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5 questions pour Maureen Martineau sur son polar Les enfants de Godmann

Montage photo de Maureen Martineau et de son livre «Les enfants de Godmann».

L’autrice Maureen Martineau signe un cinquième roman mettant en vedette l’enquêtrice Judith Allison.

Photo : Radio-Canada / Photos : Blanches Bulles Photographie / VLB éditeur

Radio-Canada

L’autrice Maureen Martineau signe un cinquième roman mettant en vedette l’enquêtrice Judith Allison. Dans Les enfants de Godmann, son héroïne se penche sur les mystères entourant la mort d’un psychiatre, avec l’hôpital de Hull et des expériences eugéniques en Alberta comme toiles de fond. Kevin Sweet s’est entretenu avec elle.

Qu’est-ce que ce nouveau roman raconte?

Les enfants de Godmann, c’est une enquête menée par Judith Allison, qui est une jeune policière monoparentale dans la trentaine. Elle habite à Wakefield et elle travaille pour un service de police que j’ai inventé, soit le Service de police régional de l’Outaouais. Elle sera sollicitée pour un crime qui s’est passé à l’hôpital de Hull : un matin, on retrouve un octogénaire, Viktor Godmann, décédé. C’est suspect, parce qu’on semble l’avoir castré. Est-ce que c’est une erreur médicale? Un crime commis par le personnel de l’hôpital?

Comme on voit qu’il [M. Godmann] a reçu la visite de gens de l’Alberta la veille, [...] Judith Allison va aller enquêter en Alberta. C’est là qu’on va découvrir toute l’histoire des institutions psychiatriques de l’époque. À Red Deer, entre autres, il y avait le Provincial Training School où on faisait des stérilisations sexuelles sur des patients.

Ça traite aussi du système de santé à l’hôpital de Hull. Toute l’action se passe en février et mars 2020, avant la pandémie. Mais comme aujourd’hui, on est encore pris avec des enjeux comme le temps supplémentaire obligatoire et la surcharge de travail pour le personnel, qui forment des conditions propices à ce qu’un crime se passe parce qu’il y a peu de surveillance et peut-être de la détresse professionnelle en jeu.

Comment le personnage de Judith Allison s’est-il présenté à vous?

Il y a 10 ans, quand j’ai décidé d’écrire cette série policière, je voulais créer le personnage d’une jeune enquêtrice. Moi, je ne suis pas jeune, alors je me suis projetée! [rires] C’est une belle jeune femme brune, de 30 ans, qui commençait [sa carrière] dans Le jeu de l’ogre. Je me suis inspirée un peu de ma fille, qui est très rationnelle, déterminée, mais en même temps émotive. C’est quelqu’un qui fonce, mais qui fait aussi des erreurs. Et je ne voulais pas Judith parfaite : je la voulais neuve, audacieuse. Je voulais qu’à travers chacune des enquêtes, elle évolue. Elle va traverser des histoires terribles, et je voulais voir l’impact que ça a sur des personnes de rencontrer [ces défis]. Même avec cette histoire-là, Les enfants de Godmann, elle sera vraiment troublée et elle sera challengée dans sa vie personnelle.

Une grande partie de l’action de ce roman se passe à Wakefield. Pourquoi avez-vous choisi cette région-ci?

Je viens de l’Outaouais. On a longtemps eu un chalet à Cascades, qui n'est pas loin du secteur de Farm Point. La rivière Gatineau, c’est notre rivière. Toute notre famille, tous mes frères sont encore ici, alors on voue presque un culte à cette rivière-là.

J’y suis très, très attachée : c’est émotif! Il y a quelque chose de très sacré pour moi de l’installer dans l’un des lieux que j’aime le plus au monde, même si je n’y vis plus [puisque] je suis au Centre-du-Québec, maintenant. Il y a déjà un poste de police, celui de la MRC des Collines, mais j’ai créé un poste régional où elle va travailler en « fatbike » [vélos à pneus surdimensionnés] en longeant la rivière. C’est magnifique, comme vie de travail, ça fait rêver!

Je trouvais que c’était un endroit intéressant pour une enquêtrice pour se poser, pour réfléchir, et pour que le paysage fasse écho à tout ce qu’elle va traverser. Par exemple, quand elle doit réfléchir, elle se trouve sur le bord de la rivière. C’est février, il fait froid, mais elle a un dialogue avec la rivière : l’eau l’aide à voir clair dans les gros choix qu’elle doit faire.

Lorsqu’on écrit un polar, quelle est l’importance des lieux et des territoires?

C’est majeur. Au début, quand j’ai commencé à installer mes polars en zone rurale, dans des petits villages au Centre-du-Québec, c’était un choix. C’est très différent. La criminalité épouse le lieu. Ce n’est pas le même genre de crimes qu’on va retrouver dans des fermes au Centre-du-Québec [qu’ailleurs]. Ce ne sont pas les mêmes intrigues, les mêmes personnages ou la même culture. Par exemple, dans une érablière, c’est tellement facile de cacher un corps. Les gens, tu essaies de les interroger, mais ce sont tous des cousins et ils vont tous se couvrir. Personne ne va rien révéler. Il y a quelque chose qui appartient au lieu qui détermine l’intrigue que tu es en train d’écrire.

Les enjeux du système de santé prennent une place importante dans ce roman, en particulier dans le secteur de Hull. Qu’est-ce que vous souhaitiez mettre en lumière, particulièrement dans le contexte de l’avant-pandémie?

Quand j’étais venue faire une présentation à la bibliothèque de Chelsea sur La ville allumette, l’ancien maire de Hull, Michel Légère, était présent. J’avais dit que j’aimerais parler du système de santé dans mon prochain roman, parce que j’aime les crimes médicaux et qu’on n’en écrit pas beaucoup parmi les auteurs francophones. Il était venu me voir après et il avait cité un mémoire qu’il avait écrit avec deux collègues sur la réforme Barrette et ses effets dans le Pontiac. J’ai lu ça et c’était tellement parlant : il y avait des solutions vraiment intéressantes qui avaient été trouvées à l’époque, avant la réforme, dans tout le Pontiac, pour les hôpitaux et les liens avec les organismes communautaires, entre autres. Ça a tout été défait avec la réforme Barrette. Je me suis dit que non seulement, on a de la misère avec notre système de santé, mais quand il y a des solutions intéressantes, c’est souvent balayé. Ça m’a donné encore plus envie de m’inspirer de cette crise de la santé.

Il y a aussi eu le Livre noir des urgences de l’Outaouais, qui a été écrit en 2018. Ça avait été écrit par une cinquantaine d’aides-soignants, d'infirmières, de préposés aux bénéficiaires. Je me suis beaucoup appuyée là-dessus pour décrire l’ambiance à l’hôpital à travers cette histoire de Godmann. Ça devient aussi un lieu de crime, cette chambre d’hôpital-là, qui n’est pas surveillée parce que personne n’a le temps de le faire. L’autrice de romans policiers en moi voyait là une occasion de se dire : Mon dieu, il ne faudrait pas qu’un crime se passe!.

Ce texte a été écrit à partir d'une entrevue réalisée par le reporter culturel Kevin Sweet. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté et de concision.

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