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Un Lévisien aurait planifié un coup d’État armé en Haïti

Le président d'Haïti Jovenel Moise (centre) et le premier ministre Jack Guy Lafontant (gauche) lors d'une cérémonie à Port-au-Prince en mars.

Reportage de Guylaine Bussière sur Gérald Nicolas, soupçonné d'avoir fomenté un attentat terroriste pour renverser le gouvernement de Jovenel Moïsen.

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

Un résident de Lévis est soupçonné d’avoir fomenté un attentat terroriste visant à renverser le gouvernement haïtien de l’ex-président Jovenel Moïse. Gérald Nicolas, 51 ans, devra répondre à des accusations de terrorisme en vertu du Code criminel canadien. Aucune de ces accusations n’est toutefois liée à la mort de M. Moïse, assassiné en juillet 2021.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a annoncé jeudi le dépôt de trois chefs d’accusation en matière de terrorisme contre Gérald Nicolas. Le corps policier allègue que le quinquagénaire prévoyait d'exécuter une révolution armée en Haïti.

Il voulait détrôner le gouvernement en place et son président pour prendre le pouvoir, indique en entrevue à Radio-Canada le sergent Charles Poirier de la GRC.

Gérald Nicolas se tient debout derrière deux personnes âgées, dont l'identité est cachée.

Gérald Nicolas a été remis en liberté en attendant sa comparution, prévue le 1er décembre à Québec.

Photo : Gracieuseté

Selon la police fédérale, le suspect d’origine haïtienne aurait pris des actions concrètes [...] afin de faciliter l'organisation d'un groupe dont l'intention était de participer à un coup d'État contre l'autorité établie.

Il aurait notamment voyagé à Haïti, en Amérique centrale et en Amérique du Sud dans le but allégué de recruter des complices, d’amasser des fonds et de faire l’acquisition d’armes pour mettre son projet à exécution, dont la planification aurait commencé en janvier 2020.

Si l’on en croit la GRC, le présumé complot fomenté par le suspect n’aurait rien à voir avec celui ayant mené au meurtre du président Jovenel Moïse, assassiné en pleine nuit par un commando armé dans sa résidence de Pétion-Ville, en banlieue de Port-Au-Prince, le 7 juillet 2021.

Aucun danger

Gérald Nicolas a été arrêté en novembre 2021. Les policiers avaient alors perquisitionné son domicile de la rue Marguerite-D’Youville, à Lévis. Il a été libéré depuis et le restera au moins jusqu’à sa comparution prévue au palais de justice de Québec le 1er décembre.

Une des raisons [pour lesquelles il a été remis en liberté], c'est que les activités, les actions de M. Nicolas n'étaient dirigées que vers Haïti et à aucun moment, la GRC n’a eu quelque information qui soit comme quoi il aurait [pu représenter] un danger ou une menace pour les Canadiens ou les résidents de Lévis, précise le sergent Poirier.

Jovenel Moïse prononce un discours.

Gérald Nicolas est soupçonné d'avoir voulu renverser le gouvernement de l'ex-président Jovenel Moïse (photo), assassiné en juillet 2021 (archives).

Photo : Reuters / Ludovic Marin

Le Lévisien devra répondre à trois chefs d’accusation liés au terrorisme, soit d’avoir quitté le Canada pour faciliter une activité terroriste, d’avoir facilité une activité terroriste et d’avoir fourni des biens à des fins terroristes.

Sa mise en accusation découle d’une enquête entamée en juillet 2021 par l'Équipe intégrée sur la sécurité nationale de la GRC d'après des informations provenant du Service de police de la Ville de Lévis.

Machination

Joint au téléphone par Radio-Canada, Gérald Nicolas affirme être victime d'une fabulation orchestrée par une amoureuse éconduite.

Elle est allée à la police de Lévis. Elle a monté toute une histoire comme quoi j’étais un terroriste, raconte M. Nicolas.

La femme qu’il a fréquentée l’aurait aidé à remplir des barils d’aide humanitaire destinés à sa demi-sœur, qui vit en Haïti. Selon ses dires, le baril ne contenait que des vêtements, des outils et des denrées alimentaires.

Elle a dit à la police de Lévis que je mettais autre chose dedans [...] Eux, ils ont pris la parole de cette fille-là pour argent comptant. Ce n’est pas vrai, assure Gérald Nicolas.

Les armoiries de la GRC sur une plaque en vitre.

La GRC a annoncé jeudi le dépôt de trois chefs d'accusation liés au terrorisme contre Gérald Nicolas.

Photo : CBC / Robert Short

Il ajoute que les policiers n’auraient jamais prêté foi aux allégations de la plaignante s’il avait été blanc.

Elle a réussi à les convaincre parce que je suis Noir. Si j’étais un Blanc, je ne serais pas en train de vous parler aujourd’hui. Les policiers auraient fait plus attention, affirme M. Nicolas.

Le suspect jure n’avoir jamais ourdi de complot contre le gouvernement de Port-au-Prince. Il dit avoir seulement créé une page Facebook sur laquelle il incitait les Haïtiens à prendre leur destin en main et à ne pas toujours attendre que les pays occidentaux viennent régler leurs problèmes.

Il n’y a pas de complot, il n’y a rien. C’est juste une page Internet sur Facebook qui a été retirée depuis [et où] tous les Haïtiens donnaient leur opinion. Il n’y a rien de plus, rien de moins, assure le résident de Lévis.

Beau coup de filet

Le spécialiste en sécurité nationale Michel Juneau-Katsuya parle d’un beau coup de filet pour la GRC. Il constate cependant que plusieurs éléments demeurent sans réponse pour l’instant, tels que la manière dont le suspect a été repéré et les outils d’enquête utilisés pour l’épingler.

On a dû avoir de la collaboration d'entités extérieures, dans d'autres pays, parce qu'on sait que l'individu, le suspect, a voyagé fréquemment à l'extérieur du pays pour se rendre soit à Haïti ou dans d'autres pays, avance M. Juneau-Katsuya.

Michel Juneau-Katsuya lors d'une entrevue en vidéoconférence.

Michel Juneau-Katsuya croit que la GRC a probablement bénéficié de la collaboration de services de renseignements étrangers.

Photo : Radio-Canada

L’ancien officier supérieur du renseignement et gestionnaire au Service canadien du renseignement de sécurité souligne également le long délai entre l’arrestation de Gérald Nicolas, survenue en novembre 2021, et le dépôt des accusations portées contre lui.

J'imagine qu'à cause du sérieux des accusations, on a voulu faire beaucoup plus de recherches, que ce soit avec les agences étrangères qui ont dû collaborer avec nous [...] ou [en analysant] les moyens de communication qu'il a dû utiliser, que ce soit téléphone ou ordinateur. Ça prend quand même un certain temps pour arriver à pénétrer et décrypter [...] des messages, analyse l’expert.

Surprise dans la diaspora haïtienne

L’arrestation de Gérald Nicolas a pris un peu tout le monde par surprise au sein de la communauté haïtienne québécoise.

Les journalistes et confrères avec qui j'ai pu échanger très rapidement en Haïti n'ont jamais entendu parler de ce complot, les gens proches de l'ancien président Jovenel Moïse non plus, a réagi le directeur de l’information de la station de radio montréalaise CPAM 1410, Jean Emmanuel Pierre.

« Je peux vous dire que pour le moment, il n'y avait absolument rien du genre qui avait suinté d'une manière ou d'une autre en termes d'informations. »

— Une citation de  Jean Emmanuel Pierre, directeur de l’information, CPAM 1410
Jean Emmanuel Pierre dans un studio de la radio CPAM.

Jean Emmanuel Pierre raconte que Gérald Nicolas n'est pas connu dans la communauté haïtienne établie à Montréal (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Adrien Chavanne, un Haïtien qui vit à Québec depuis une cinquantaine d’années, dit avoir été surpris d’apprendre l’arrestation d’un homme de Lévis pour de présumées activités liées au terrorisme.

Il [aurait] comploté pour renverser le président Moïse [...] avant même qu’il soit assassiné [...], mais est-ce qu'il faisait partie du complot? Bon ça, c'est l'enquête de la GRC qui va le dire, confie l’ancien président de l’Association haïtienne de Québec.

Pays à la dérive

M. Chavanne ne connaissait pas Gérald Nicolas. Il voit dans l’arrestation du Lévisien un chapitre de plus dans la saga politique haïtienne.

Depuis quelques années, le pays s'en va à la dérive. Ce sont les gangs criminels qui contrôlent le pays. [...] Chaque fois qu'on apprend une nouvelle comme celle-là, on constate que ça fait partie de cette crise politique chronique qu'il y a en Haïti [et dont] on ne voit pas la fin, déplore-t-il.

Ni M. Chavanne ni Jean Emmanuel Pierre ne connaissaient ou n'avaient entendu parler de Gérald Nicolas avant l’annonce de son arrestation.

Avec la collaboration de Colin Côté-Paulette, Marie-Pier Mercier et Guylaine Bussière

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