Plusieurs régions du Québec battent des records de chaleur

Le mois d'octobre a été particulièrement chaud dans plusieurs régions du Québec.
Photo : Radio-Canada / Shanelle Guérin
Les températures sont anormalement élevées dans l’est du pays. Au Québec, le mois d’octobre 2022 a été le plus chaud depuis 1938 et plusieurs villes ont battu des records de chaleur.
Depuis deux semaines, les températures dépassent les normales saisonnières et il a fait plus de 20 degrés Celsius dans plusieurs régions du Québec. En Alberta et en Saskatchewan, il est plutôt tombé de la neige.
À Montréal, les températures moyennes observées en octobre ont atteint un sommet de 10,4 degrés Celsius en octobre, alors que la normale est de 8,5 degrés. Le temps a aussi été sec puisqu’il est tombé seulement un peu moins de 40 millimètres de pluie, alors que la moyenne est de près de 90 millimètres.
Environnement Canada prévoit que les températures vont redescendre graduellement la semaine prochaine pour se rapprocher des moyennes saisonnières. Cependant, pour les agriculteurs, les températures élevées des dernières semaines pourraient s’avérer préjudiciables.
Thierry Kobloth, propriétaire du Vignoble Kobloth situé à Saint-Bruno-de-Montarville, craint de perdre une partie de sa récolte de l’an prochain si les températures dépassent encore les 10 degrés au cours des prochains jours. En effet, la chaleur fait remonter la sève dans les tiges et sortir hâtivement les bourgeons, ce qui doit normalement se produire au printemps.
Par exemple, si on perd une dizaine de bourgeons par plant, la récolte va être diminuée de moitié l’année prochaine. Donc, [cela a] un impact direct sur l’entreprise.
Le temps doux complique aussi le travail dans le secteur des arbres de Noël. La température est trop haute. Normalement, il faut que ça gèle un peu le matin. Jusqu’à 10 degrés Celsius, c’est le temps parfait pour couper [les sapins]
, note le copropriétaire de la Sapinière et pépinière Downey, Larry Downey. Son travail est ainsi ralenti, même s’il croit que les arbres devraient être prêts pour la période des Fêtes.
Effets insoupçonnés sur la faune et sur la flore
Il est rare qu’il y ait des incendies de forêt à cette époque de l’année. Or, les pompiers de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) combattent actuellement un incendie près du lac Trois-Saumons, dans la région de Chaudière-Appalaches, ce qui est inhabituel.
Et le temps doux pourrait aussi avoir des effets sur la faune du Québec. Normalement, l'hiver, les animaux vont avoir une période un peu plus tranquille
, explique Louise Hénault-Éthier, directrice du Centre eau, terre et environnement à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).
Les animaux qui hivernent vont par exemple se réveiller une fois de temps en temps quand il y a des redoux pour manger
, poursuit-elle.
Mais s’il fait plus doux, est-ce qu’ils vont passer à travers leurs réserves de nourriture plus rapidement?
Les températures plus élevées à l’automne pourraient même avoir des conséquences insoupçonnées sur les animaux, s’inquiète Mme Hénault-Éthier : Est-ce que ça pourrait mettre en jeu leurs capacités reproductives ou même leur survie à long terme?
Vendredi, plusieurs villes du Québec ont battu des records de chaleur. Par exemple, la température a atteint 20,2 degrés Celsius à Montréal, battant le record établi en 1956 (18,3 degrés). À Québec, le mercure est grimpé à 15,9 degrés, où le dernier record datait de 2015 (13,5 degrés). À Val-d’Or, il a fait 18,4 degrés, plus qu’en 1956 (15 degrés). Et à Gatineau, il a fait 21 degrés, où le précédent record de chaleur datait de 1938.
La température la plus élevée au Québec pour un 4 novembre a été observée à Saint-Anicet, en Montérégie, où il a fait 22,7 degrés.
Environnement Canada prévoit que les températures resteront élevées pendant quelques jours. Selon ses prévisions, le mercure devait atteindre 23 degrés Celsius à Montréal samedi. Cependant, l’organisme prévoit aussi que les températures vont descendre graduellement au cours des prochains jours pour retrouver les valeurs normales.
Pas inhabituel mais exceptionnel
La hausse des températures à quelques jours de la saison hivernale ne constitue pas une exception, selon Ève Christian, météorologue à Radio-Canada.
Ce n’est pas inhabituel
parce qu'on a observé le même phénomène en 2020, en 2015, en 1999, en 1977, etc., a expliqué Mme Christian.
Ce qui est exceptionnel, c'est l'écart entre les températures que nous observons en ce moment et les températures normales pour la première semaine du mois de novembre.
À Montréal, par exemple, la température normale de jour est de 7 degrés. La nuit, elle se situe à 0 degré.
Et déjà ce matin, à 6 h, il faisait 13 degrés. Et au milieu de la journée, on était rendus à 21 degrés. La nuit prochaine, la température minimale à Montréal va être de 19 degrés.
Donc ça commence à être presque du jamais vu
, a résumé Mme Christian, qui estime cependant qu'il faudra attendre pendant plusieurs années
pour savoir si cette augmentation des températures est réellement liée aux changements climatiques.
Impact sur l’installation des pneus d’hiver
Au Québec, les pneus d'hiver sont obligatoires du 1er décembre au 15 mars, mais avec le retard de l'arrivée des grands froids, certains garagistes proposent de repousser leur installation au 15 décembre, comme c'était le cas auparavant.
Lorsque la température dépasse les 7 degrés, il est préférable de ne pas rouler avec les pneus d'hiver, qui sont conçus pour résister à la neige, a affirmé Julie Chartrand, conseillère technique chez Pneus Papineau
.
Toutefois, elle estime que l'augmentation des températures sera de courte durée et n'aura aucun impact réel sur l’installation des pneus d’hiver.
On est même étonnés du fait que les gens ont pris leur rendez-vous assez tôt. On est complets de 8 h 30 à 12 h 30 et ce sera comme ça jusqu’au 29 novembre
, a ajouté Mme Chartrand.
Cependant, pour Jean Duchesneau, propriétaire du Centre de l'auto Beaumont, à Mont-Royal, beaucoup de personnes vont oublier que l'hiver est à nos portes.
Les gens prennent des rendez-vous une ou deux semaines avant, mais s'il y a une journée comme celle d’aujourd'hui avec 20 degrés, ils ont l’impression que le pneu va fondre et va user prématurément, et ils vont reporter la date de son remplacement.
Cette situation risque de créer non seulement un effet entonnoir mais aussi de la cohue dans tous les garages du Québec le 1er décembre, a-t-il prévenu.





