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Des secrets gardés dans les hauteurs des forêts anciennes

Les lichens témoignent de la riche biodiversité dans les forêts anciennes de la Colombie-Britannique.

Des lichens poussent sur un arbre centenaire.

Des lichens poussent sur un arbre centenaire, à une heure de route de Prince George, dans une partie de la forêt ancienne intérieure restée intacte.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Au fil de milliers d'années, une importante biodiversité s'est formée dans la forêt ancienne de l'intérieur de la Colombie-Britannique. Un écosystème unique, dans lequel les botanistes font encore de nouvelles découvertes, dont des lichens rares.

Ces organismes, qui résultent d’une symbiose entre un champignon et une algue ou une cyanobactérie, sont un exemple de coopération dont nous pourrions nous inspirer face aux changements climatiques.

La forêt enchantée

Trevor Goward se souvient de la première fois qu’il a mis les pieds dans la forêt ancienne intérieure. La première chose que j'ai aperçue était un lichen que je n'avais jamais vu auparavant. J'étais étonné, dit le lichénologue, qui étudie l’univers de ces organismes depuis les années 1970.

Le bassin versant de Fairy Creek avec une partie des arbres coupée.

En Colombie-Britannique, une forêt est considérée comme ancienne lorsqu'elle atteint 250 ans d'âge dans les zones humides.

Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos

Il a répertorié et nommé plus de 30 lichens jusqu’alors inconnus. J'ai une vingtaine de lichens auxquels je dois encore donner un nom. Beaucoup poussent dans les forêts anciennes, explique-t-il. Malgré les nombreuses publications qu’il a écrites sur les lichens, tout n’a pas encore été découvert, selon lui.

« C'est un endroit incroyable, une forêt magique, enchantée, un endroit où les choses sont en place depuis des milliers d'années. »

— Une citation de  Trevor Goward, Musée de la biodiversité Beaty, Université de la Colombie-Britannique

En Colombie-Britannique, une forêt est considérée comme ancienne lorsqu'elle atteint 250 ans d'âge dans les zones humides.

La forêt pluviale intérieure s’étend de Revelstoke, près de la frontière avec l’Alberta, jusqu’à Prince George, au centre de la province.

Une équipe de recherche, menée par Darwyn Coxson, professeur au programme de science et de gestion des écosystèmes de l’Université du nord de la Colombie-Britannique (UNBC), et Curtis Bjork, botaniste de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), s’est rendue dans la forêt en 2016.

Illustration d'un

Le premier jour, 400 espèces ont été répertoriées, certaines en voie d'extinction en Colombie-Britannique et à l'échelle mondiale. Aujourd’hui, plus de 2400 espèces différentes de plantes, de lichens et de mousses ont été dénombrées dans cette forêt, soit deux à trois fois plus que ce à quoi on s'attendait.

Les conditions nécessaires à l’existence de plusieurs de ces lichens rares ne sont possibles que dans les forêts anciennes, affirme Darwyn Coxson.

 Darwyn Coxson, professeur à l’Université du nord de la Colombie-Britannique.

Les lichens sont de bons indicateurs de la qualité de l’air de la forêt, selon Darwyn Coxson, professeur à l’Université du nord de la Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Les lichens : des microécosystèmes

Sous le couvert forestier de la forêt pluviale, le professeur s’émerveille. Lorsque nous pensons à la biodiversité, nous pensons à compter les plantes qui poussent au sol. Mais, dans ces forêts pluviales tempérées, il y a beaucoup plus d'espèces qui poussent au-dessus de ma tête, sur les branches.

Perchés sur les hauteurs des branches, les lichens à cyanobactéries sont toutefois capables de fertiliser le sol en convertissant l'azote atmosphérique en azote organique, assimilable par les plantes. Dans la plupart des forêts, la proportion de lichens à cyanobactérie est faible, alors que, dans les forêts pluviales, cette proportion est dix fois plus élevée.

Les lichens sont également une source de nourriture pour le caribou des montagnes du Sud, une espèce en voie de disparition, selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Une personne tient une petite motte de terre avec de toutes petites fleurs dans la main.

Plusieurs lichens et mousses prospèrent dans la forêt pluviale intérieure.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

[Le lichen] a sa propre vie. Il contient en fait de nombreuses algues, de nombreux champignons, des bactéries, des virus, rappelle Trevor Goward.

« Si vous tenez des lichens dans votre main, vous êtes en présence d'un écosystème. »

— Une citation de  Trevor Goward, Musée de la biodiversité Beaty, Université de la Colombie-Britannique

Pour le botaniste, les lichens sont bien plus que des organismes : ils représentent un symbole de résistance et de collaboration entre différentes formes de vie. Les éléments [qui composent le lichen] se comportent d'une manière qui est bénéfique à l’ensemble. En retour, cet écosystème offre de la résistance et de la protection à chaque élément.

Le lichénologue estime qu'il s’agit d’un exemple de synergie qu’il serait important de suivre afin de répondre aux défis des changements climatiques.

Une forêt menacée

Les forêts anciennes font partie des solutions aux changements climatiques, comme l'explique le professeur de l’UNBC Darwyn Coxson. Celles-ci séquestrent d’énormes quantités de carbone, selon une étude (Nouvelle fenêtre) publiée dans le journal scientifique Nature, précisant que les forêts anciennes peuvent continuer à accumuler du carbone, contrairement à l'idée préconçue selon laquelle elles sont carboneutres.

Pourtant, ces écosystèmes sont à risque. La plus grande menace à ce jour est de loin l'exploitation forestière, affirme Darwyn Coxson.

Une centaine d'arbres coupés sur le bord d'un chemin forestier.

À une heure de route de Revelstoke, des arbres anciens sont exploités par l'industrie forestière.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Ces endroits extraordinaires sont de plus en plus rares. Si nous voulons que nos enfants ou nos petits-enfants, les générations futures puissent les découvrir, il ne nous reste plus qu'une dizaine d'années pour les protéger, déplore-t-il.

En effet, selon une étude (Nouvelle fenêtre) qu’il a coécrite en 2021, publiée dans la revue scientifique Land, la forêt intérieure de la Colombie-Britannique est l'une des forêts pluviales tempérées les plus menacées au monde. L'étude montre que le pourcentage de la superficie forestière exploitée chaque décennie a presque doublé entre les années 1970 et 2000, passant de 5,3 % à 10,2 %, avant de diminuer légèrement dans les années 2010.

Quand on coupe ces forêts, c'est comme si l’on exploitait une mine. Cette forêt ne repoussera jamais, même dans 500 ans. Le climat sera tellement plus chaud qu’elles ne reviendront pas, affirme Trevor Goward.

Tel un lichen, il faut prendre des décisions en tenant compte de tous les éléments et se comporter d'une manière qui est bénéfique à l'ensemble, conclut-il.

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