La Première Nation Heiltsuk en route vers une souveraineté énergétique
La communauté autochtone est l'une des premières au pays à entamer une transition du diesel vers des énergies vertes.

Gahtuwos Brown, directrice des communications de l’équipe de l’action climatique Heiltsuk, se trouve devant un centre de soins alimenté à l’énergie solaire.
Photo : Radio-Canada / Camille Vernet
Prenez note que cet article publié en 2022 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Au cœur des fjords de la côte centrale de la Colombie-Britannique, la Première Nation Heiltsuk s’affaire à réduire son empreinte carbone. Grâce à plusieurs projets climatiques, elle espère atteindre une souveraineté énergétique et servir de modèle de transition vers les énergies renouvelables.
Gahtuwos Brown est fière de sa nation, qui fait de l’action climatique une priorité. Ce que nous espérons, c'est que d'autres communautés et municipalités puissent observer ce que nous faisons et réaliser qu'elles peuvent aussi faire des changements
, dit la directrice des communications de l’équipe de l’action climatique Heiltsuk.

« Nous avons plus d'eau sur notre territoire que de terre. Il est vraiment important que nous ayons des solutions énergétiques propres pour nos bateaux », affirme Gahtuwos Brown, la directrice des communications de l'équipe de l’action climatique Heiltsuk.
Photo : Radio-Canada / Camille Vernet
Vers une meilleure qualité de vie
Située à Bella Bella, sur l’île Campbell, la communauté de 1600 résidents est accessible uniquement par bateau ou par avion. L'équipe s'est tout d'abord penchée sur le plus important émetteur de carbone de la communauté : le chauffage. Elle travaille à remplacer les fournaises à mazout, un hydrocarbure livré par bateau, par des thermopompes, fonctionnant à l'électricité.
Environ 75 % des maisons de Bella Bella sont aujourd’hui pourvus de ces systèmes. Ce que nous pouvons constater, c'est que chaque foyer économise en moyenne 1500 $ par an sur les coûts de chauffage et génère 5 tonnes de moins d'émissions de gaz à effet de serre par an et par foyer
, explique Michael Vegh, conseiller de la mise en œuvre des projets énergétiques de l’équipe de l’action climatique Heiltsuk.
Cela permet d'obtenir une meilleure qualité de l'air et de réduire les problèmes respiratoires
, ajoute-t-il. Les rénovations consistent également en une meilleure isolation des maisons pour conserver la chaleur.
Nos maisons sont notre fenêtre sur le monde et nous avons besoin de maisons saines pour avoir un avenir sain.
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Un tournant dans l’histoire
Il y a plus de cinq ans, un événement catastrophique a été déterminant dans le désir de la communauté de s’affranchir des énergies fossiles. Le naufrage du remorqueur Nathan E. Stewart au large de Bella Bella, en octore 2016, a marqué la Première Nation.
Pendant plus de 20 jours, les membres de la communauté ont tenté de réduire l’impact du déversement de diesel dans les eaux du passage Seaforth, raconte Michael Vegh. Nous avons réalisé à quel point, étant une communauté éloignée, nous sommes livrés à nous mêmes.

Nathan E. Stewart a déversé 110 000 litres de diesel et de pétroles lourds sur le territoire de pêche de la nation Heiltsuk sur la côte centrale de la Colombie-Britannique en octobre 2016.
Photo : (Nation Heiltsuk)
Le déversement de 110 000 litres de diesel a eu des conséquences dévastatrices sur le territoire traditionnel de pêche.
Je pense que cela a permis à la communauté de prendre conscience du risque réel que représente le transport de pétrole et de diesel pour répondre à nos besoins essentiels. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout un risque que nous avons besoin de prendre
, raconte Michael Vegh.
Les énergies renouvelables se sont donc rapidement imposées comme une solution énergétique plus propre, mais cette transition a toutefois soulevé de nouveaux problèmes.

La communauté de Bella Bella est située sur l’île Campbell, sur la côte centrale de la Colombie-Britannique.
Photo : Radio-Canada / Camille Vernet
Le soleil guérisseur
Cet hiver, la moitié de la communauté a subi une panne de courant pendant deux semaines, raconte Gahtuwos Brown, qui déplore que la centrale hydroélectrique ait atteint le maximum de sa capacité.
Notre but est d’obtenir une souveraineté énergétique en tant que nation, et une partie de ce plan repose sur le projet d’énergie solaire
, dit-elle en face du centre de santé et de bien-être de Kunsoot.
Alors que les derniers rayons du soleil de la journée brillent sur les panneaux solaires, elle explique que le centre est entièrement alimenté à l’énergie solaire, une énergie renouvelable qui s’est imposée pour ce lieu consacré à la guérison.
Si notre territoire et nos océans sont en mauvaise santé, alors notre peuple et notre esprit le sont aussi.

Ces panneaux solaires alimentent le centre de santé et de bien-être et démontrent que l’énergie solaire est une possibilité dans la région.
Photo : Radio-Canada / Camille Vernet
C'est un exemple d’autosuffisance que la membre de la Première Nation Heiltsuk compte reproduire.
Le coût du chauffage de l’école en hiver peut dépasser les 10 000 $ par mois, c'est de l'argent qui est retiré de l'éducation. [...] Nous allons nous assurer que les espaces communautaires, les magasins, l’école sont alimentés par le soleil.
L'agriculture verticale pour favoriser l’autonomie alimentaire ou encore l'utilisation du biodiesel comme carburant pour les bateaux font également partie des projets proposés.
Ces projets ambitieux ont toutefois un coût élevé. Cela va nous coûter plus de 19 millions de dollars. Nous avons obtenu 1,8 million de financement pour ces projets et donc, nous commençons par quelques-uns d'entre eux
, explique Gahtuwos Brown.
Elle aimerait que ce genre de financement soit plus fréquent. Cela doit être la norme, le strict minimum pour chaque Première Nation, pour chaque communauté au Canada.

Gahtuwos Brown, directrice des communications (à gauche) et Astrid Wilson, ambassadrice de la jeunesse pour l'action climatique (à droite), sont fières du travail accompli par l’équipe d’action climatique de la Première Nation Heiltsuk en Colombie-Britannique.
Photo : Radio-Canada / Camille Vernet
Un modèle au pays
La majorité des 224 communautés isolées au Canada qui dépendent du diesel sont des communautés autochtones, selon les données fournies par Ressources naturelles Canada.
La Première Nation Heiltsuk est l'une des premières à avoir reçu le soutien d'un programme fédéral visant la transition vers des énergies propres, explique Éric Lévesque, gestionnaire des politiques au Carrefour de l’énergie propre pour les communautés autochtones éloignées à Ressources naturelles Canada.
Le but à long terme, c'est de mettre en place une stratégie pour pouvoir soutenir la transition hors diesel de toutes les communautés éloignées qui le désirent
, affirme-t-il.
Pour le moment, seulement 24 champions du climat
ont été appuyés par cette initiative, mais Éric Lévesque affirme que le gouvernement soutient d'autres projets de transition énergétique. Au cours des cinq, six dernières années, il y a environ 130 communautés qui ont été soutenues de manières variées
, dit-il.
Le plan d’action climatique de la Première Nation Heiltsuk s'est démarqué à l'échelle fédérale par la portée et la quantité des projets proposés, et lu a valu le prix de la communauté de l'année décerné par Clean Energy BC.
Nous accomplissons ce travail pour assurer à nos enfants un avenir meilleur. Les changements climatiques rendent ce parcours incroyablement difficile, mais notre petite nation agit pour que cela devienne une réalité
, conclut Michael Vegh.




