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« Entre identité et perceptions », ou à l’heure de la foresterie sociale

Plusieurs personnes assises dans une salle

Le 79e congrès annuel de l’AFAT réunit environ 150 participants.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Algonquins, militants, universitaires et représentants de l’industrie forestière ont pris la parole à tour de rôle, vendredi, lors du 79e congrès annuel de l’Association forestière de l’Abitibi-Témiscamingue (AFAT).

Garde-manger et écosystème finis pour certains, lieu d’expertise et de compétences à commercialiser pour d’autres. La foresterie et ses aspects sociaux interpellent les conférenciers réunis à Rouyn-Noranda… même s’ils les perçoivent différemment.

« Il faut amener un changement dans les façons de faire par rapport à la foresterie et les impacts de l’industrie sur l’environnement », lance l’Algonquine Mary-Jane Brazeau, l’une des premières panélistes à s’exprimer.

« Je m’inquiète de l’état de la forêt, de l’état de la terre, poursuit-elle en entrevue. Comme Anishnabeg, nous sommes des gardiens moraux. J’aimerais sensibiliser les décideurs et monsieur et madame Tout-le-Monde pour les inciter à faire partie du changement. »

Une femme parle au micro dans une salle

L’Algonquine Mary-Jane Brazeau a été l’une des premières panélistes à s’exprimer.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Notre comportement collectif envers la nature inquiète la femme de 54 ans. Elle craint que nous mettions l’écosystème de la forêt en péril de même que des pratiques autochtones, les membres des Premières Nations vivant encore de celui-ci.

« Je ne suis pas une grande spécialiste de la forêt et des mines, mais j’observe et je vais beaucoup en forêt. Le monde s’enrichit [avec la coupe forestière], mais, moi, je suis en désaccord avec les façons de faire », précise Mme Brazeau. 

Elle estime, en l'occurrence, que les Autochtones, comme les Algonquins, sont loin de bénéficier des retombées économiques générées par l’industrie forestière. Cette situation la préoccupe d’autant plus qu’elle perçoit la forêt comme un garde-manger et un lieu de ressourcement.

L’écologiste militant

Le président de l’Action boréale, Henri Jacob, s’exprimait pour la première fois à un congrès de l’AFAT. Il a accepté afin de « provoquer des discussions et de débattre », comme il l’explique en entretien.

M. Jacob assure que nous consommons « trop de produits naturels et de ressources ». C’est ce qui l’amène à promouvoir une vision globale de l’environnement.

Deux hommes debout sur une estrade.

Henri Jacob, président de l’Action boréale lors de son allocution. À sa droite, Marc Provencher, directeur général de l’AFAT.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

« C’est beau de protéger un petit coin de terrain, mais si tout le reste, alentour, est déboisé, le petit coin de terrain va perdre ses attributs, car il ne sera plus suffisamment grand. Il faut conserver des parties intactes, comme dans le cas des aires protégées, mais il faut aussi trouver le moyen d’aménager les alentours pour ne pas les détruire. Cela nécessite un mixte entre une conservation extrême et une exploitation extrême tout en ayant, au centre, une partie où les interventions [forestières] sont moins impactantes », explique Henri Jacob.

Le militant écologiste juge nécessaire de réduire la coupe forestière pour qu’elle se situe en dessous des possibilités forestières (ou intérêts), et, ainsi, éviter d’excéder les capacités de renouvellement de la forêt. 

« Comme dans bien des débats et commissions, c’est ce qui se produira après [le congrès] qui déterminera si notre allocution a porté fruit ou non. De toute façon, je vais continuer de préconiser [mes idées] jusqu’à ce que je crève », promet M. Jacob. 

Un métier noble et nécessaire

Données à l’appui, Frédéric Verreault, Directeur exécutif du développement corporatif de l’entreprise familiale Chantiers Chibougamau, s’explique mal pourquoi l’industrie forestière a mauvaise presse.

Un homme debout dans une salle pleine de monde.

Frédéric Verreault, Directeur exécutif, développement corporatif, Chantiers Chibougamau.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Chantiers Chibougamau a commandé avec l’AFAT un sondage auprès de la firme Léger pour cerner la façon dont les Québécois perçoivent l’industrie forestière. S’il juge les résultats encourageants, certaines allocutions lui rappellent le défi auquel se mesure le milieu forestier.

« J'œuvre depuis 17 ans au sein de cette formidable famille forestière, que j’aime d’amour, et ça fait 17 ans que j’entends les mêmes cassettes qui commencent à être usées, par exemple sur la crise forestière, explique-t-il. Nous sommes bons, entre nous, pour nous victimiser [...], mais ça ne correspond pas à mon expérience dans nos usines, auprès de nos équipes à Montréal et sur les marchés internationaux. »

M. Verreault soutient que l'industrie a évolué, notamment au cours des vingt dernières années. Il juge celle-ci indispensable tant elle répond, ici et ailleurs, à de nombreux besoins, dans le domaine de la construction, par exemple.

« Nous avons un outil formidable entre nos mains. Nous comptons sur des hommes et des femmes compétents, des usines performantes et des matériaux extrêmement enviables, [exploités] avec une logique de cycle de vie et d’empreinte carbone », insiste-t-il.

Il précise que les planches de bois produites à la Scierie Landrienne, près d’Amos, permettent de construire 15 000 maisons par an. Il ajoute que les travailleurs de l’industrie forestière peuvent toucher des salaires annuels allant de 60 000 $ à plus de 100 000 $.

Frédéric Verreault se défend de vouloir faire taire les critiques, qu’il juge nécessaires pour faire bouger, mais il aimerait que l’industrie soit aussi entendue et que les enjeux forestiers soient moins polarisés.

L’allocution de Frédéric Verreault s’intitulait Couper et transformer des arbres : notre métier est plus noble et nécessaire que jamais.

Les résultats de l’étude commandée à la firme Léger ont été révélés en fin d’après-midi, vendredi, par Marie-Ève Sigouin, présidente du conseil d’administration de l’AFAT.

Le 79e congrès annuel de l’AFAT s’est conclu plus tard en soirée avec une prestation de l’acteur et humoriste Emmanuel Bilodeau.

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