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Chemins forestiers et caribou : le ministère répond aux écologistes

La réserve faunique de Matane.

Le ministère entend fermer 55 km de chemins forestiers dans la réserve de Matane. (Archives)

Photo : courtoisie Louis Fradette

Le ministère des Forêts répond à plusieurs des interrogations lancées par les groupes écologistes dans la foulée de sa consultation sur la fermeture de 55 kilomètres de chemins forestiers dans la réserve de Matane, où se situe une partie de l’habitat essentiel du caribou.

Si la majorité des groupes environnementalistes approuvent les mesures, ils estiment que ce n’est pas suffisant et continuent d'en réclamer d’autres.

C’est le cas du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL), qui salue la consultation sur la fermeture de 55 km de chemins forestiers, mais souligne qu’il s’agit d’une mesure parmi d’autres. Le CREBSL prône la fin des coupes forestières dans l’ensemble de l’habitat essentiel du caribou et un moratoire complet sur l’ouverture de nouveaux chemins forestiers. Si on n’implante pas de nouveaux chemins, on n'augmente pas les superficies où les prédateurs peuvent aller attaquer de jeunes caribous, fait valoir Mme Ouellet D'Amour, conseillère en environnement au CREBSL.

C'est important d'y aller franchement dans la conservation du caribou et la restauration de son habitat. La raison en est assez simple : selon les chiffres de 2020, il reste environ 34 caribous sur les sommets du parc de la Gaspésie. C'est un gros déclin qu'on observe depuis une dizaine d'années. Donc l'urgence est là, la situation est très, très, très préoccupante, juge la conseillère en environnement et en développement durable du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent.

Un caribou sur un sentier.

Un caribou montagnard dans le parc national de la Gaspésie (archives)

Photo : Radio-Canada / Pierre Chapdelaine de Montvalon

On veut essayer de diminuer le taux de perturbation justement pour que le caribou puisse y trouver son compte et éventuellement avoir une population qui puisse se maintenir dans l'habitat, répond l'ingénieur forestier responsable de l'aménagement écosystémique au ministère des Forêts, Greg St-Hilaire.

Il explique que l’objectif du ministère avec la fermeture des chemins est de couper la linéarité, de complexifier le parcours des prédateurs jusqu'aux montagnes où sont établis les caribous.

Sur les 55 km de chemins ciblés, le ministère de la Forêt précise qu’une dizaine sont déjà en régénération naturelle et que leur accès sera simplement bloqué. Les autres seront démantelés avec de la machinerie afin d’ameublir le sol, puis reboisés. Les traverses des cours d’eau seront retirées, et des obstacles physiques seront installés aux entrées et aux intersections.

Plan rapproché d'un coyote au pelage fauve.

Les coyotes et les ours noirs utilisent les chemins forestiers pour atteindre les montagnes fréquentées par les caribous. (Archives)

Photo : iStock

Le ministère estime que cette mesure permettra la restauration de 34 km2 de l’habitat du caribou.

C'est un banc d'essai. On avait des travaux à faire pour améliorer, parfaire nos connaissances sur l'habitat du caribou de la Gaspésie. C'est sûr que cet habitat est grandement perturbé, donc il y aura probablement d'autres travaux à faire, convient M. St-Hilaire.

Des forêts en régénération

D’autres groupes écologistes, comme Environnement vert plus, s’interrogent sur des fermetures dans des forêts en régénération ou bordant des parterres de coupe qui permettent tout de même aux prédateurs de monter sur les sommets où vivent les caribous.

Le porte-parole du ministère souligne que les dernières coupes dans ce secteur ont été effectuées en 2005 et que la plupart des travaux de récolte ont été réalisés dans les années 1980 et 1990. Donc, on a une forêt qui a déjà 20, 30 ans, qui est en train de se régénérer. Le chemin est beaucoup plus intéressant pour se déplacer que la forêt, surtout pour des animaux opportunistes comme le coyote et l'ours, évalue Greg St-Hilaire.

Le contrôle des prédateurs, soit le coyote et l’ours, fait aussi partie de l’arsenal des mesures déployées par le ministère.

Le porte-parole du groupe Environnement vert plus, Pascal Bergeron, doute malgré tout de la portée véritable des fermetures de chemins dans des zones de régénération. On veut être certain qu'on fait la bonne chose, puis on veut des garanties, indique M. Bergeron. Ces fermetures, estime-t-il, devraient faire partie d’un arsenal de mesures dans un plan plus global. Ce n'est pas l'impression qu'on a.

D'autres chemins?

Dans le cadre de la consultation du ministère, Pascal Bergeron a lancé une série de questions au ministère de la Faune au début du mois.

Le militant écologiste s’inquiétait du fait que le ministère compense la fermeture de certains chemins en ouvrant des chemins ailleurs pour ouvrir des parterres de coupe dans l’habitat du caribou.

Fermeture de chemins forestiers pour protéger le caribou : les doutes d’Environnement Vert Plus

ÉMISSION ICI PREMIÈRE • Au coeur du monde

Au coeur du monde ICI Première.

Deux semaines plus tard, Pascal Bergeron indique n’avoir reçu aucune réponse du ministère.

Interrogé par Radio-Canada, le ministère assure qu’aucune coupe n’est prévue dans ce secteur. Il s’agit d’une zone soumise à une protection administrative, car elle est située à l’intérieur de la réserve de territoire aux fins d’aire protégée (RTFAP) de la Rivière‑Cap‑Chat (Chic‑Chocs).

Il existe, précise le ministère, un moratoire sur les coupes et la construction de chemins dans cette zone depuis 2019.

Des coupes forestières dans la réserve faunique de Matane.

Des coupes forestières dans la réserve faunique de Matane (archives)

Photo : Radio-Canada / Pierre Chapdelaine de Montvalon

Le ministère indique en outre qu’il n’y a pas de compensation de fermetures par des ouvertures de chemins forestiers ailleurs dans l’habitat du caribou. Il n’existe pas de politique Net zéro chemin forestier, écrit-il en réponse à Radio-Canada. Il s’agit, poursuit-il, d’une hypothèse de travail qui avait été explorée lors des travaux des groupes opérationnels régionaux (GOR). Il est erroné de prétendre que la fermeture de 55 km de chemins est un prétexte pour autoriser l’ouverture de nouveaux chemins.

Chasse, villégiature et plein-air

Enfin, Pascal Bergeron s’interrogeait sur l’impact de ces fermetures de chemins sur la population de chasseurs et de villégiateurs. Nous craignons que des mesures plus ou moins efficaces, qui nuiraient par ailleurs à des intérêts particuliers, aient pour effet d'aliéner davantage la population quant à la protection, a-t-il écrit dans une lettre envoyée au ministère.

Le ministère précise qu’aucun villégiateur ne sera touché par les travaux et que le secteur englobe deux zones de chasse.

L’endroit demeure par contre fréquenté par les amateurs de plein air.

Margaret kraenzel, membre du comité de protection des monts Chic-Chocs de la réserve de Matane, indique que son groupe se montre très favorable à la proposition du ministère, sauf dans le cas de deux chemins.

On distingue des montagnes à travers des conifères et des arbres courts enneigés.

L'habitat essentiel du caribou s'étend au parc de la Gaspésie mais aussi au-delà, notamment dans la réserve faunique de Matane. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

Le premier de ces chemins mène vers le mont Logan. Il s’agit, dit-elle, d’un chemin d'accès important pour les gens qui fréquentent le parc de la Gaspésie pour les situations d'urgence ou autres.

L’autre est un chemin qui mène au lac Solitaire. C'est un écosystème forestier exceptionnel, souligne Mme kraenzel, qui souhaite que le secteur demeure accessible. On n'est pas radicaux, parce qu’il faut aussi que tout le monde continue à évoluer sur ce territoire-là, ajoute-t-elle.

Comme le CREBSL, le comité préconise surtout un arrêt des coupes forestières.

Manque d'échanges

Pascal Bergeron dénonce par ailleurs le manque d’information sur l’ensemble du dossier.

Le ministère rétorque qu’une consultation des tables de gestion intégrée des ressources et du territoire (TGIRT) a été effectuée et que la proposition présentée est donc issue d’un consensus des principaux utilisateurs du territoire public.

Pascal Bergeron juge quand même que la gestion du ministère devrait être plus transparente pour le public : On a besoin d'améliorer les mécanismes du côté du ministère pour s'assurer que la population est adéquatement consultée sur les enjeux.

Il donne l’exemple du chemin Castonguay, derrière Rivière-à-Claude. Les échos qu'on a eus, dit-il, c'est que c'est un chemin relativement éloigné de l'habitat du caribou qui servait de back-up en cas de fermeture de la 132, qu'il y avait un potentiel récréotouristique qui ne nuisait pas au caribou. Est-ce que c’était une bonne chose de fermer ce chemin-là? Il y a de grosses chances que non, notamment pour des enjeux de sécurité civile, mais on ne peut pas se prononcer si on n'a pas le portrait global et si on n'a pas consulté les intervenants appropriés.

Selon lui, les échanges avec le ministère devraient être possibles. On devrait pouvoir poser des questions complémentaires, puis avoir des réponses dans un temps raisonnable, fait-il valoir.

Forêt au sommet du mont Blanc, en Gaspésie, plus précisément dans la réserve faunique de Matane.

Forêt au sommet du Mont Blanc, dans la réserve faunique de Matane

Photo : Radio-Canada / Sandra Fillion

Le ministère indique qu’il répondra dans un premier temps à toutes les questions du public et en dernier lieu aux commentaires. On a reçu des appels et des courriels où les gens nous demandaient des précisions, des informations, et la consultation est prévue pour répondre à ces éléments-là. Cependant, lorsqu'on reçoit des commentaires, on y répond une fois qu'on les a compilés à la fin de la consultation, explique Greg St-Hilaire.

La consultation se termine le 25 novembre. Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts assure que le projet peut être modifié à la lumière des propositions du public.

Les travaux auront lieu l’été prochain.

En 2020-2021, 100 km de chemins forestiers ont été démantelés dans la réserve des Chic-Chocs. D’autres chemins ont été fermés dans le parc de la Gaspésie, précise le ministère.

Avec la collaboration de Jean-François Deschênes et de Pierre Chapdelaine de Montvalon

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