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En immersion, des tout-petits se réapproprient le wolastoqey au Nouveau-Brunswick

L'école Kehkimin a ouvert ses portes en septembre à Fredericton.

Un enfant devant une plume d'aigle.

Un groupe de six enfants participe à la première cohorte de l'école d'immersion wolastoqey Kehkimin.

Photo : Radio-Canada

Michèle Brideau

« Des fois, on veut pleurer de joie parce qu'ils comprennent! Ils comprennent! »

L'aînée Maggie Paul est émerveillée par l'apprentissage rapide des six élèves de l'école Kehkimin, située à Fredericton. Kehkimin veut dire enseigne-moi.

Il s'agit d'une toute petite école d'immersion en langue wolastoqey qui a ouvert ses portes en septembre. Les enfants qui y participent sont très jeunes, ils ont trois et quatre ans.

Maggie Paul vient régulièrement leur transmettre la langue et la culture, puisqu'elle est l'une des rares personnes toujours capables de parler couramment le wolastoqey, anciennement appelé le malécite.

Cercle au tambour.

L'aînée Maggie Paul vient souvent à l'école pour partager son savoir.

Photo : Radio-Canada

Elle chante avec les élèves au tambour, elle fait des cérémonies de purification, elle parle avec eux.

Une des enseignantes a demandé à un garçon de faire la prière du matin. Tout de suite, il s'est mis à la réciter dans la langue! Il venait tout juste de l'apprendre un jour ou deux auparavant! s'exclame Mme Paul.

Les enfants sont comme de petites éponges.

Sauver la langue par les jeunes

Avant de franchir la porte de la classe, une affiche sur une table indique qu'on ne parle pas anglais ici.

L'enseignante Kelsey Nash-Solomon y tient, puisqu'elle fonde beaucoup d'espoir sur l'école pour sauver la langue. Elle y emmène d'ailleurs son fils de trois ans. Tous les jours, elle rassemble les élèves devant un des murs tapissés de photos d'animaux, de mots et de chiffres pour leur apprendre le vocabulaire wolastoqey.

Livre d'enfant, texte en wolastoqey.

Ici, l'anglais reste à la porte de l'école Kehkimin.

Photo : Radio-Canada

On n'a pas appris la langue à la maison. Ça me rend très émotive parce que la langue représente qui nous sommes et d'où nous venons, dit-elle les larmes aux yeux.

Mme Nash-Solomon a appris le wolastoqey à l'Université Saint-Thomas lors d'un cours intensif de deux ans. L'enseigner à son tour aux petits est devenu sa mission.

Le wolastoqey est la langue de six nations autochtones du Nouveau-Brunswick et d'une au Québec. Elle est menacée de disparaître puisque moins d'une centaine de personnes, la plupart âgées de plus de 65 ans, la maîtrisent et la parlent couramment dans l'ensemble de ces territoires.

Bébés et parents sont les bienvenus

L'école Kehkimin invite les parents à se joindre aux enfants dans la classe pour qu'ils puissent également apprendre le wolastoqey et le parler à la maison.

Leah Sappier et son bébé.

Leah Sappier fréquente l'école avec sa petite Mimigis. Elle apprend la langue en même temps.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Leah Sappier fréquente l'école avec sa fille de 8 mois, Mimigis. Elle veut que son immersion commence dès maintenant.

« J'apprends moi aussi. Alors, on va apprendre ensemble. »

— Une citation de  Leah Sappier

Une école jusqu'à la cinquième année

La directrice de l'école, Lisa Perley-Dutcher, a elle aussi suivi le cours universitaire intensif pour apprendre le wolastoqey. Puis elle a décidé d'ouvrir cette école d'immersion pour l'enseigner aux enfants. C’est la meilleure façon, croit-elle, de sauver la langue.

Cette école m'a apporté beaucoup de joie et de guérison, confie Mme Perley-Dutcher.

Guérison, parce qu'on a refusé de lui enseigner le wolastoqey, enfant. La langue était dévalorisée au profit de l’anglais.

Avec son équipe, elle a ouvert l'école Kehkimin en septembre dans des locaux loués à la ville de Fredericton.

Lodge Rotary à Fredericton.

L'école est située dans des locaux temporaires en attendant la rénovation d'une maison à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

Plus tard, l'école va déménager dans une maison voisine qu'il faut d'abord rénover. Entre-temps, Lisa Perley-Dutcher et ses collègues trouvent du financement, conçoivent des livres, préparent la matière pour les prochaines années. L'objectif est d'avoir dix élèves par niveau jusqu'à la cinquième année.

Un allié de taille

Le directrice a un allié de taille, son fils Jeremy Dutcher. Il est compositeur, interprète et musicologue. Il a remporté un Juno et un Polaris pour Wolastoqiyik Lintuwakonawa, son premier album sorti en 2018 qui fusionne la musique classique et de vieux chants en wolastoqey.

Pendant ses spectacles, il invite sa mère sur scène, fait la promotion de l'école et mène une campagne de financement.

La directrice de l'école, Lisa Perley-Dutcher, son fils Jeremy Dutcher et l'aînée Maggie Paul.

La directrice de l'école, Lisa Perley-Dutcher, son fils, l'auteur-compositeur-interprète Jeremy Dutcher, et l'aînée Maggie Paul.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Voir et entendre les enfants nous répondre en wolastoqey me rend très émotif. Prêter ma voix et ma notoriété, c'est le moins que je puisse faire pour cette cause merveilleuse, explique Jeremy Dutcher.

Ça me touche profondément qu'il ait une si grande passion pour notre culture et notre langue, confie sa mère.

Jeremy Dutcher et l'équipe de l'école croient à son succès, mais des sceptiques dans la communauté craignent que les élèves de Kehkimin ne soient désavantagés en étudiant à l'extérieur du système scolaire provincial.

Je ne crois pas que notre école sera moins bonne que celles du système provincial, affirme la directrice.

Lisa Perley-Dutcher reconnaît que mettre sur pied une école est une tâche immense, mais sa détermination l'est tout autant.

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