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Catastrophes naturelles, COVID et santé mentale : la dure réalité des jeunes en Outaouais

Un jeune porte un sac à dos dans un stationnement.

« Le tiers des jeunes présentent des pensées suicidaires et des manifestations dépressives ou vivent du stress au quotidien », affirment les résultats préliminaires d'une étude. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Les enfants et les adolescents qui vivent en Outaouais ne l’ont pas eue facile ces dernières années. Les catastrophes naturelles répétées et la pandémie de COVID-19 ont eu de lourdes répercussions sur leur santé mentale. Les intervenants sur le terrain l’avaient déjà constaté et une étude vient appuyer ce constat.

Selon les résultats préliminaires de cette étude, les jeunes exposés à des catastrophes naturelles présentent un portrait plus sombre que les autres. En d’autres mots, les jeunes qui ont été exposés aux inondations de 2017 et de 2019 ou encore à la tornade de 2018 sont davantage affectés.

Le tiers des jeunes présentent des pensées suicidaires et des manifestations dépressives ou vivent du stress au quotidien. Et à peu près un quart des jeunes ont des symptômes anxieux ou modérés, raconte Ève Pouliot, professeure agrégée au Département des sciences humaines et sociales de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Portrait d'Ève Pouliot en entrevue dans son bureau.

Ève Pouliot, professeure agrégée au Département des sciences humaines et sociales à l’Université du Québec à Chicoutimi

Photo : Radio-Canada

Mme Pouliot dirige cette étude en compagnie de ses collègues de l’Outaouais, Christine Gervais et Kristel Tardif-Grenier, ainsi qu’une autre professeure de Chicoutimi, Danielle Maltais.

On constate que le portrait est encore plus sombre pour les jeunes en milieu rural, surtout en ce qui a trait aux troubles de comportement, à la violence verbale, à l’intimidation, à la consommation d’alcool et à un engagement scolaire moins positif.

Une citation de Ève Pouliot, professeure agrégée à l’UQAC

Méthodologie

En tout, 1307 jeunes en milieu rural et en milieu urbain ont répondu à un questionnaire en ligne, ce qui a permis de mesurer plusieurs aspects de leur vécu, notamment la santé mentale, le temps passé devant un écran, la vie sociale et familiale ainsi que les stratégies d'adaptation.

Les jeunes en milieu rural fréquentent l’École secondaire Sieur-de-Coulonge, à Mansfield-et-Pontefract, et ceux en milieu urbain étudient à l’École secondaire Mont-Bleu, à Gatineau.

À la lumière de ces résultats préliminaires, la directrice de l’École secondaire Sieur-de-Coulonge, Julie Martin, n’a pas du tout été surprise. Jusqu’ici, l’étude reflète ce qu’elle a elle-même constaté sur le terrain.

L’étude est venue nous aider. On nous a fait des recommandations pour savoir à quelles problématiques s’attaquer. On a ajouté des ressources. Ce fut très positif. On essaie de travailler pour que ça fasse son petit bout de chemin.

Portrait de Julie Martin.

La directrice de l’École secondaire Sieur-de-Coulonge, Julie Martin

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Selon elle, le moral de ses élèves, qui proviennent de 18 municipalités différentes, a été mis à rude épreuve. Aujourd’hui, elle travaille à réparer les pots cassés, mais ces épreuves ont fait ressortir de belles choses.

Nos élèves sont résilients, mais souvent, ils n’y arrivent pas seuls. Maintenant, ils connaissent davantage les ressources qui peuvent s’offrir à eux. On en a ajouté dans notre école. Si on ne peut pas offrir une aide précise, on peut envoyer [l’élève] au bon endroit.

La résilience des Bertrand

À 15 ans, Alix Bertrand commence à sortir la tête de l’eau après des années difficiles. Les inondations de 2019 et la pandémie de COVID ont grandement miné son moral.

Elle ne cache pas avoir souffert de l’isolement et de tous ces bouleversements. Avant tout ça, cette élève de l’École secondaire Sieur-de-Coulonge était impliquée, douée et motivée.

Portrait d'Alix Bertrand.

Alix Bertrand commence à se sortir des effets de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

Je n’étais plus motivée. On suivait nos cours dans nos lits. Mes notes ont baissé. J’avais 60 ou 70 %. Avant, j’étais dans les 100 %.

Pour s’en sortir, l’adolescente a choisi de prendre les devants et d’affronter les problèmes avant qu’ils ne deviennent trop gros. J’ai commencé à parler avec les autres. Ça m’a beaucoup motivée. Je vais voir mes professeurs, je passe mes soirées à étudier et à faire mes devoirs, raconte-t-elle.

Le père d’Alix, Martin, est enseignant en éducation physique à son école en plus d’être pompier volontaire. Ses deux emplois lui ont permis de vivre de près les récentes crises climatiques et sanitaires.

Il a lui aussi constaté que le retour en classe sans masque fait un grand bien aux jeunes, surtout à ceux qui sont impliqués dans certaines activités sportives et parascolaires. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire.

Je sens que les jeunes ont de la difficulté à résoudre les conflits. Je sens aussi que les jeunes sont beaucoup moins actifs qu’auparavant. On essaie de les faire bouger davantage. Il y a des bénévoles qui viennent nous aider, dit-il avec un certain optimisme.

Martin Bertrand en entrevue.

Martin Bertrand est professeur d'éducation physique et pompier volontaire.

Photo : Radio-Canada

L’étude se poursuit

Ève Pouliot et son équipe n’ont pas terminé leur travail. Le groupe vient de recevoir une subvention de près de 100 000 $ pour poursuivre ce projet en milieu rural.

Nous travaillons actuellement à l'analyse des 14 entrevues de groupe réalisées avec les jeunes et des cinq entrevues de groupe réalisées avec le personnel scolaire, explique Mme Pouliot.

On veut voir les points tournants dans leur parcours et choisir les bonnes stratégies d’adaptation pour les encourager. On veut mobiliser les parents et l’École secondaire Sieur-de-Coulonge, car on pense que ce sont des pistes qui peuvent être porteuses pour le bien-être des jeunes à plus long terme.

Avec les informations d’Alexandra Angers et d’Anne-Marie Trickey

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