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La démolition du pensionnat pour Autochtones à Nain clôt un « chapitre sombre »

Une pelle mécanique est garée devant un petit bâtiment en bois d'allure ancienne.

L’ancien pensionnat pour Autochtones à Nain peu de temps avant sa démolition, le 14 novembre 2022

Photo : Gracieuseté/Elsie Russell

Radio-Canada

La démolition de l’ancien pensionnat pour Autochtones à Nain, au Labrador, clôt un « chapitre sombre » de l’histoire inuit, selon le gouvernement du Nunatsiavut.

Des aînés, d’anciens pensionnaires et des jeunes se sont rassemblés lundi pour assister à la démolition.

Je me suis sentie en paix et j’espère que je vais bientôt guérir, a affirmé à ce moment-là une ancienne pensionnaire, Silpa Obed. Finalement, l’ancien pensionnat est démoli. Je ne le verrai plus.

La Compagnie de la Baie d’Hudson avait construit ce bâtiment. Elle l’a donné à l’Église morave en 1936. Il a servi de pensionnat pour Autochtones jusqu’en 1973.

Silpa Obed est née à Hebron, au Labrador, en 1955. Le gouvernement a forcé les Inuit à déménager à Makkovik en 1959. Le père de Mme Obed est décédé au début des années 1960. Sa mère a ensuite épousé un résident de Nain. Mme Obed et ses deux frères ont encore dû déménager.

Puis, lors d'un printemps où leur mère et leur beau-père sont partis chasser et faire du piégeage, les enfants ont été forcés de rester à Nain et se sont retrouvés dans le pensionnat.

Nous n’avons pas eu le choix, explique Silpa Obed. Nous ne savions pas ce qui allait se passer. Mes frères et moi, nous ne connaissions personne à Nain.

Expérience humiliante

Mme Obed relate qu’elle était alors âgée de huit ou neuf ans. Durant une des premières nuits, elle a eu envie d’aller aux toilettes, mais elle ne savait pas où elles se trouvaient et elle était trop craintive pour les chercher dans l’obscurité. Je n’ai pas eu le choix d’uriner dans mon lit, dit-elle.

Le lendemain matin, elle a informé les membres du personnel. Ils lui ont dit d'apporter le matelas au rez-de-chaussée.

Deux pelles mécaniques ramassent les débris du bâtiment.
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L’ancien pensionnat pour Autochtones à Nain, au Labrador, est tombé sous le pic des démolisseurs le 14 novembre 2022.

Photo : Gracieuseté/Stephanie Angnatok

Tandis que tous les autres enfants mangeaient leur déjeuner, j’ai dû leur montrer le matelas, déplore Mme Obed.

Silpa Obed n’en dit pas plus au sujet du reste de son expérience au pensionnat. Elle a de la difficulté à socialiser avec autrui depuis son séjour à cet endroit.

Puisque le bâtiment est resté là très longtemps, je devais passer à côté jour et nuit. Par moments, je ne voulais pas le voir ni passer à côté, mais je ne pouvais pas faire autrement.

Démolition à la demande de la communauté

Selon le gouvernement, un comité d’anciens pensionnaires à Nain a demandé que le bâtiment soit démoli dans le cadre du processus de réconciliation entre les Inuit et l’Église morave.

Citée dans un communiqué, la ministre de la Langue, de la Culture et du Tourisme du Nunatsiavut, Roxanne Barbour, a expliqué que c’était là une occasion pour les anciens pensionnaires et leurs descendants de voir la démolition d’un bâtiment à la source de nombreux mauvais souvenirs.

C’est un jour pour se relever, pour être fiers d’être inuit et pour être fiers de notre culture, de notre langue et de notre histoire, a déclaré Mme Barbour.

Une petite foule rassemblée à proximité de l'ancien pensionnat.
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Des aînés, d’anciens pensionnaires et des jeunes de la communauté ont assisté à la démolition du bâtiment à la source de mauvais souvenirs.

Photo : Gracieuseté/Stephanie Angnatok

Silpa Obed a assisté à la démolition avec sa fille et d’autres proches. Elle dit qu’elle a pu leur parler un peu de son expérience et qu’elle a pensé à ses frères, Sam et Willy, à ce moment.

Elle espère qu’aucune autre génération n’aura à vivre ce que la sienne a vécu dans les anciens pensionnats. Je suis heureuse qu’ils soient ici, les enfants du pensionnat, aujourd’hui.

D’après un reportage de Heidi Atter, CBC

Besoin d’aide?

De l’aide est offerte à toute personne touchée par les anciens pensionnats pour Autochtones. Les gens peuvent appeler à la ligne nationale autochtone d’écoute et d’aide en situation de crise 24 heures sur 24 au 1 866 925-4419. La ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être offre aussi à tous les Autochtones des services d’aide psychologique en tout temps au 1 855 242-3310 ou par l’entremise de son site web au www.espoirpourlemieuxetre.ca (Nouvelle fenêtre).

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