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Les sols de la majorité des parcs pour enfants de Rouyn-Noranda seraient sécuritaires

Des tests de sols effectués à différents endroits de la municipalité par Radio-Canada démontrent que la proportion d’arsenic y est relativement faible et bien en deçà du critère maximal acceptable, qui est de 30 milligrammes par kilogramme d’arsenic. Le constat est toutefois bien différent dans le secteur résidentiel, selon une étude de la santé publique régionale.

La pancarte annonçant le parc Marie-Victorin devant des balançoires pour enfants.

Le parc Marie-Victorin est l'un des 12 parcs que nous avons testés à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

La santé publique régionale de l’Abitibi-Témiscamingue réclame depuis des mois que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) effectue des tests de sols dans tous les quartiers urbains de Rouyn-Noranda afin de déterminer si des métaux lourds y sont présents. Une demande qui a été refusée par le ministère à maintes reprises.

Radio-Canada a effectué des tests de sol dans 12 parcs aux quatre coins de la municipalité qui sont situés entre 1 et 12 kilomètres de la Fonderie Horne. Nous avons prélevé des échantillons de sol dans chacun de ces parcs et les analyses ont été réalisées dans un laboratoire de la région. La méthodologie complète est détaillée à la fin de ce texte.

La quantité d’arsenic dans les sols varie entre 0,77 et 7,5 milligrammes par kilogramme (mg/kg), soit bien en deçà du critère maximal acceptable au Québec pour un terrain résidentiel, qui est de 30 mg/kg.

Une cuillère de bois dans la terre devant des jeux pour enfants dans un parc.

Les prélèvements ont été réalisés avec une cuillère en bois qui a été changée après chaque utilisation.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Ce critère s’applique aussi aux écoles, garderies et parc de jeux. Des données passablement plus basses que ce qu’on retrouve quand le quartier Notre-Dame près de la Fonderie Horne. La santé publique régionale estime que la moitié des blocs de terrain de ce quartier dépassent le critère de 30 mg/kg pour l’arsenic.

Nous avons également testé le taux de cadmium et de plomb dans les différents parcs pour enfants. La valeur limite du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques pour le cadmium est de 5 mg/kg, et de 500 mg/kg pour le plomb.

Seul le parc Lauzon, dans le quartier Rouyn-Sud, dépassait le critère maximal acceptable de cadmium dans un quartier résidentiel. On y retrouve une concentration de 6,88 mg/kg de cadmium.

Il y a quand même un site où il y a trop de cadmium, il faudrait corriger la situation, mais oui, la quasi-totalité des parcs est conforme, explique le professeur en chimie de l'environnement à l'Université de Montréal, Sébastien Sauvé.

La porte-parole du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda, Nicole Desgagnés, est heureuse de constater que les parcs semblent sécuritaires, mais elle réitère qu’il est important de tester tous les terrains de la municipalité.

Nicole Desgagnés observe les données sur une feuille. Jean-Marc Belzile la regarde.

Le journaliste Jean-Marc Belzile présente les données obtenues à Nicole Desgagnés.

Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas

Ça peut à la fois rassurer s’il n'y a rien et, d’autre part, ça peut permettre d’agir s’il y a quelque chose à faire, estime-t-elle.

Nous avons également prélevé des échantillons dans des parcs pour enfants à Rivière-Héva, Malartic et Val-d’Or. La quantité de plomb, d’arsenic et de cadmium s’est avérée très faible à ces trois endroits, bien plus basse qu’à Rouyn-Noranda.

Résultat des tests de sols

Arsenic

Cadmium

Plomb

Malartic

1,79 mg/kg

0,18 mg/kg

2,55 mg/kg

Rivière-Héva

1,05 mg/kg

0,005 mg/kg

1,61 mg/kg

Val-d'Or

0,25 mg/kg

0,04 mg/kg

0,67 mg/kg

C’est le meilleur argument pour contrer cet avis que Rouyn-Noranda est une région minière, qu’en Abitibi les taux sont naturellement plus élevés. D’avoir des échantillons ailleurs en Abitibi, qui est encore la même région minière, qui a la même roche mère, qui a les mêmes teneurs, et montrer que, dans ces cas, les sols échantillonnés de la même façon sont propres et n'ont aucune difficulté à rencontrer les critères de qualité du Québec, ça montre qu'à Rouyn-Noranda ça vient d’une source locale, et ce n’est pas naturel, estime Sébastien Sauvé.

Un avis qui est d’ailleurs partagé par la santé publique régionale, qui estime qu’il est indéniable que la Fonderie Horne a contribué à la contamination des sols en périphérie de celle-ci.

Même à Malartic, où il y a quand même une circulation de beaucoup de camions, on brasse du sable, on casse de la roche et il n’y en a pas plus. Vous avez pris des mesures à Malartic, à Évain, à Val-d’Or, un peu partout, et dans les quantités, il n’y en a pas, alors c’est clair que la source est là [la Fonderie Horne], estime Nicole Desgagnés.

Des terrains résidentiels contaminés à plus de 4 kilomètres

La Direction de santé publique régionale a effectué en 2019 la caractérisation des sols en milieu urbain. L’organisation avait effectué 254 tests de sols dans le périmètre urbain à l’extérieur du quartier Notre-Dame, dont 156 terrains résidentiels, 28 parcs et écoles et 27 CPE et garderie en milieu familial.

Dans cette étude, les parcs analysés étaient en dessous de la limite autorisée. Ils avaient en moyenne 5,86 mg/kg d’arsenic. Le parc le plus élevé avait 17 mg/kg d’arsenic. Les échantillons prélevés étaient aussi en deçà des normes pour le plomb et le cadmium.

Les terrains résidentiels contenaient davantage de métaux. 23 % des terrains résidentiels échantillonnés à Rouyn-Noranda excèdent les valeurs limites du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) en ce qui concerne l’arsenic (30 ppm), le cadmium (5 ppm) ou le plomb (500 ppm). Plus spécifiquement, 21 % excèdent le critère pour le cadmium, 6 % pour l’arsenic et 3 % pour le plomb. Certains se trouvent à plus de 4 kilomètres de la Fonderie Horne.

Les terrains analysés lors de cette étude n’ont jamais été restaurés par la Fonderie Horne, car Québec oblige seulement l’entreprise à décontaminer les terrains du quartier Notre-Dame à proximité de la Fonderie Horne. Le risque pour la santé de ces résidents est pourtant bien présent, selon Sébastien Sauvé.

Quand on dépasse le seuil qui est reconnu, on est dans une zone où on s’expose à un risque au-delà de ce qui est normalement acceptable, donc aussitôt que les sites sont au-dessus du cadmium, c’est qu’il y a un risque. Un risque excessif d’avoir des problèmes de cancer, de problèmes respiratoires, problèmes de développement intellectuel pour le plomb, de rein au niveau des organes pour le cadmium, ça varie selon les polluants, explique-t-il.

Davantage de contaminants dans certains secteurs?

Le lac Osisko et les cheminées de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda.

Le lac Osisko près du centre-ville de Rouyn-Noranda. (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

La caractérisation des sols effectuée par la Direction de santé publique régionale démontre une présence de cadmium au sol plus importante sur la rive sud du lac Osisko, au centre-ville, ainsi que dans le quartier Sacré-Cœur. Le seul parc qui dépassait les critères de cadmium lors de notre étude était aussi situé au sud du lac Osisko, dans le district Rouyn-Sud.

La santé publique régionale émettait l’hypothèse que les plus vieux secteurs de la Ville étaient plus contaminés.

Selon les analyses, il y a un lien statistique entre les concentrations de cadmium et de plomb en surface des sols et l’année de construction de la maison, ainsi qu’un lien, quoique très faible, avec la distance par rapport à la fonderie, explique la santé publique régionale dans son rapport sur la caractérisation des sols en milieu urbain, tout en précisant qu’il n’y aurait pas de lien pour l’arsenic.

Tout au fil du temps, il y a des émanations qui s’accumulent dans le sol.[...] Les sections qui n'ont jamais été décontaminées ont un historique qui s’approche bientôt du siècle de pollution atmosphérique qui s’est déposé doucement au fil des années, explique Sébastien Sauvé.

Le gouvernement du Québec devrait renouveler l’autorisation ministérielle de la Fonderie Horne au cours des prochains jours. On connaîtra à ce moment ce que le gouvernement Legault compte exiger à l’entreprise au cours des cinq prochaines années, notamment pour ses émissions atmosphériques, mais aussi pour la décontamination des sols.

Québec s’est déjà engagé à ce que l’entreprise soit dans l’obligation de restaurer tous les sols qui dépassent les critères du ministère de l'Environnement dans le quartier Notre-Dame, mais refuse toujours de tester le sol des autres quartiers, malgré l’insistance de la santé publique régionale.

La recommandation de la santé publique reste parfaitement valable, elle est fondée sur des données probantes. Il n’y a pas de bonnes raisons, selon moi, que le ministère de l’Environnement ne fasse pas cette caractérisation. On va pouvoir corriger ces sites et tout le monde va pouvoir être rassuré, il va y avoir plus de transparence, car clairement il manque beaucoup de transparence dans ce dossier, estime Sébastien Sauvé.

Méthodologie des tests

Nous avons prélevé les deux premiers centimètres de surface. Les sols échantillonnés sont de la terre ou du gravier, selon le type de surface des terrains.

Pour chaque terrain, un échantillon composite était constitué de cinq prélèvements d’un même type de sol. Les prélèvements ont été réalisés avec une cuillère en bois qui a été changée après chaque utilisation.

Les échantillons ont par la suite été analysés par un laboratoire de l’Abitibi-Témiscamingue.

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