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Simuler un sourire améliore bel et bien l’humeur, confirme une étude

Un homme fait un faux sourire avec les dents et les doigts en gros plan.

Un homme fait un faux sourire avec les dents et les doigts en gros plan.

Photo : iStock

Même de façon forcée, le simple fait de sourire peut améliorer l’humeur, établissent des travaux publiés dans la revue Nature Human Behavior (Nouvelle fenêtre).

L’idée selon laquelle le simple fait de mimer des émotions peut les induire n'est pas nouvelle. Bien qu’une centaine d'études aient été publiées sur le sujet, leurs résultats ne permettaient pas jusqu’ici d’établir clairement que les expressions faciales influencent notre expérience émotionnelle, une hypothèse connue sous le nom de rétroaction faciale.

C’est une hypothèse toute simple qui part du principe que si on mime une expression faciale sur notre visage, alors on va avoir tendance à ressentir cette l'émotion, explique Pierrich Plusquellec, chercheur au Centre d’études en sciences de la communication non verbale (CESCNOV) affilié à l’Université de Montréal, qui n’a pas participé aux travaux.

« Par exemple, si je fais une expression faciale de colère, au bout de quelques secondes, je vais ressentir de la colère. Si je fais une expression faciale de joie, comme cela a été testé dans cet article, je vais alors ressentir plus de joie. »

— Une citation de  Pierrich Plusquellec, chercheur au CESCNOV

Mais l’hypothèse de la rétroaction faciale n’est pas facile à prouver puisqu’il faut mesurer l’émotion et s’assurer que les personnes miment correctement les expressions.

Repères

  • En 1978, les psychologues Paul Ekman et Wallace Friesen mettent au point une méthode de description des mouvements du visage (facial action coding system) qui devient le principal outil de mesure utilisé dans les études s'intéressant à l'expression faciale.
  • En 1988, le psychologue social Fritz Strack publie une étude qui tend à montrer l’existence du phénomène de rétroaction faciale. Dans son expérience, le chercheur demande à des participants d'évaluer le degré de drôlerie d'une série de dessins animés en tenant un crayon entre leurs lèvres, ce qui force un froncement de sourcils; puis entre les dents, ce qui oblige un sourire. Les résultats montraient que ceux qui souriaient ont jugé les dessins plus drôles que ceux qui fronçaient les sourcils.
  • En 2016, des expériences menées dans 17 laboratoires ne parviennent pas à répliquer les résultats obtenus en 1988.
  • En 2019, le chercheur Nicholas Coles de l’Université Stanford compile cinquante ans de recherches et 138 études dans une méta-analyse qui tend à montrer que la modification de l'expression du visage peut modifier les émotions ressenties.

Le projet Many Smiles

À la suite de sa méta-analyse, le chercheur Nicholas Coles décide de trancher la question une fois pour toutes en regroupant au sein d’une même étude, le projet Many Smiles, des chercheurs qui défendent ou qui s’opposent à la théorie de la rétroaction faciale.

« Cela n’arrive pratiquement jamais que des chercheurs aux idées contraires unissent leurs efforts. On a plutôt droit à des batailles de clochers, et on va régler la question dans des congrès avec des discussions parfois très émotionnelles. »

— Une citation de  Pierrich Plusquellec, Université de Montréal

Les chercheurs se sont entendus sur une méthodologie expérimentale dans l’objectif de déterminer si les expériences émotives subjectives d’une personne peuvent être influencées par leurs expressions faciales.

C'est une étude solide, très bien faite. L’une des forces de son protocole de recherche, c’est qu’il est transposable d’une culture à l’autre, avec des participants de pays aussi variés que la France et le Japon, note Pierrich Plusquellec.

L'étude a été menée auprès de 3878 participants dans 19 pays répartis en trois groupes dans lesquels les trois techniques utilisées dans les études précédentes ont été testées :

1) imiter les expressions faciales d'acteurs apparaissant sur des photos;

2) déplacer les coins de la bouche vers les joues en utilisant uniquement les muscles faciaux;

3) utiliser la technique du stylo dans la bouche qui consiste à déplacer les muscles faciaux pour simuler un sourire.

Dans chacun des groupes, la moitié des participants ont effectué la tâche en regardant des images joyeuses de chiots, de chatons, de fleurs et de feux d'artifice, et l'autre moitié a simplement observé un écran vide. Ils ont également vu ces mêmes types d'images (ou leur absence) en présentant une expression faciale neutre.

Pour masquer l'objectif de l’expérience et minimiser les biais, les chercheurs ont intégré plusieurs autres petites tâches physiques et ont demandé aux participants de résoudre des problèmes mathématiques simples. Ensuite, après chaque tâche, les participants ont évalué le degré de bonheur qu'ils ressentaient.

Le saviez-vous?

Il existe deux types de sourires :

  • Le sourire vrai (involontaire) met en jeu les muscles grands zygomatiques, qui s'étirent obliquement de la pommette à la commissure des lèvres, et les muscles orbiculaires de l'œil, qui forment une zone elliptique autour des paupières et s'étalent en une couche mince sur les paupières elles-mêmes.
  • Le sourire faux ou social (volontaire), dans lequel seuls les muscles zygomatiques sont contractés.

 

Ainsi, la contraction des muscles autour des yeux distinguerait un sourire reflétant une émotion réellement positive d'un sourire de circonstance.

Un effet plutôt subtil

Les résultats obtenus permettent d’établir que les deux premières méthodes entraînent une augmentation perceptible du bonheur, ce qui prouve que les émotions humaines sont liées aux mouvements musculaires. La technique du stylo n’a pas donné de résultats concluants, probablement parce qu’elle ne permet pas de créer une expression authentique qui ressemble beaucoup au sourire.

Ces résultats constituent un argument convaincant en faveur d'un lien entre les émotions humaines et les mouvements musculaires ou d'autres sensations physiques.

Les auteurs des travaux pensent que l’effet observé avec les deux premières techniques apparaît parce que les expressions faciales fournissent un retour sensorimoteur au cerveau qui contribue à la perception d'une émotion, une opinion que partage Pierrich Plusquellec.

La rétroaction faciale existe, mais ses effets sont faibles. Rien toutefois pour permettre d’espérer traiter la dépression, affirme Pierrich Plusquellec, qui pense toutefois que ces résultats, obtenus après des rétroactions faciales de 5 secondes, ouvrent la porte à d’autres expériences.

« Imaginez maintenant si on demandait à des participants de sourire de manière involontaire ou volontaire plusieurs fois 5 secondes par jour. Si on vous demande de le faire 10 fois en matinée, est-ce que ça augmenterait de manière significative votre joie au cours de la journée? »

— Une citation de  Pierrich Plusquellec, Université de Montréal

La posture de pouvoir

Pierrich Plusquellec rappelle qu’il existe d’autres types de rétroaction, comme celle des postures de pouvoir, décrites par la Pre Amy Cuddy de l’Université Harvard en 2010. Sa méthode, testée sur ses étudiants, montre que lorsqu’ils adoptaient une posture de force deux minutes avant un moment stressant, leur niveau de testostérone (l'hormone de la domination) augmentait et celui de cortisol (l'hormone du stress) baissait. Selon la chercheuse, le langage corporel influe sur la manière dont les autres vous perçoivent, mais aussi sur votre perception de vous-même.

Deux exemples :

  • se tenir debout, bien droit, les pieds écartés, les mains sur les hanches et le menton incliné vers le haut;
  • s’asseoir sur une chaise, dos appuyé au dossier, les jambes croisées sur le bureau avec les mains derrière la nuque.

Les travaux consacrés aux postures de pouvoir semblent suivre un parcours similaire à ceux consacrés à la rétroaction faciale. D’autres chercheurs n’ont pas été en mesure de reproduire les résultats obtenus par Amy Cuddylors lors d’études subséquentes, mais une méta-analyse publiée en 2020 semble apporter des preuves préliminaires de l’effet de la posture de pouvoir sur les réponses affectives et comportementales. Une prochaine étude menée avec une méthodologie similaire à celle utilisée par le chercheur Nicholas Coles pourrait trancher la question dans les prochaines années.

Pour Pierrich Plusquellec, les travaux menés sur la rétroaction faciale ou posturale tendent à montrer que créer quelque chose avec notre corps de manière consciente mène à un sentiment de confiance.

« Cela nous permet de ressentir ce qui est en lien avec ce mouvement-là. Je fais, donc je ressens quelque chose. »

— Une citation de  Pierrich Plusquellec, Université de Montréal

Un sourire contagieux

Pierrich Plusquellec pense que les résultats du projet Many Smiles vont mener à l’étude du lien entre la rétroaction sociale et la contagion émotionnelle, la porte vers l'empathie.

« Il y a un consensus scientifique sur le modèle neurocognitif de l'empathie, qui indique que lorsque vous êtes face à quelqu'un et que cette personne vous sourit ou qu'elle a n'importe quelle expression faciale, vous allez mimer de manière automatique cette expression faciale, ce qu'on appelle l'empathie motrice. Cela va créer de la contagion émotionnelle chez vous qui va vous aider à reconnaître l'émotion. »

— Une citation de  Pierrich Plusquellec, Université de Montréal

Les présents travaux vont, selon lui, créer un consensus sur l’existence de la rétroaction faciale, l'un des mécanismes de la contagion émotionnelle. On vient d'un coup d'expliquer l'une des raisons pour lesquelles on peut être contaminé par les émotions des autres, estime-t-il.

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