•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le PDG de Gymnastique Canada a promu un entraîneur malgré des plaintes contre lui

Un entraîneur de gymnastique embrasse une athlète sur la bouche lors d'une compétition en 2000.

Lors d'une compétition diffusée à la télévision avant les Jeux olympiques de 2000, Alex Bard a embrassé une gymnaste sur la bouche (archives).

Photo : TSN

Radio-Canada

L’actuel président-directeur général (PDG) de Gymnastique Canada, Ian Moss, a promu un entraîneur, Alex Bard, à l’un des postes les plus importants de l’organisation, et ce, malgré des plaintes à propos d'un comportement inapproprié.

Pendant des décennies, Alex Bard a été l’un des entraîneurs les plus respectés et les plus connus au pays. Mais beaucoup de gens affirment qu’il était également connu pour des gestes inappropriés, notamment des comportements abusifs envers des entraîneuses, des baisers, des attouchements et des gestes suscitant la peur chez de jeunes gymnastes.

L’inconduite dans le monde du sport est devenue une priorité absolue pour la ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, qui a d’ailleurs bloqué le financement de Gymnastique Canada cet été.

La veille, plus de 500 athlètes ont demandé une enquête indépendante par une tierce partie sur la culture toxique au sein de Gymnastique Canada.

Alex Bard en train d'aider une gymnaste à faire une manoeuvre.

Alex Bard n'a pas répondu aux requêtes de CBC. Il a déjà déclaré à TSN n'avoir « rien à prouver à personne » (archives).

Photo : Facebook/Bluewater Gymnastics Club Inc.

CBC a parlé avec quatre sources, y compris des anciens athlètes et entraîneurs, qui soutiennent qu’Alex Bard a contribué à cette toxicité pendant quatre décennies à travers le Canada.

En 2019, Gymnastique Canada a affirmé que l’homme d’origine russe avait démissionné pour des raisons personnelles, mais des médias ont rapidement souligné qu’il avait été poussé vers la sortie, ce que d’autres membres du personnel ont depuis confirmé. Cela inclut l’ancien PDG Ian Moss, qui a mentionné que M. Bard n’a pas réussi à régler ses problèmes de comportements inappropriés répétés.

M. Bard n'a pas répondu aux multiples demandes de CBC.

Aucune des allégations n'a été prouvée en cour, car M. Bard n'a jamais été accusé d'un quelconque crime.

La Police régionale de Peel, qui couvre le territoire de Mississauga, où l’ex-entraîneur a vécu la plupart de sa vie, a déclaré qu'elle ne révèle pas si une personne a fait l'objet d'une enquête, à moins que des accusations ne soient portées.

CBC a accepté de protéger l’anonymat des sources en raison des conséquences potentielles de leur témoignage sur leur carrière ou leur réputation.

Gymnastique Canada est l'une des plus grandes organisations sportives nationales du pays, avec plus de 310 000 athlètes inscrits. Il s'agit de la principale filière de développement des gymnastes canadiens qui aspirent à concourir sur la scène mondiale, y compris aux Jeux olympiques.

Les allégations remontent à plusieurs décennies

Alex Bard est connu depuis des décennies pour embrasser de jeunes gymnastes sur les lèvres. L'un de ces incidents a été diffusé à la télévision lors d'un événement sportif présenté avant les Jeux olympiques d'été de 2000.

Il aurait également laissé certains gymnastes et collègues entraîneurs pétrifiés en raison de son comportement et de son rôle prépondérant au sein de la gymnastique canadienne, selon les sources.

J'ai toujours essayé de rester à l'écart par peur, a avoué une ex-athlète.

En 2017, une plainte officielle visant Alex Bard a été portée directement à Ian Moss, qui était alors directeur de la haute performance de l'organisation, quelques mois avant que M. Bard ne soit promu entraîneur-chef, selon deux sources.

L'une des sources, une entraîneuse à l'époque, a mentionné qu’Ian Moss lui a même parlé longuement de l’entraîneur en décembre de cette année-là.

Il a dit : "Oui, je sais, plusieurs personnes se sont plaintes d'Alex Bard", se souvient-elle.

Ian Moss en entrevue.

Ian Moss parle avec des journalistes à l'extérieur du palais de justice de Sarnia, pendant le procès pour agression sexuelle de l'entraîneur Dave Brubaker, qui a été remplacé par Alex Bard (archives).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Elle a également déclaré que l’ex-entraîneur harcelait constamment d'autres entraîneuses.

Il n'avait aucun filtre. Il fallait être très habile. Ne pas le repousser, mais aussi rester à l'écart. C'était vraiment bizarre, a raconté cette source.

Trois anciens membres du personnel et entraîneurs de Gymnastique Canada ont confirmé, au-delà de la plainte officielle, que des plaintes non officielles avaient également été déposées contre Alex Bard pendant plusieurs années, bien avant son ascension au sommet de la hiérarchie.

L'ancien chef du programme de gymnastique artistique de l'organisme, Karl Balisch, a admis avoir entendu des préoccupations au sujet de M. Bard dans les années qui ont précédé sa promotion.

Dans une déclaration à CBC, le président du conseil d'administration de Gymnastique Canada, Jeff Thomson, a déclaré que le personnel aurait traité toutes les préoccupations ou plaintes officielles avec une supervision appropriée du conseil.

Aucun des membres actuels du conseil n'était membre du conseil en 2018, peut-on également lire dans la déclaration.

Un athlète se tient avec les bras, tête à l'envers, sur une barre horizontale.

Des gymnastes canadiens ont demandé à la ministre des Sports du Canada de geler le financement de leur fédération, ce qui a été fait en juillet dernier (archives).

Photo : Reuters / SUSANA VERA

Promotion quelques mois seulement après une plainte directe

Ian Moss a annoncé au personnel de Gymnastique Canada, au début de 2018, qu’Alex Bard deviendrait le nouvel entraîneur-chef de l'équipe nationale féminine de gymnastique artistique, en remplacement de l'entraîneur disgracié Dave Brubaker, qui avait été accusé de plusieurs agressions sexuelles.

M. Brubaker a ensuite été acquitté de ces accusations, mais il lui est actuellement interdit d'entraîner par Gymnastique Canada, qui est également l'organisme de certification du pays.

Des entraîneurs et des membres du personnel ont déclaré à CBC qu'ils étaient choqués par la promotion d’Alex Bard.

J'ai dit à quel point cette promotion était une mauvaise idée. À mon avis, je ne pense pas que ma prise de parole ait été appréciée, a déclaré une source, faisant référence à la réaction d’Ian Moss.

Tous les athlètes sont furieux du manque de diligence raisonnable de Gymnastique Canada dans l'embauche des entraîneurs. Cela montre à quel point ils se soucient peu de la sécurité et des préoccupations des athlètes. Ils gardent un réseau interne étroit pour éviter d'être exposés, a expliqué l’ex-gymnaste.

Alex Bard tient la main d'une gymnaste dont le visage est flouté.

Alex Bard est vu en train de tenir la main d'une jeune gymnaste dans un club de Sarnia, en Ontario, quelques mois après avoir démissionné de Gymnastique Canada (archives).

Photo : Facebook/Bluewater Gymnastics Club Inc.

Lorsqu’Alex Bard a quitté son poste, en 2019, un an après sa promotion, les entraîneurs et les membres du personnel ont dit qu'ils étaient irrités par le langage de l'organisation autour de son départ.

La déclaration ne comportait que trois phrases et n'expliquait pas pourquoi il avait démissionné. Le communiqué mentionnait qu’il avait joué un rôle déterminant pour aider l'équipe nationale à réaliser ses meilleures performances en 2018.

L'été dernier, Alex Bard a déclaré au réseau TSN qu'il était au courant d'une plainte officielle déposée contre lui. Il a également reconnu avoir touché les fesses d'une jeune gymnaste à Calgary lorsqu'il était entraîneur de l'équipe nationale, ce qui, selon des sources, a bouleversé les entraîneurs de Gymnastique Canada.

La façon dont j'ai été entraîné par les meilleurs entraîneurs russes est que la sécurité de la gymnaste passe avant tout. Un entraîneur m'a mentionné qu'une des gymnastes ne se sentait pas à l'aise. J'ai dit que si c'était le cas, je m'en excuse vraiment. Et il est venu me dire que ce n'était pas un problème et qu'il ne fallait pas s'en inquiéter, avait-il déclaré en entrevue à TSN.

Ian Moss a affirmé à CBC qu’il s’en tenait à la lettre envoyée au conseil d’administration de Gymnastique Canada lorsqu’il avait l’intention de congédier Alex Bard, en 2019. Dans cette lettre, il était indiqué que l’entraîneur n’avait pas changé de comportement malgré des tentatives répétées de l’éduquer.

Il y avait un certain nombre de préoccupations informelles qui ont été mises en avant et que nous avons traitées comme des questions de comportement, puis il y a eu une plainte officielle qui portait sur un comportement inapproprié dans un incident qui [n'avait] rien à voir avec l'abus ou la maltraitance, a dit Ian Moss à CBC.

J'ai traité l'affaire en conséquence, et je m'en tiens à cela.

Alex Bard lors d'un entraînement à Sarnia.

Alex Bard lors d'un entraînement à Sarnia, en 2019, où il porte toujours son chandail de Gymnastique Canada (archives).

Photo : Facebook/Bluewater Gymnastics Club Inc.

Dans une déclaration ultérieure à CBC, il a précisé que toutes les préoccupations verbales ont été gérées et traitées au mieux de nos capacités.

Alex Bard a toutefois déclaré à TSN que M. Moss lui a donné le choix, en mai 2019, de démissionner ou de faire face à une enquête sur les allégations d'inconduite.

Je n'ai rien à prouver à personne, a déclaré M. Bard à TSN à l'époque. Je ne suis pas prêt à aller prouver que mon comportement est approprié.

L'annonce initiale de Gymnastique Canada concernant la démission d’Alex Bard pour des raisons personnelles apparaît toujours sur le site web de l'organisation.

La surveillance et la responsabilité doivent être améliorées, selon les sources

Depuis la fin de son association avec Gymnastique Canada, l’entraîneur déchu a aidé à entraîner dans plusieurs gymnases au Canada, pas plus tard que l'été dernier, selon des sources.

Les sources qui ont parlé à CBC souhaitent une meilleure surveillance des pratiques de Gymnastique Canada et une vérification plus rigoureuse des antécédents.

L'un des nombreux problèmes de Gymnastique Canada est qu'il n'y a aucune surveillance ou responsabilité. En conséquence, ils ne cessent de répéter [les erreurs du passé] en recyclant les entraîneurs qui ont fait l'objet de plaintes contre eux, a déclaré un ancien athlète.

Avec les informations de Jamie Long, de CBC News

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

En cours de chargement...