de 50 % de chances d’une récession dans les 12 prochains mois.

Selon les économistes de l’institution, les hausses de taux font déjà leur effet. Alors que l’inflation des 12 derniers mois avoisine toujours les 7 %, celle des trois derniers mois en rythme annualisé était de retour dans la fourchette cible de la banque centrale (1 % à 3 %), observent-ils.

Plusieurs mesures d’inflation montrent que les pressions sur les prix semblent se modérer. Entre juin et septembre, l’IPC (indice des prix à la consommation) médian augmentait à un rythme de 3,5 % de ce côté-ci de la frontière, ce qui se compare avantageusement aux 8 % observés aux États-Unis.

Selon la Banque Nationale, jusqu’ici, les choses évoluent dans la bonne direction pour la Banque du Canada, ce qui suggère que nous approchons du taux terminal dans ce cycle de resserrement. En effet, le marché du travail montre des signes de modération et les pressions inflationnistes sont moins aiguës et diffuses que plus tôt cette année.

L’effet de la hausse sera triple, anticipe la Banque Nationale : moins de richesse pour les ménages, perte de pouvoir d’achat et un choc de paiement d’intérêt. Dans les circonstances, la banque centrale n’aura pas à maintenir son taux directeur à plus de 4 % durant une longue période. L’effet se fera assez vite sentir sur l’inflation, toujours selon la Banque Nationale.

Taux fixe ou taux variable?

Ce retournement de situation prévu en 2023 et 2024 va rassurer tous les détenteurs de prêts hypothécaires à taux variable. La hausse des derniers mois en a inquiété plusieurs, et quantité de ménages se trouvent dans une situation financière périlleuse.

Une baisse rapide des taux à la fin 2023 et en 2024 pourrait donner raison, une fois de plus, à celles et ceux qui misent toujours sur le taux variable.

Historiquement, depuis plus d’un demi-siècle et dans environ 90 % des cas, les personnes qui choisissent systématiquement le taux variable auront payé moins d’intérêt au bout de 25 ans que celles et ceux qui auront opté pour des taux fixes. L’histoire n’est pas garante de l’avenir, mais on peut penser que la baisse des taux va en soulager plus d’un.

Malgré la hausse rapide des taux en 2022, cette donnée historique a peut-être influencé les emprunteurs, les hypothèques à taux variable étant demeurées populaires. Selon des données des Professionnels hypothécaires du Canada, citées par le Globe and Mail le 15 novembre, 44 % des nouvelles hypothèques étaient toujours à taux variable en août 2022.

Plusieurs courtiers hypothécaires rapportaient au quotidien torontois que les récentes hausses de septembre et d'octobre par la Banque du Canada n’ont pas freiné l’intérêt pour le taux variable.

Loin de moi l’idée de vous suggérer de choisir le taux variable. Prenez conseil auprès d’experts pour bien évaluer vos besoins et votre situation financière. Cependant, sachez tout de même qu’après la tempête des derniers mois, un temps plus clément semble s’annoncer sur le front des taux d’intérêt. Mais, comme la météo, ça peut changer vite!

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