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Comment est calculée l’inflation?

L’indice des prix à la consommation est calculé en comparant le prix d’un mois à l’autre d’un panier d’environ 600 biens et services regroupés en huit catégories.

Un petit panier d'épicerie contenant diverses factures.

Au Canada, l'inflation est mesurée par Statistique Canada, une agence du gouvernement fédéral fondée en 1971. (Archive)

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

La mesure de l’inflation publiée chaque mois par Statistique Canada est le résultat du travail d’une centaine d'analystes et d’une coopération internationale constante. Elle est également le produit d’un siècle de choix méthodologiques qui ont tous une incidence sur cet indicateur scruté tant par le public que par les économistes et les politiciens.

Au Canada, l’indice des prix à la consommation (IPC) est la mesure la plus courante de l’inflation. Calculé depuis 1914, l’IPC servait initialement à régler les conflits salariaux qui émanaient de la perte rapide du pouvoir d’achat des travailleurs au début du 20e siècle.

Aujourd’hui, en plus d’offrir un point d’ancrage dans le rajustement de nombreux paiements comme les salaires et les loyers, l’IPC est utilisé pour indexer certaines pensions de retraite et plusieurs programmes gouvernementaux.

La Banque du Canada ajuste pour sa part les taux d’intérêt en fonction de l'inflation au pays qu'elle tente de conserver dans une fourchette de 1 % à 3 %.

Le gouverneur Tiff Macklem entrant dans l'édifice ottavien de la Banque du Canada.

En décembre 2021, le gouvernement fédéral et la Banque du Canada se sont entendus pour maintenir la cible d'inflation annuelle à environ 2 %.

Photo : Reuters / Blair Gable

L’IPC est calculé en comparant le prix d’un mois à l’autre d’un panier d’environ 600 biens et services (Nouvelle fenêtre) regroupés en huit catégories. Ce panier inclut des produits de consommation courante, comme du détergent à lessive, mais aussi des biens et services plus inusités comme le coût d’une partie de quilles, par exemple.

Pour bâtir l’indice, Statistique Canada attribue un poids relatif à chaque produit en fonction des habitudes de consommation des Canadiens.

Nous ne pouvons pas observer le prix de tous les produits, donc nous avons recours à un échantillonnage représentatif de biens et services, dont les prix sont collectés dans un échantillon représentatif de magasins, explique Clément Yélou, économiste et analyste principal à Statistique Canada.

Si le principe est simple, son application présente de nombreux défis.

Florence Jany-Catrice, professeure d’économie à l’Université de Lille, en France, souligne la complexité d’évaluer les hausses de prix qui touchent plusieurs millions de personnes qui ont des habitudes de consommation distinctes pour en arriver à une seule mesure.

C’est la grande magie des chiffres macroéconomiques : de réussir à fournir un seul chiffre pour rendre compte d’une multiplicité de variations de prix, explique l’économiste française qui a publié plusieurs ouvrages sur l’IPC et son calcul.

Comment sont colligés les prix?

Alors qu’historiquement la plupart des prix étaient recueillis manuellement par des agents envoyés aux quatre coins du pays, la pandémie a accéléré le passage vers des méthodes de collecte plus numérisées.

M. Yélou souligne le changement d’approche orchestré en mars 2020. Nous n’avions plus accès aux magasins, et [...] nous ne pouvions pas prendre le risque de ne pas calculer l’IPC, donc nous avons dû changer nos habitudes pour nous adapter à la situation, se remémore-t-il.

Les vitres d'un commerce à Ottawa sont recouvertes de papiers journaux pendant la pandémie de la COVID-19.

Les vitres d'un commerce à Ottawa sont recouvertes de papiers journaux pendant la pandémie de la COVID-19. (Archive)

Photo : Radio-Canada / Doug Hamilton

Statistique Canada estime qu’avant la pandémie, la moitié des prix utilisés dans le calcul de l’IPC provenaient de collecte traditionnelle sur le terrain. Aujourd’hui, les prix sont obtenus presque entièrement en ligne ou à partir de méthodes de collecte alternative.

Parmi les méthodes de collecte alternative, Statistique Canada dit tirer une proportion grandissante de ses données à partir des lecteurs optiques des commerçants, soit les prix enregistrés par les détaillants à la caisse.

Cette avenue augmentera substantiellement l’échantillon de prix de l’agence statistique dans les prochaines années. Pourvu qu’un produit ait été acheté en magasin par un consommateur dans un mois donné, il figurera dans nos calculs, soutient M. Yélou.

Si Statistique Canada espère ainsi accroître la précision de ses calculs, cette méthode de collecte amène également une nouvelle manière d’évaluer la qualité des produits.

Pour calculer l’IPC, l’agence statistique dit évaluer un panier de biens et services d’une quantité et d’une qualité constantes.

Ainsi, lorsque la qualité d’un produit change d’un mois à l’autre, les analystes ajustent la variation de prix du produit pour refléter uniquement l’inflation, et non l’augmentation de prix liée au changement de qualité.

Par exemple, les analystes pourraient réduire la variation de prix d’un manteau que son fabricant aurait rendu plus imperméable dans le dernier mois. Il en est de même pour un produit qui aurait diminué de volume, notamment des aliments.

Photo d'une allée de boîtes de céréales dans un supermarché.

La « réduflation » est une stratégie marketing qui implique la réduction de la taille des produits, plutôt que l'augmentation des prix. (Archive)

Photo : Radio-Canada

Ce travail était historiquement fait par les enquêteurs qui colligeaient les prix en magasin. Dans le cas où ce travail est remplacé par des données de caisse, Statistique Canada doit se fier aux informations fournies par les détaillants.

Sonya Chartrand, chef de l’unité des prix à la consommation à Statistique Canada, indique par ailleurs que les méthodes de cueillette actuelle, notamment la cueillette en ligne plutôt que des enquêtes en magasin, pourraient être revues dans les prochaines années. Elle rappelle que les méthodologies de calcul de l’IPC sont en constante évolution.

Comment sont choisis les produits évalués?

Si le calcul de l’inflation nécessite l’analyse d’un panier de biens et services relativement stable dans le temps, cet indicateur n’est pertinent que si ce panier est représentatif des habitudes de consommation des Canadiens.

C’est donc dire que Statistique Canada doit à l’occasion modifier les produits qui composent l’IPC.

Ainsi, au fil du temps, le charbon, les couvertures de laine et le fil à tricoter ont laissé place aux services d’accès Internet, aux téléphones cellulaires et au cannabis récréatif, par exemple.

Des produits à base de cannabis sont exposés dans un magasin d'Ottawa en 2020.

Le cannabis récréatif a été ajouté à la liste de produits de l'IPC en 2019, à la suite de sa légalisation au Canada. (Archive)

Photo : Radio-Canada / Andrew Lee

L’agence statistique n’ajoute pas pour autant chaque nouveau produit qui entre sur le marché. De façon générale, nous attendons d’avoir des [preuves] que le produit a pris de l’importance dans les dépenses des consommateurs [pour l’inclure dans l’IPC], explique M. Yélou.

C’est que plusieurs produits nécessitent une méthode adaptée pour mesurer ses changements de prix.

L’analyste de Statistique Canada présente notamment l’exemple des billets d’avion. Leur valeur fluctue constamment en fonction de plusieurs variables, ce qui rend la mesure de leur prix particulièrement ardue.

Pour répondre à cette difficulté, l’agence statistique utilise depuis deux ans les données des transactions enregistrées par les voyagistes. Ainsi, Statistique Canada inclut dans son calcul d’inflation le prix d’une importante proportion des billets achetés par des Canadiens dans une période donnée. Juste ça, ça donne lieu à des millions de prix, soutient M. Yélou.

Comment est déterminée la pondération des produits dans l’indice?

Pour calculer l’IPC, Statistique Canada accorde une pondération différente à chacun des produits évalués pour refléter les habitudes de consommation des Canadiens.

Par exemple, les variations de prix du lait ont un plus grand poids dans l’indice que celles des olives marinées, qui occupent une place moins importante dans le panier d’épicerie moyen.

Ces pondérations sont revues périodiquement par l’agence statistique. Mais encore une fois, la pandémie à nécessité des changements de méthodologie.

Les habitudes de consommation ont beaucoup changé en 2020. Nous avons estimé qu’utiliser les données de 2019 pour introduire de nouvelles pondérations à partir de janvier 2021 n’était pas approprié, détaille M. Yélou.

En réaction aux changements rapides dans l’économie canadienne, Statistique Canada met à jour chaque année ses pondérations, plutôt que tous les deux ans comme elle en avait l’habitude.

Mme Chartrand note que cette pratique pourrait également être appelée à changer.

Un indicateur sujet à la coopération internationale

Puisque l’IPC est utilisé pour comparer l’inflation dans différents pays, plusieurs agences économiques internationales, notamment les Nations unies et le Fonds monétaire international (FMI), imposent certaines normes à son calcul.

Ces agences présentent également de meilleures pratiques pour mesurer l’inflation, des recommandations que Statistique Canada dit s’efforcer de suivre.

Le siège du Fonds monétaire international (FMI) à Washington.

Selon le FMI, l'économie mondiale se contractera de 4,9 % cette année un recul pire que celui de 3 % évoqué en avril.

Photo : Getty Images / SAUL LOEB

L’agence statistique canadienne a également mis en place un comité consultatif composé d'experts de différents pays auquel elle soumet pour approbation ses changements méthodologiques majeurs.

En parallèle, Statistique Canada dit être en collaboration constante avec des partenaires à l’international. M. Yélou soutient que son équipe rencontre les agences statistiques du Royaume-Uni et des États-Unis tous les mois pour discuter de la méthode de calcul de différentes composantes de l’IPC.

Malgré cette collaboration internationale, Mme Jany-Catrice explique qu’il restera toujours des différences dans le calcul de l’inflation d’un pays à l’autre. Elle rappelle que ces méthodes seront toujours amenées à évoluer.

Les transformations dans les manières de consommer et de produire vont beaucoup plus vite que la statistique publique, qui elle-même a besoin d’un peu de stabilité [pour calculer l’inflation], soutient-elle.

La statistique publique court derrière des réalités qui se transforment en permanence, ajoute l’économiste. Elle estime qu’il n’y aura jamais une méthode idéale pour calculer l’inflation, mais qu’à ses yeux les statisticiens font le travail le plus rigoureux possible.

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