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La seule clinique d’avortement de T.-N.-L. a menacé de fermer

En février, la clinique Athena Health Centre a lancé un ultimatum au gouvernement provincial. Sa dette l'écrasait et sans aide financière, elle allait devoir jeter l'éponge et fermer ses portes.

Rolanda Ryan.

Rolanda Ryan est copropriétaire de l'Athena Health Centre, la seule clinique d'avortement de Terre-Neuve-et-Labrador. Plus tôt cette année, sa clinique a presque fait faillite.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Redoutant la faillite, la seule clinique d’avortement de Terre-Neuve-et-Labrador a supplié le gouvernement pendant des mois de lui accorder un financement plus stable. Ces demandes sont restées lettre morte jusqu'à ce que la clinique Athena Health Centre menace de fermer. Ce n'est qu'à ce moment que le gouvernement a accepté de passer à l'action.

La clinique Athena Health Centre effectue plus de 90 % de tous les avortements dans la province.

Je vais devoir fermer si rien ne change dans un avenir très proche, a écrit la copropriétaire de la clinique, Rolanda Ryan, dans un ultimatum envoyé au gouvernement, le 3 février. Cette communication survient 14 mois après lui avoir demandé un modèle de financement qui ne dépendait plus du nombre de patientes traitées.

Cinquante-trois pages de lettres et de courriels obtenues par Radio-Canada retracent les problèmes financiers engendrés par la pandémie, qui a fait chuter le nombre de rapports sexuels spontanés et donc le nombre d’avortements effectués à la clinique, explique Rolanda Ryan.

Les revenus diminuent, les coûts explosent

À l’époque, la clinique était payée à l'acte et recevait 875 $ par avortement. Le médecin facturait aussi 195 $ à la province. Pendant la première année de la pandémie, Athena Health Centre a effectué environ 100 avortements de moins – une diminution de 10 % par rapport à l'année précédente – et a reçu envrion 84 000 $ de moins en revenus.

Alors que les revenus chutaient, le coût du matériel médical grimpait en flèche. Les dépenses salariales de la clinique, qui offrent des avortements une fois par semaine à Saint-Jean et une fois par mois à Corner Brook ou à Grand Falls-Windsor, n'ont pas changé.

La clinique Athena Health Centre.

L'Athena Health Centre, à Saint-Jean, est la seule clinique d'avortement de Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

La plupart de mes dépenses sont fixes et ne peuvent pas être réduites quand le nombre d’avortements diminue, a écrit Rolanda Ryan dans sa première lettre à la province, le 27 novembre 2020.

Un revenu fixe assurerait la pérennité de notre clinique, a soutenu Mme Ryan, qui a demandé un financement en bloc de 1 million de dollars. Un tel modèle de financement nous donnerait plus de stabilité et réduirait aussi le nombre d’avortements effectués à l’hôpital.

En vertu de l’ancien modèle de financement, qui n’avait pas augmenté depuis 2010, la clinique avait reçu, en 2019, 884 000 $ pour 1010 avortements. Rolanda Ryan souligne qu’un avortement effectué à sa clinique coûte moins de la moitié d’un avortement à l’hôpital.

Des mois sans progrès

Des courriels montrent que le ministère de la Santé et des Services communautaires était ouvert à l’idée de modifier le modèle de financement de la clinique, mais que son personnel gérait aussi les nombreux défis créés par la pandémie. Une rencontre préliminaire entre Rolanda Ryan et John Haggie, ministre de la Santé à l’époque, a aussi été annulée en raison des élections provinciales.

Les documents montrent que Rolanda Ryan a demandé des suivis à plusieurs reprises, attendant une réponse pendant des mois.

Ça fait cinq mois depuis mon premier courriel et j’espère prendre rendez-vous le plus rapidement possible, a-t-elle écrit le 20 avril 2021.

Une rencontre a finalement eu lieu en mai 2021. Selon les documents, le gouvernement a commencé à réviser le modèle de financement de la clinique à compter de juillet 2021.

Cependant, en février dernier, le gouvernement n'avait toujours pas pris de décision. Rolanda Ryan, dont la dette commençait à l’écraser, craignait ne plus pouvoir payer ses infirmières.

Ça fait trois mois depuis que je vous demande une mise à jour sur la révision de notre modèle de financement. Comme indiqué dans nos lettres de 2020 et de 2021 (en pièce jointe), notre situation financière est très inquiétante, a-t-elle écrit dans le courriel où elle a menacé de fermer sa clinique.

Si on veut éviter de fermer, on a vraiment besoin d’un financement en bloc ou d’une augmentation importante des versements à l’acte, a-t-elle poursuivi.

Tom Osborne.

Tom Osborne est ministre de la Santé et des Services communautaires de Terre-Neuve-et-Labrador depuis avril dernier.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le gouvernement a enfin approuvé le nouveau modèle de financement le printemps dernier. Un premier versement trimestriel de 250 000 $ a été reçu par Rolanda Ryan en juillet.

L’idée de fermer ma clinique était déchirante parce que je sais que les gens qui veulent un avortement vont en avoir un, elles vont le faire elles-mêmes ou elles vont le faire de façon non sécuritaire, a affirmé Rolanda Ryan en entrevue, vendredi dernier.

Je ne voulais pas du tout fermer la clinique. [...] Je fais ce travail parce que je crois fermement qu’on aide les femmes et qu’elles ont besoin de nous, ajoute-t-elle.

Un délai extraordinaire, selon le ministre

Lundi, le ministre de la Santé et des Services communautaires, Tom Osborne, a dit qu’il doit y avoir une évaluation et un processus d’approbation avant l’octroi de fonds publics et que le personnel de son ministère gérait plusieurs dossiers chauds à l’époque, surtout la gestion de la COVID-19.

Mais il a ajouté que le délai en question était extraordinaire, ce qui est dommage.

Athena Health Centre avait demandé au gouvernement de réviser son modèle de rémunération en 2018. La demande a été refusée, mais le gouvernement s’est engagé à rémunérer la clinique lorsqu’elle prescrivait la pilule abortive Mifegymiso.

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