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Des candidats républicains propulsés par la thèse de l’élection volée

En vue des élections de mi-mandat, la base du Parti républicain a choisi près de 300 candidats qui, malgré des profils différents, ont tous en commun de croire dur comme fer que l’élection présidentielle de 2020 a été volée dans les urnes par Joe Biden.

Don Bolduc, qui porte un polo bleu, parle à une foule, avec un drapeau américain derrière lui.

Le brigadier-général retraité de l’armée américaine Don Bolduc est le candidat sénatorial du Parti républicain au New Hampshire. Il a affirmé sans détour, à de nombreuses reprises, que Donald Trump était le véritable vainqueur de l’élection de 2020.

Photo : Getty Images / Scott Eisen

Dans l'État pivot du New Hampshire, deux politiciens qui ont défendu vigoureusement la thèse non fondée selon laquelle l’élection présidentielle de 2020 a été volée à Donald Trump pourraient bien se faire élire lors des élections de mi-mandat qui se déroulent aujourd’hui. Et c’est entre autres grâce à leur loyauté envers l’ancien président qu’ils ont été sélectionnés par leur base pour les représenter lors des primaires.

En sillonnant les rues de plusieurs villes de l'État du granite, nous avons rencontré une dizaine d’électeurs républicains convaincus – ceux qui plantent des pancartes politiques sur leurs pelouses ou qui participent à des rassemblements. Tous sauf un estiment que les résultats de la dernière présidentielle sont frauduleux. Et certains y croient plus fermement que d’autres.

Il y a eu des camions remplis de bulletins de vote qui ont été livrés par la porte arrière, s’indigne David Bowie, homonyme du célèbre musicien et résident de la municipalité rurale de Candia. Rencontré sur son terrain, où se trouve une boîte postale ornée d’un collant Trump 2020, ce camionneur retraité croit dur comme fer que les démocrates ont truqué la dernière élection.

C’est de la bullshit, et le petit groupe de personnes à l'origine de cette corruption devrait se faire tirer dessus, lâche-t-il. Ils ne devraient pas être punis et mis en prison, ils devraient se faire tirer dessus.

David Bowie, homonyme du chanteur, en entrevue devant son domicile.

David Bowie, qui se décrit comme un partisan du Parti républicain, estime que l'élection de 2020 a été volée par Joe Biden.

Photo : Radio-Canada

D’autres électeurs rencontrés au New Hampshire évoquent différentes théories réfutées ou non fondées pour expliquer comment l’élection aurait été volée par Joe Biden. Certains affirment que les machines de comptage de votes ont été manipulées pour favoriser les démocrates. D’autres estiment que le vote postal a permis aux démocrates de bourrer les urnes de votes frauduleux.

Selon un récent sondage de NBC News (Nouvelle fenêtre), les deux tiers des républicains croient toujours que Joe Biden a été élu de manière illégitime, une tendance qui effraie le président du comité républicain du New Hampshire de 2007 à 2008, Fergus Cullen.

Je trouve ça profondément troublant et inquiétant, confie celui qui se décrit comme un républicain traditionnel en exil, désillusionné de son parti depuis l’ascension de Donald Trump en 2016. Il n’y a pas du tout de fraude électorale significative. Pourtant, des gens y croient, et ils sont assez nombreux pour que des personnes qui gagnent des primaires républicaines adhèrent à cette position.

Fergus Cullen en entrevue avec Radio-Canada.

Président du comité républicain du New Hampshire de 2007 à 2008, Fergus Cullen se décrit aujourd'hui comme un « républicain traditionnel en exil ».

Photo : Radio-Canada

Près de 300 négationnistes électoraux partout au pays

La situation du New Hampshire est loin d’être unique : 291 candidats républicains aux élections de mi-mandat sont des négationnistes électoraux, selon une liste compilée par le Washington Post (Nouvelle fenêtre). Plus de la moitié de ces candidats sont en bonne voie d’être élus, et une dizaine d’entre eux briguent le poste de procureur général de leur État, dont la responsabilité est entre autres de certifier les résultats électoraux, ce qui pourrait avoir une incidence sur la présidentielle de 2024.

Si personne ne croit à l'intégrité des élections, il n'y a aucune raison d'honorer les transitions de pouvoir, souligne Fergus Cullen, rappelant que Donald Trump était le premier président de l’histoire à ne pas assister à la cérémonie d'investiture de son successeur.

N'oublions pas qu’il y a eu une tentative de contrecarrer la volonté des électeurs, le 6 janvier. Des milliers de personnes ont cru que le résultat était illégitime, et elles ont pris d'assaut notre Capitole. Cela ne peut pas être balayé sous le tapis comme si c’était mineur. C'était sans précédent, c'était horrifiant, et l'idée que la démocratie pourrait succomber à la loi de la foule me préoccupe beaucoup, se désole l’ancien président du comité républicain du New Hampshire.

Des partisans du président Donald Trump assiègent le Capitole américain à Washington.

Sur cette photo d'archives du 6 janvier 2021, des partisans du président Donald Trump assiègent le Capitole américain à Washington.

Photo : Associated Press / Jose Luis Magana

Les plus trumpistes des trumpistes choisis au New Hampshire

Mardi, les résidents du New Hampshire devront choisir un gouverneur, un sénateur, et deux élus à la Chambre des représentants. Le gouverneur sortant, Chris Sununu, devrait l’emporter haut la main. C’est un républicain modéré qui n’a rien à voir avec l’aile trumpiste du parti et qui rejette la thèse de la fraude électorale du revers de la main.

Mais les trois autres candidats, qui espèrent déloger des élus démocrates sortants, étaient tous les plus trumpistes de leurs primaires respectives, et ont tous les trois appuyé explicitement la thèse de l’élection volée, explique Dante Scala, professeur en sciences politiques à l’Université du New Hampshire.

Tant au niveau national qu'au New Hampshire, il est certain que le Parti républicain porte désormais l'empreinte de Donald Trump, observe-t-il. Je ne pense pas que le parti reviendra un jour à ce qu'il était avant Trump. Le parti a changé, les candidats et les politiciens ont changé avec lui, et c'est ainsi qu'il en sera dans un avenir prévisible.

Un cas de figure qui incarne bien cette nouvelle dynamique est celui de Don Bolduc, candidat sénatorial républicain au New Hampshire. Présenté comme un outsider politique, ce brigadier-général retraité de l’armée américaine a affirmé sans détour, à de nombreuses reprises, que Donald Trump était le véritable vainqueur de l’élection de 2020.

Don Bolduc serre des mains à un rassemblement de partisans.

Le candidat sénatorial Don Bolduc a révisé sa position sur la légitimité de l'élection de 2020 à deux reprises.

Photo : Getty Images / Scott Eisen

Deux jours après avoir remporté l’investiture, Don Bolduc a révisé sa position (Nouvelle fenêtre) : il soutient qu’une réflexion personnelle et des discussions avec des concitoyens l’ont mené à conclure que l’élection n’était pas volée. Deux semaines plus tard, il a encore changé d’avis (Nouvelle fenêtre) : Je ne peux pas dire si [l’élection] a été volée ou non. Je n’ai pas assez d'informations, a-t-il déclaré lors d’une assemblée publique. Mais ce que je peux dire, c'est qu’il y a eu des irrégularités.

D'après le professeur Scala, cette volte-face est le résultat de la pression exercée par la base électorale républicaine. Certaines personnes ont vu ce qui s’était passé et se sont dit qu’il était normal qu’il change de position pour plaire au grand public; que c’était ça, la politique. Mais d’autres étaient fâchés et offensés et lui ont dit : "Non! Ce n’est pas ce qu’on a demandé!" Ça montre que Donald Trump a appris aux électeurs qu’il n’y avait aucune raison de faire des compromis, illustre l’expert en politique américaine.

Selon M. Scala, croire au trucage de l’élection de 2020 est désormais un acte de foi pour une bonne partie des électeurs républicains. La croyance dans une élection volée est devenue la façon d’évoquer le combat de Trump contre l’élite régnante aux États-Unis. Y compris l’élite médiatique, remarque-t-il.

Dante Scala en entrevue avec Radio-Canada depuis son bureau.

Dante Scala est professeur de sciences politiques à l’Université du New Hampshire.

Photo : Radio-Canada

La crise de l’information au cœur du climat politique

Le climat actuel au sein du Parti républicain est le résultat du séisme politique qu’était Donald Trump, un politicien qui a changé le paysage pour toujours, selon Fergus Cullen.

Les choses ont changé en ce qui concerne la communication et la manière dont les gens obtiennent leurs informations, estime M. Cullen. Nous sommes dans quelque chose de nouveau, propulsé en partie par les médias sociaux, où les gens peuvent obtenir leur propre version des nouvelles. On ne peut même pas s’entendre sur les faits.

Sur le terrain, plusieurs électeurs républicains nous ont fait part de leur désillusion face aux médias américains de masse, disant préférer les sources alternatives ou des réseaux ayant un penchant plus conservateur.

Il n’y a pas d’informations impartiales aux États-Unis. C’est une personne qui raconte l’histoire comme elle veut la raconter, a laissé tomber Dan Shultz, un résident de Manchester rencontré sur son perron où flotte un drapeau Fuck Biden.

Un drapeau sur lequel il est écrit "Fuck Biden".

L'électeur républicain Dan Shultz affiche fièrement ce drapeau sur son perron.

Photo : Radio-Canada

M. Shultz n’est pas le seul à penser ainsi : selon un récent sondage Gallup (Nouvelle fenêtre), seulement 36 % des Américains ont confiance dans les médias de masse. Ce taux s’élève seulement à 11 % pour les électeurs républicains.

D'après le professeur Dante Scala, les médias américains ont une part de responsabilité en ce qui concerne le climat politique aux États-Unis.

Je pense qu’il y a eu cette perception que les médias se sont joints à la "résistance" contre Trump. Ou, selon la gauche, que les médias devraient faire partie de la résistance. Et je pense qu’une partie des médias a adopté ce point de vue. Selon moi, c’était cynique, en quelque sorte. Il y avait beaucoup d’argent à faire en parlant de Donald Trump, de son ascendance, et ensuite en résistant à Trump pendant sa présidence, pense-t-il.

L’état de la démocratie, un enjeu secondaire

Si la crainte que les démocrates ne trichent dans les urnes mobilise la base républicaine, elle est loin d’être l'enjeu principal de cette élection. Un récent sondage du New York Times/Siena (Nouvelle fenêtre) indique que l’état de la démocratie et l’intégrité électorale sont les principaux enjeux pour seulement 9 % des électeurs. En revanche, l’économie et l’inflation sont les enjeux les plus importants pour 44 % d’entre eux, et les républicains en ont fait leur cheval de bataille en campagne.

C’est entre autres ce qui pourrait expliquer la raison pour laquelle des candidats qui adhèrent à la thèse de l’élection volée sont en position de remporter des élections, même dans des États pivots comme le New Hampshire, grâce aux électeurs indépendants.

Dans une élection générale, la partisanerie est la chose la plus importante. Pour la plupart des républicains, n’importe quel républicain est plus proche de leurs convictions que n’importe quel démocrate. C’est pour cette raison que les électeurs indépendants, qui sont moins idéologiques, ont une grande influence. Leur choix se fait généralement selon leur humeur du moment, selon ce qu’ils pensent de l’économie, selon la façon dont ils se sentent dans leur emploi, explique Dante Scala.

Selon ce même sondage New York Times/Siena, plus des deux tiers des électeurs indépendants estiment que les États-Unis vont dans la mauvaise direction, et près des deux tiers croient que Joe Biden fait mal son travail.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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