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« Je repartirais demain matin », dit un camionneur du convoi

« Ça va être une tape sur les doigts du gouvernement, tout simplement. » Louis Martin, un camionneur beauceron, revient sur l'occupation de la capitale en janvier alors que siège à Ottawa la Commission sur l'état d'urgence.

Louis Martin pose devant le drapeau qu'il avait accroché à son camion lors du convoi dit de la liberté.

Louis Martin pose devant le drapeau qu'il avait accroché à son camion lors du convoi dit de la liberté.

Photo : Radio-Canada / Patrick Andre Perron

Louis Martin était de ces camionneurs qui ont participé au convoi dit de « la liberté » au mois de janvier, alors que la pandémie pesait encore de tout son poids sur le quotidien des Canadiens.

Nous l’avions accompagné dans son poids lourd vers Ottawa et suivi pendant les trois semaines du siège de la capitale.

Huit mois plus tard, nous l’avons retrouvé à son atelier de Saint-Évariste, en Beauce.

La Commission sur l’état d'urgence, qui siège depuis la mi-octobre et jusqu’au 25 novembre, vise à déterminer si le gouvernement fédéral avait raison de recourir à cette mesure exceptionnelle pour déloger les manifestants qui occupaient le centre-ville d’Ottawa l’hiver dernier.

Un camionneur avec une banderole.

Louis Martin croit que la Commission sur l'état d'urgence ne donnera qu'une « tape sur les doigts » du gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Le gouvernement voulait que ça finisse au plus vite, dit l’entrepreneur habillé d’une chienne de travail et coiffé d’un bonnet de soudeur. Il a pris le moyen le plus fort pour mettre fin à ça. Mais tout le monde savait que c’était too much. C’était démesuré. Mais ils se sont dit qu’ils allaient vivre avec les conséquences après.

La première fois que nous avions rencontré le transporteur, la neige tombait doucement sur le grand atelier à deux portes de garage du Beauceron. Il se préparait à la première manifestation de sa vie. Il s’apprêtait à rejoindre le convoi qui se formait à travers le pays pour dénoncer l'obligation vaccinale pour les travailleurs qui traversaient la frontière américaine.

Pour l’occasion, il avait décoré son camion de l'unifolié et d’une banderole sur laquelle on pouvait lire Fuck you Legault. Je souhaite étirer ça [mon séjour] pour que ça vaille la peine, nous avait alors dit le propriétaire de quatre camions de transport. Je pense qu’on a une bonne chance de se faire entendre. Faut pas la manquer.

Deux camionneurs installent une banderole sur un camion.

Louis Martin, alors qu'il se préparait à participer au convoi des camionneurs.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Louis Martin a finalement campé dans son poids lourd pendant trois semaines, soit toute la durée du siège de la capitale fédérale. Le 14 février, la Loi sur les mesures d’urgence est adoptée par le gouvernement fédéral.

Quatre jours plus tard, après maints avertissements, alors que des centaines de policiers se déploient au centre-ville d’Ottawa, il décide de quitter son véhicule.

Il le retrouvera sens dessus dessous, les vitres brisées, quelques heures plus tard.

Les policiers devaient vérifier s’il restait des gens dedans, raconte-t-il. On s’est fait dire qu’ils voulaient aussi s’assurer qu’il n’y avait pas d’armes dans le camion.

Un camionneur devant son véhicule à Ottawa.

Le camionneur Louis Martin a participé à l'occupation de la capitale pendant trois semaines.

Photo : Radio-Canada / Simon Coutu

Partir ou rester?

Tout au long du siège, des avocats conseillent les camionneurs, leur assurent qu’ils sont en droit d’occuper le centre-ville de la capitale. Les organisateurs distribuent même des prospectus citant des articles de lois à installer sur les pare-brises des protestataires.

On a peut-être été mal conseillés, admet l’entrepreneur. Mais les avocats ne comprenaient pas tout à fait la loi sur les mesures de guerre [la Loi sur les mesures d'urgence]. En temps normal, on était pacifiques et on avait le droit de manifester. Et même avec la loi spéciale, on avait quand même des droits.

Les autorités fédérales ont gelé au moins 76 comptes bancaires de participants ou d’organisateurs du convoi. Même si son nom et son numéro de téléphone sont imprimés sur les portes de son camion, Louis Martin n'a jamais été inquiété.

La commission a dévoilé que 24 millions de dollars ont été amassés grâce à de nombreuses campagnes de sociofinancement. Les camionneurs n’ont touché qu’à 800 000 $ de cette somme. Le reste a été gelé, remboursé ou placé dans un compte.

De son côté, Louis Martin recevait quotidiennement des dons en argent de la part de gens de sa région ou de sympathisants qui suivaient son siège sur les réseaux sociaux. Assez pour n’avoir presque pas d’impact sur mes finances, malgré mon absence du bureau pendant trois semaines, résume-t-il.

Mais le camionneur a perdu un important contrat de transport vers les États-Unis en raison de son statut vaccinal. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a décidé de prendre la route vers Ottawa en janvier dernier.

Orphelins politiques

Devant le garage de Louis Martin, même si les élections provinciales sont terminées depuis quelques semaines, on aperçoit toujours une pancarte du candidat beauceron du Parti conservateur du Québec, Jonathan Poulin.

Le chef de la formation, Éric Duhaime, a fait du combat contre les mesures sanitaires un des principaux enjeux de sa campagne électorale.

On est des orphelins politiques et il nous a ralliés derrière un parti, avance le camionneur. Duhaime proposait un gouvernement plus petit, qui ne veut pas nous contrôler. C’est un peu l’histoire de la manifestation de l’hiver dernier. C'est sûr qu’une bonne partie des gens présents se sont retrouvés dans ces idées-là.

Une pancarte du candidat du Parti conservateur du Québec, Jonathan Poulin devant une route.

Même si les élections provinciales sont terminées depuis quelques semaines, on aperçoit toujours devant le garage de Louis Martin une pancarte du candidat du Parti conservateur du Québec, Jonathan Poulin.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Aujourd’hui, l’automne a déjà fait tomber presque toutes les feuilles des arbres et, autour du garage de Louis Martin, on voit les tubulures bleues sur les arbres nus du paradis du sirop d’érable qu’est la Beauce.

La saison froide vient généralement avec son lot de virus. Le gouvernement recommande déjà le retour du masque dans les espaces publics en raison de l’achalandage dans les urgences du Québec.

Même si l’on en sait aujourd’hui beaucoup plus sur le vaccin contre la COVID-19, la position de Louis Martin n’a pas changé. Je repartirais demain matin! Pour les mêmes raisons. Pour notre avenir et l'avenir de nos enfants, plaide-t-il. Je n’ai pas de problème avec ceux qui se font vacciner. Mais ne m’oblige pas à la prendre si je ne le veux pas. J’ai encore peur des effets secondaires.

Bannière de la commission d'enquête sur l'état d'urgence.

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