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Les champignons magiques thérapeutiques intéressent des experts en Atlantique

Des champignons.

Santé Canada a autorisé des essais cliniques pour le traitement de certains problèmes de santé mentale avec des champignons magiques dont l'ingrédient actif est la psilocybine.

Photo : Associated Press / PETER DEJONG

Radio-Canada

Santé Canada a ouvert la porte à des essais cliniques sur l'utilisation des champignons magiques il y a un peu moins d'un an. C'est une expérience que surveillent de près des experts en Atlantique qui se demandent si cette autorisation de Santé Canada pave la voie à une plus large décriminalisation de drogues.

Santé Canada a reconnu que les usages thérapeutiques potentiels des champignons magiques suscitent un intérêt croissant.

La production, vente et possession des ces champignons hallucinogènes sont toujours illégales au Canada, mais l'organisme fédéral a autorisé des essais cliniques et l'accès à certaines drogues psychédéliques dans le cadre d'un Programme d’accès spécial.

Des essais en Nouvelle-Écosse

En Atlantique, une entreprise néo-écossaise a commencé à étudier les bienfaits de la psilocybine, l’ingrédient actif des champignons hallucinogènes, pour traiter le syndrome de stress post-traumatique.

Le directeur scientifique de l’entreprise Halucenex, David James, souhaite que les essais démontrent à tout le pays que le produit est sûr et que son utilisation pourrait aider des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance, de dépression et de stress post-traumatique.

David James se tient dans un laboratoir avec des souches de champignons.

David James dit qu'il espère que la recherche prouvera l'innocuité de la psilocybine à des fins thérapeutiques.

Photo : Radio-Canada / Robert Short

Halucenex est une des rares entreprises à avoir obtenu le feu vert de Santé Canada pour procéder à des essais cliniques. L’entreprise doit suivre des règles rigoureuses et s’approvisionne de l’entreprise Optimi Health en Colombie-Britannique.

En compétition avec le marché gris

Le président-directeur général d’Optimi Health, Bill Ciprich, espère que les essais seront concluants et que Santé Canada assouplira davantage les règles vers la légalisation des champignons à des fins médicinales.

Son entreprise a investi 12 millions de dollars dans l’aventure des champignons et tout cela n’est pas rentable pour le moment.

Deux batiments de culture de champignons.

Optimi Health peut produire 2000 kilogrammes de champignons hallucinogènes séchés par mois dans ses installations de Princeton.

Photo : Radio-Canada / Curtis Allen

À cette étape, nous ne faisons pas de profits, mais nos concurrents non plus. Une raison pour cela, c’est qu’il n’y a pas encore assez de demande pour l’approvisionnement légal, puisque nous devons passer par des essais cliniques, souligne M. Ciprich.

Parallèlement, le marché de la vente illégale des champignons magiques est croissant.

En Ontario, des magasins de champignons magiques ont ouvert leurs portes. À Vancouver au moins quatre points de vente ont fait leur apparition et proposent des produits à base de psilocybine.

Un bocal de champignons magiques vendus au magasin ottavien The Golden Teacher.

Deux magasins d’Ottawa font publiquement la vente de champignons magiques, et ce, malgré le fait que la vente, la production et la possession soient illégales au Canada.

Photo : Radio-Canada / Felix Desroches

Il est aussi facile de s’en procurer en ligne, même si ces transactions restent pour l’instant illégales.

Le fait qu'il y ait autant de sites différents où l'on peut acheter des produits montre que le marché existe, et en ce moment même, il y a un article presque tous les deux jours dans les médias grand public qui parle des avantages du microdosage ainsi que de l'utilisation d'autres psychédéliques pour la thérapie assistée. Donc la demande est là, mais pour l'instant et malheureusement, elle a été principalement servie par le marché gris et noir, dénote M. Ciprich.

Un pas vers la décriminalisation des drogues?

À l'Université St. Thomas, le criminologue Jean Sauvageau interprète les assouplissements de Santé Canada comme un pas de plus vers une décriminalisation plus large des drogues au Canada.

« Je pense que le gouvernement signale qu'il est ouvert à l'idée de décriminaliser plus de ces substances. »

— Une citation de  Jean Sauvageau, criminologue à l'Université St. Thomas

Jean Sauvageau estime que la guerre à la drogue n'a eu que peu ou pas d'impact sur la consommation sur le trafic et sur l'argent « sale » que ces produits génèrent.

Sa collègue Véronique Chadillon Farinacci, de l'Université de Moncton, abonde en son sens. Elle croit que le Canada devrait emboiter le pas à certain pays comme le Portugal, qui a décriminalisé l'ensemble des drogues.

Des études commencent à sortir qui nous indiquent qu'on n'a pas eu d'augmentation majeure de consommation. En fait, au Portugal, on a profité de cette occasion-là, au lieu d'arrêter les gens pour possession de drogue, pour leur offrir des ressources de réduction des méfaits et des ressources de désintoxication, pointe Mme Chadillon Farinacci.

Jean Sauvageau, professeur de criminologie à l'Université St. Thomas, au Nouveau-Brunswick.

Le criminaliste Jean Sauvageau voit d'un bon oeil l'ouverture de Santé Canada (archives).

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Louis Thériault est psychiatre et directeur du département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire Dr Georges-L.-Dumont de Moncton ainsi que psychiatre-chef du centre Shepody au pénitencier Dorchester.

Il voit un certain mérite à cette première ouverture de Santé Canada aux champignons magiques.

Moi je ne vois pas l'intérêt de continuer à criminaliser des drogues, les décriminaliser c'est certainement une première étape, dit-il.

Le Dr Thériault met toutefois un bémol quand on parle de drogues hallucinogènes et de santé mentale.

C'est sûr que là on entre dans un autre registre avec des drogues qui sont hallucinogènes qui peuvent potentiellement nous rendre psychotiques ou nous amener à perdre pied face à la réalité qui nous entoure, précise-t-il.

Louis Theriault.

Le psychiatre Louis Thériault émet certaines réserves sur l'utilisation de drogues comme les champignons magiques pour le traitement de problèmes de santé mentale.

Photo : Radio-Canada

Il croit qu'il faut demeurer prudent, car il manque encore cruellement de données probantes pour traiter les patients aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Ça semblerait avoir une efficacité pour l'anxiété et la dépression, je pense qu'on ne peut pas vraiment en dire plus que ça pour l'instant, les effets secondaires sont tolérables, mais c'est vraiment une question de dosage [...] Il y a eu des cas où la psilocybine a aggravé les problèmes psychiatriques et c'est une question d'avoir la bonne posologie et on commence à établir ça un peu plus et aussi de mieux cibler les patients, explique le psychiatre.

Un marché à encadrer?

Le PDG d'Optimi Health, Bill Ciprich, entrevoit déjà un marché pour les champignons magiques, même s'il admet que l'expérience sera différente de celle du cannabis.

« Est-ce que ça sera aussi gros que la marijuana? Je pense que ça va être différent. Je ne pense pas qu'un accès complet à des fins récréatives comme la marijuana arrivera de sitôt. »

— Une citation de  Bill Ciprich, président-directeur général d'Optimi Health

Au Canada, dans le cas du cannabis, il se sera écoulé 17 ans entre sa légalisation à des fins médicinales et la légalisation de sa vente à des fins récréatives.

Véronique Chadillon Farinacci estime aussi que le contexte dans lequel le champignon magique est consommé est complètement différent de celui du cannabis. Contrairement au cannabis, l'usage de la psilocybine est moins courant et davantage un marché niché — à l'exception du microdosage, un phénomène assez récent, selon elle, qui pourrait être davantage étudié.

Elle fait valoir que le champignon magique ne semble pas autant associé à la criminalité que le cannabis.

La psilocybine c'est un marché de niche avec des consommateurs qui cherchent une expérience plutôt sensorielle, presque spirituelle, note-t-elle.

Dans un courriel, Santé Canada nous a indiqué qu’aucune modification à la législation ou à la réglementation en vigueur au Canada n'est prévue pour le moment pour les usages médicaux et récréatifs du champignon magique.

Avec des informations de Nicolas Steinbach

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