•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La tortue mouchetée en voie de s’installer en Abitibi-Témiscamingue

Des biologistes et des techniciens de la faune récoltent de plus en plus d’indices qui tendent à confirmer la présence d’une population de tortues mouchetées, une espèce menacée au Québec.

Une tortue dans un étang en Abitibi-Ouest.

Une tortue mouchetée photographiée en Abitibi-Ouest. La gorge et le dessous du cou sont jaune vif.

Photo : Gracieuseté : Jean Lapointe

Le ciel se dégage en ce matin d’automne pour permettre au Soleil d’accueillir le biologiste Jean Lapointe et les techniciennes de la faune Andréane Beauchemin et Shany Houde sur une terre publique située en bordure d’une route provinciale dans la MRC d'Abitibi-Ouest.

Comme ils l’ont fait au cours des deux derniers étés, ils se fraient un chemin dans la végétation dense pour atteindre un étang situé à une centaine de mètres de la route. Avec leurs travaux, ils espèrent prouver qu’il y a bien une population de tortue mouchetée dans le secteur.

La tortue mouchetée est désignée en tant qu’espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables depuis 2009.

Dans son Plan de rétablissement (Nouvelle fenêtre) de la tortue mouchetée au Québec 2020-2030, l’Équipe de rétablissement de la tortue au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs précise que les femelles adultes sont particulièrement vulnérables lors des déplacements vers les sites de ponte. De plus, les habitats de la tortue mouchetée sont menacés par le démantèlement ou la dégradation naturelle des barrages de castor.

Andréane Beauchemin tient un bâton dans un étang.

La technicienne de la faune Andréane Beauchemin procède au prélèvement d’eau dans un étang pour une analyse de l’ADN environnemental.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Sa répartition est surtout concentrée dans le sud-ouest du Québec, en Outaouais.

Des observations de spécimens qui remontent aussi loin qu’à la fin des années 1990, sur les territoires de la MRC d'Abitibi-Ouest et de la MRC de Témiscamingue, permettent toutefois à la Direction de la gestion de la faune de l’Abitibi-Témiscamingue de croire qu’il existe aussi une population dans cette région.

Quand on s’est rendu compte qu’il y avait des observations de tortues mouchetées dans la région, ça a éveillé notre intérêt. On a commencé à travailler sur l’espèce, à savoir à quelle place on la retrouve, explique Jean Lapointe, biologiste à la Direction de la gestion de la faune de l’Abitibi-Témiscamingue.

Jean Lapointe devant un étang en Abitibi-Ouest.

Jean Lapointe, biologiste à la Direction de la gestion de la faune de l’Abitibi-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Il recense sept observations de tortues mouchetées concentrées dans la MRC d'Abitibi-Ouest au cours des dernières années, des observations confirmées par des photographies. Cela peut sembler peu, mais le biologiste rappelle qu’il s’agit d’une espèce rare et particulièrement furtive.

C’est aussi la tortue mentionnée le plus souvent dans ce secteur de l’Abitibi-Témiscamingue.

Si les campagnes de captures au verveux se sont avérées infructueuses à ce jour, deux spécimens ont déjà été capturés, un au Témiscamingue et l’autre en Abitibi-Ouest. Ils ont pu être manipulés et photographiés.

Des balises télémétriques ont été installées, mais elles n’ont pas permis de recueillir beaucoup d’informations.

De l’ADN environnemental positif

Shany Houde et Andréane Beauchemin devant un étang.

Shany Houde et Andréane Beauchemin, techniciennes de la faune à la Direction de la gestion de la faune de l’Abitibi-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Pour les besoins du reportage, les techniciennes de la faune Andréane Beauchemin et Shany Houde, de la Direction de la gestion de la faune de l’Abitibi-Témiscamingue, ont effectué un prélèvement d’échantillon d’eau dans un étang où une analyse positive d’ADN environnemental a été réalisée à l’été 2021.

Elles suivent une procédure méticuleuse, avec un maximum de précautions pour ne pas contaminer leur échantillon.

On prélève un échantillon d’eau. Dans leur vie quotidienne, les tortues libèrent des molécules d’ADN dans le plan d’eau, alors l’ADN de la tortue se retrouve dans l’échantillon si elle est présente. On fait ça depuis deux étés. C’est une méthode plus efficace et moins énergivore pour détecter la présence de l’espèce, fait valoir Jean Lapointe.

Un étang en Abitibi-Ouest.

L’étang où de l’ADN environnemental de tortue moucheté a été trouvé en 2021 correspond à un habitat idéal pour l’espèce, selon le biologiste Jean Lapointe. Il s’agit d’une tortue surtout aquatique.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

L’étang est comparable à ce qu’on voit dans l’Outaouais. Selon le biologiste, on y trouve un bel habitat pour l’espèce. C’est une des raisons pour lesquelles on l’a ciblé pour l’analyse d'ADN environnemental.

On a une observation à environ 2,5 kilomètres d’ici. On est partis d’observations connues. La tortue mouchetée ne se déplace généralement pas plus loin que 2,5 kilomètres de son milieu, de son habitat estival habituel. Pour chaque observation connue, on a fait une zone tampon de 3 kilomètres et on a repéré des endroits qui peuvent être propices dans cette zone, indique Jean Lapointe.

Shany Houde tient un gobelet avec de l'eau à l'intérieur. Le gobelet est lié à un tuyau. Andréane Beauchemin observe ses manipulations.

Shany Houde et Andréane Beauchemin effectuent la filtration de l’eau prélevée à l’étang. Le contenu du filtre sera ensuite analysé par les techniciens au laboratoire du Ministère, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Les échantillons prélevés à l’été 2021 ont permis de détecter la présence de tortues mouchetées dans deux plans d’eau de la MRC d'Abitibi-Ouest. Plus de prélèvements ont été effectués cet été sur le territoire, dont les résultats d’analyse en laboratoire ne seront connus que cet hiver.

Un second résultat positif dans les mêmes étangs pourrait aider à confirmer si les tortues n’étaient que de passage l’an dernier, ou s’il s’agit d’un milieu de vie habituel.

Illustration d'un

Tout près d’une confirmation

Pour Jean Lapointe, il est de plus en plus évident qu’il y a une population de tortues mouchetées dans la MRC d'Abitibi-Ouest. Il croit être vraiment près du but.

Mais pour le confirmer hors de tout doute, il faudrait capturer des individus, des spécimens. Si on peut avoir des individus de différents âges et des deux sexes, ça va permettre de conclure qu’on a vraiment affaire à une population. Ce serait aussi intéressant et pertinent de connaître des sites de ponte de cette espèce-là. De plus, les analyses génétiques pourraient nous permettre d’associer les tortues mouchetées qu’on a ici à une population d’un autre territoire. Si on pouvait comparer l’ADN a une population de l’Outaouais, ou de l’Ontario, ce serait positif. Mais si l’ADN peut être comparé à une population qu’on retrouve aux États-Unis, on pourrait se questionner sur l’origine de ces tortues-là, affirme le biologiste.

Si tel était le cas, ça viendrait valider l’hypothèse qu’il puisse s’agir de tortues mouchetées achetées dans une animalerie et relâchées dans la nature après l’interdiction de la vente et la garde d’espèces indigènes dans les années 1980. Mais il n’en demeure pas moins qu’elle aurait réussi à s’établir en bonne et due forme sur le territoire.

Confirmer pour mieux protéger

Si Jean Lapointe et son équipe cherchent tant à confirmer qu’il y a bien une population de tortues mouchetées dans la MRC d'Abitibi-Ouest, c’est surtout pour mieux la protéger.

On a une équipe de rétablissement des tortues au Québec. On se penche surtout sur la protection des tortues qui ont un statut de précarité et la tortue mouchetée en fait évidemment partie. Les actions de l’équipe de rétablissement visent à documenter la présence des espèces sur le territoire et aussi d’appliquer des mesures, de réaliser des actions qui vont permettre de les protéger. Chaque espèce a son rôle et c’est important de maintenir toutes les espèces de la faune et de la flore. Ce sont des indicateurs aussi de la qualité de notre propre environnement, souligne le biologiste.

Il s’agirait essentiellement de mesures administratives visant à protéger l’habitat de ces tortues, par exemple certains milieux humides reconnus comme étant utilisés par l’espèce.

La carapace d'une tortue dans les mains d'un biologiste.

La tortue mouchetée possède une carapace très bombée de coloration foncée, avec des mouchetures pâles.

Photo : Gracieuseté : Pierre Fournier, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Les propriétaires de terres privées dans le secteur n’ont rien à craindre, si des tortues mouchetées sont découvertes sur leur propriété, insiste Jean Lapointe.

Il ne faut pas que les gens craignent qu’on leur impose des mesures de protection, qu’on leur interdise quoique ce soit quant à l’utilisation de leur terre. Il n’est pas question de ça. Si jamais les propriétaires de terres privées font quelque chose, ce sera selon leur volonté et il existe des programmes pour les aider. Il n’y aura pas d’obligations. Par contre, en ce qui concerne les terres qui ne sont pas privées, les terres publiques, il y a moyen d’appliquer des mesures de protection pour préserver l’habitat de la tortue mouchetée, précise-t-il.

Soulignons que la présence d’une population de tortues mouchetées a été confirmée dans la région de Sudbury, en Ontario, en 2011.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...