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Somalie : au moins 100 morts dans un double attentat à la voiture piégée à Mogadiscio

Plusieurs ambulances dans un quartier de Mogadiscio, en Somalie.

L'attaque a eu lieu au même carrefour très fréquenté où un camion avait explosé le 14 octobre 2017, tuant 512 personnes et en blessant plus de 290.

Photo : Getty Images / HASSAN ALI ELMI

Agence France-Presse

Au moins 100 personnes, y compris des enfants, ont été tuées samedi dans un double attentat à la voiture piégée revendiqué par les Shabab sur une artère très fréquentée du centre de la capitale, Mogadiscio.

Environ 300 personnes ont également été blessées, a précisé le président Hassan Sheikh Mohamud après s'être rendu sur le site des attentats, soulignant que le nombre de morts et de blessés continuait à augmenter.

Deux véhicules piégés ont explosé samedi à quelques minutes d'intervalle. Les explosions, qui ont soufflé les fenêtres des bâtiments voisins, ont submergé les hôpitaux et les cliniques dans la capitale de ce pays dont le système sanitaire est ravagé par des décennies de conflit.

À la recherche de sa belle-sœur, Mohamed Ganey décrit des couloirs encombrés de victimes laissées presque sans soins. Sa joie de l'avoir trouvée a été de courte durée : Elle est morte de ses blessures quelques minutes après.

L'officier de police Adan Mohamed avait du mal à contrôler ses émotions. Il a été un des premiers à arriver sur les lieux après l'explosion du second véhicule piégé.

Je n'ai pas pu dormir de la nuit à cause de l'horreur de la scène, a-t-il confié en se souvenant du bébé qu'il a découvert avec ses collègues au côté de sa maman morte.

Des personnes portent le corps d’une victime.

Des résidents portent le corps d’une victime.

Photo : Getty Images / AFP / HASSAN ALI ELMI

J'ai pleuré et pleuré sans arrêt après avoir vu son visage couvert du sang de sa mère. Il ne pouvait même pas pleurer tellement il était sous le choc. Il restait là, à cligner des yeux, le regard fixe.

L'attaque a eu lieu au même carrefour qui avait déjà été frappé par le plus grave attentat jamais commis en Somalie : 512 personnes avaient été tuées le 14 octobre 2017 par l'explosion d'un camion bourré d'explosifs.

Pour Hussein Jeeri, qui a perdu un ami au même carrefour il y a cinq ans, la tragédie a encore frappé quand sa sœur a été blessée samedi. Marcher dans les rues de Mogadiscio, c'est comme marcher sur des épées tranchantes : nous redoutons tous d'être tués ou blessés un jour.

Condamnations internationales

Le double attentat a été revendiqué par les Shabab, qui ont déclaré que leurs combattants avaient visé le ministère de l'Éducation.

Ce groupe islamiste lié à Al-Qaïda combat depuis 2007 le gouvernement fédéral soutenu par la communauté internationale. Il a été chassé de Mogadiscio en 2011, mais il reste solidement implanté dans de vastes zones rurales, notamment dans le sud du pays, et mène régulièrement des attaques dans la capitale et dans les grandes villes de la Somalie.

La double attaque a été notamment condamnée par l'ONU, par l'Union européenne (UE), par l'Union africaine et par la mission de l'ONU en Somalie, qui s'est engagée à se tenir résolument aux côtés de tous les Somaliens contre le terrorisme.

À Bruxelles, le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, a fermement condamné ce double attentat, réaffirmant la détermination des Européens à lutter contre le terrorisme et à défaire le groupe Shabab.

Des habitants marchent sur les débris d'un bâtiment détruit.

Des habitants marchent sur les débris d'un bâtiment détruit à Mogadiscio le dimanche 30 octobre 2022 après qu'un attentat à la voiture piégée eut visé le ministère de l'Éducation.

Photo : Getty Images / AFP / HASSAN ALI ELMI

Le pape François a présenté dimanche ses condoléances aux victimes de cet attentat sanglant.

Le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a déclaré que cet acte lâche démontrait que la Somalie avait besoin de plus de soutien pour mettre fin à la violence et à la sécheresse. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est pour sa part dite prête à apporter son aide pour soigner les blessés et pour fournir des soins de traumatologie aux victimes.

La terreur des Shabab

Les Shabab ont revendiqué l'attaque commise la semaine dernière contre un hôtel dans la ville portuaire de Kismayo, qui a fait neuf morts et 47 blessés.

Ces derniers mois, les Shabab ont redoublé d'activité en Somalie, pays pauvre et instable de la Corne de l'Afrique, avec notamment un spectaculaire assaut, long d'une trentaine d'heures, fin août sur un hôtel de Mogadiscio.

Après cette attaque qui avait fait au moins 21 morts et 117 blessés, le président Hassan Cheikh Mohamoud avait promis une guerre totale pour éliminer les Shabab et appelé la population à se tenir à l'écart des zones contrôlées par les islamistes qui allaient être visés par de prochaines offensives.

Dans le centre du pays, les forces de sécurité et des milices claniques locales ont notamment lancé des opérations militaires qui ont permis, selon les autorités, de reprendre du terrain aux combattants islamistes.

Outre l'insurrection des Shabab, la Somalie est également menacée par une famine imminente, provoquée par la plus grave sécheresse observée depuis plus de 40 ans.

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