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Transformer une église dans une région éloignée pour y vivre

Une famille devant une église.

L'ancienne église anglicane St. John's, à Chapleau, est devenue la nouvelle demeure de la famille Rioux pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Au pire de la pandémie, la famille Rioux de Toronto a pris la décision de s’établir temporairement dans le Canton de Chapleau, dans le Nord de l’Ontario, en convertissant une église en condo et le sous-sol en restaurant.

Jason Rioux, originaire de ce village de 2000 habitants et passionné de vieux bâtiments, avait décidé d'acheter et de rénover l’église St. John’s en 2016.

Il craignait qu'elle soit détruite comme l’école élémentaire anglophone juste à côté.

Une église avant les rénovations.

L'église St. John's avant d'être transformée en demeure par la famille Rioux.

Photo : Avec la permission de Jason Rioux

La quête n'était plus suffisante pour assurer l'entretien de la structure qui date de 1908.

Après l'achat, le sous-sol a été loué pendant quelques années à des entrepreneurs, alors que l'étage principal servait de centre communautaire pour la communauté anglicane locale.

Puis, au début de la pandémie, le télétravail et l'école à distance ont donné l'occasion à la famille de s'éloigner de la grande ville.

Un homme travaille.

Le bureau de travail de Jason Rioux se situe juste à côté de l'orgue.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Je fais des projets de stockage d’énergie puis durant la pandémie, les manières de travailler ont changé. Je peux travailler [à distance] en ligne. Mon [bureau] est à Toronto, mais je reste à Chapleau. C’est la première fois que je pouvais faire ça, lance Jason Rioux.

Il a alors rénové l'église pour en faire une résidence, en intégrant les objets eucharistiques au décor.

Une famille mange à la table.

Les sièges épiscopaux trônent au bout de la table.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Le sous-sol est devenu le Chapleau Hub, un lieu de rassemblement pour la communauté et un restaurant géré par son épouse, Victoria.

Un lieu d'épanouissement culturel

Monique O’Hearn, directrice générale du Centre culturel Louis-Hémon de Chapleau, salue le travail qu’a accompli la famille Rioux en rassemblant la communauté, notamment les vendredis avec leurs soirées karaoké.

Le Chapleau Hub permet aussi de faire rayonner les artistes nord-ontariens dans des soirées de style cabaret.

C’est une famille très accueillante et le local en bas est super chaleureux. Ça fait un mix parfait pour que le monde veuille sortir. La bouffe est bonne, la famille est accueillante, puis c’est vraiment un projet familial. Ce n’est pas juste papa et maman, c’est la famille au complet.

Une femme pose pour la caméra.

Monique O'Hearn est la directrice générale du Centre culturel Louis-Hémon.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Il n’est pas rare de voir Renée, 12 ans, faire les pizzas avec son père pendant que Céleste et Hunter donnent un coup de main à leur maman en cuisine.

Céleste était vraiment timide avant de déménager à Chapleau et les soirées karaoké ont fait jaillir le côté artistique qui dormait en elle.

Les personnes m’ont encouragée à aller chanter. En premier, je ne voulais pas faire ça du tout, puis après plusieurs vendredis, ça venait juste normalement et les personnes sont toujours là pour t’encourager ici, ajoute Céleste Rioux.

Deux sœurs chantent dans un restaurant.

Céleste Rioux et sa sœur Renée reprennent la chanson Shallow sous le regard de quelques spectateurs au Chapleau Hub.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Pendant le tournage de ce reportage, Céleste a repris la chanson Shallow popularisée par Bradley Cooper et Lady Gaga. Plusieurs spectateurs, dont Laurette Gaudreault, étaient subjugués par le talent de l’artiste.

C’est ta fille ça, Jason, je ne savais pas qu’elle chantait comme ça.

Monique O’Hearn, qui assistait à la prestation, affirme que c’est pour des moments comme ça que le Hub a sa raison d’exister.

Voir que le bâtiment est de nouveau à vendre lui fait un petit pincement au cœur.

Les artistes aiment venir, ajoute-t-elle.

L'auteur-compositeur-interprète Stef Paquette est venu avec son groupe, les Bilinguish Boys.

Il avait demandé une loge et il s’est retrouvé, à son plus grand étonnement, dans la demeure de la famille Rioux.

« C’est la première fois que j’avais une loge qui était une église complète. »

— Une citation de  Stef Paquette, auteur-compositeur-interprète

C’est un peu la magie de faire des tournées dans le Nord de l’Ontario. Des fois, tu trouves des perles comme celle-là! Si j’avais l’argent, je l’achète, mais je n’ai pas 1,2 million, je suis juste un artiste franco-ontarien, blague le chanteur de Chelmsford.

Un homme et une adolescente prennent une photo.

En mars 2022, Stef Paquette est venu surprendre Céleste Rioux au Chapleau Hub.

Photo : Facebook: Chapleau Hub

Depuis l’ouverture du Chapleau Hub, Stef Paquette a multiplié les arrêts, même quand il n'y jouait pas de la musique.

II y a une ambiance et la propriétaire [Victoria] ajoute à l’ambiance. Ça fait du bien d’avoir une place comme ça pour jouer et prendre un café, renchérit le président de l'Association des professionnels de la chanson et de la musique.

Repartir ou rester

Cette parenthèse dans la vie de la famille Rioux s’étire alors que Jason, Victoria et leurs trois enfants, Céleste, Renée et Hunter, se plaisent de plus en plus en région, loin des grands centres urbains.

L'aînée des trois enfants s'inquiète de perdre certains privilèges en retournant à Toronto.

« Maintenant, j’ai juste peur de quitter cette place parce que si on retourne à la ville je sais que je ne pourrais plus aller dans la forêt quand je veux. »

— Une citation de  Céleste Rioux, aînée des enfants de la famille Rioux

C’est vraiment une grande décision, souligne Céleste, âgée de 14 ans.

Pourtant, en mai dernier, la jeune fille suppliait ses parents de retourner dans la ville Reine au début de l'année scolaire.

Ses parents ont donc mis leur domicile de Chapleau en vente au coût de 1,2 million de dollars.

Des enfants pose sur une tribune ecclésiastique se trouve dans leur maison.

La tribune fixe d’où étaient lus les textes sacrés se trouve maintenant à côté de la chambre principale.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Deux semaines avant le retour en classe, Céleste change son fusil d’épaule et décide de commencer son secondaire à Chapleau où il y a seulement six personnes dans sa classe de 9e année.

Maintenant, j’ai fait des amis et je trouve que je n’ai pas terminé avec cet endroit, tranche, pour l’instant, Céleste, qui trouve tranquillement ses repères à plus de 800 kilomètres de la métropole qui l'a vue grandir.

L'adolescente a aussi découvert les joies de l’hiver nord-ontarien en pratiquant des sports comme la motoneige et le ski.

Le paternel est enchanté de faire découvrir pendant encore au moins un autre hiver son village natal à sa famille.

Une famille s'amuse dans la cour arrière.

Ce grand terrain devient un terrain de camping pendant la saison estivale.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Le travail de Jason Rioux l'oblige toutefois à retourner à Toronto chaque trois semaines.

Ces allers-retours réguliers entre le Nord et le Sud de l'Ontario sont une des raisons pour lesquelles il n'a jamais eu l’intention de vendre sa demeure à Toronto.

« On ne sait pas quand on va retourner à Toronto. On fait une année à la fois.  »

— Une citation de  Jason Rioux, père de trois enfants

On ne veut pas vendre à Toronto parce que c’est une place où c’est difficile de retrouver une autre maison que tu aimes. Acheter des maisons à Toronto, ce n’est pas le fun, il y a comme 50 personnes qui veulent acheter la même maison. C’est fou. On a peur de sortir de Toronto, constate le paternel.

Jason Rioux est tiraillé par l’idée de rester ou de partir. La restauration n’était pas son domaine de prédilection, il l’a fait parce que la ville avait un besoin criant pour un autre restaurant.

Moi, j’aime avoir des projets, transformer et bâtir. Je ne suis pas quelqu’un qui opère pour longtemps. C’est la question qu’on se pose maintenant. Est-ce qu’on continue à opérer nous autres et rester dans la place ou on bouge à un autre projet?, s'interroge l’homme d’affaires.

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