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Des pics-bois à l’assaut des poteaux

Les pics-bois ne s’intéressent pas qu’aux arbres. Ils lorgnent aussi du côté des poteaux de distribution d’électricité et de télécommunications. Les dommages qu’ils y causent sont importants, à un point tel qu’ils représentent la deuxième cause de remplacement des poteaux à Hydro-Québec.

Un grand pic sur un poteau.

Un grand pic se tient perché à l'entrée de son nid creusé dans un poteau de distribution d'électricité.

Photo : Philippe Cadieux

Vous les avez peut-être déjà vus ou entendus frapper sans arrêt sur un poteau dans votre voisinage ou dans votre cour. Vous avez sans doute souri en vous demandant si ces pics-bois n’étaient pas tombés sur la tête. Pourquoi s’attaquent-ils à des poteaux?

Pour trois raisons : pour tambouriner, ce qui sert à marquer leur territoire, c’est sans dommage. Mais aussi pour se nourrir et nicher. Et là, c’est une tout autre histoire. Les forages multiples peuvent affecter l’intégrité des poteaux.

Un trou de pic-bois dans un poteau.

Un trou de pic-bois au sommet d'un poteau

Photo : P.Cadieux - UQAM - HYDROMEGA

Le goût des pics-bois pour les poteaux n'est pas nouveau : on observait déjà ce phénomène à l'époque du télégraphe. Depuis, la quantité de poteaux au Canada s'est multipliée, tout comme le nombre de pics-bois. Le relevé des oiseaux nicheurs au pays indique qu’entre 1990 et 2014 la population de grands pics aurait doublé au Canada et triplé au Québec.

En conséquence, Hydro-Québec, qui gère un parc de 2 millions de poteaux, a vu progresser l’activité des pics-bois sur ses installations.

Dan Mastrocola porte un casque de sécurité.

Dan Mastrocola est ingénieur et responsable de la maintenance des poteaux à Hydro-Québec Distribution.

Photo : Radio-Canada / A. Bernard

« On voit des endroits qui n'étaient pas touchés et qui, maintenant, le deviennent de plus en plus. Si on regarde les chiffres de 2012 à 2021, on a eu plus de 100 000 poteaux documentés avec des dommages causés par les pics-bois. À peu près 12 000 poteaux sont à remplacer. »

— Une citation de  Dan Mastrocola, ingénieur et responsable de la maintenance des poteaux à Hydro-Québec Distribution

Un poteau a une durée de vie d’environ 60 ans. C’est généralement au terme de cette période qu’on le remplace. Or, les attaques répétées des pics-bois peuvent accélérer sa dégradation et forcer son remplacement prématuré. À Hydro-Québec, l’activité des pics-bois est devenue la deuxième cause de remplacement des poteaux, après l'âge.

On a longtemps cru que les pics-bois s'intéressaient davantage aux vieux poteaux parce qu’ils sont plus susceptibles d’être envahis par les fourmis charpentières, le festin des pics. Mais ce n’est pas le cas! Le fournisseur d’électricité Hydroméga l’a appris en 2015, à Dokis, en Ontario.

Ligne de distribution d'électricité près de la forêt.

Ligne de distribution d'Hydroméga à Dokis, en Ontario, dont certains poteaux ont subi l'assaut des pics-bois.

Photo : P.Cadieux - UQAM - HYDROMEGA

« C'est quelque chose qu'on n'avait jamais vécu avant. Ça faisait à peine deux ans que la centrale était en activité, et on avait à peu près une cinquantaine de poteaux sur 500 déjà endommagés. Un 10 % de la ligne, ce qui est non négligeable. »

— Une citation de  Sébastien Tilmant, responsable environnement et optimisation des actifs à Hydroméga

Cet épisode a donné le coup d’envoi à un projet de recherche conjoint qui réunit entre autres Hydroméga, Hydro-Québec et l’Université de Québec à Montréal. Le chercheur Pierre Drapeau de l’UQAM s’intéresse aux pics-bois depuis plusieurs années. Dans ce cas-ci, son regard se tourne principalement vers le grand pic et le pic flamboyant.

Un pic dans un poteau.

Un pic flamboyant guette les environs depuis son nid creusé dans un poteau de distribution d'électricité.

Photo : P.Cadieux - UQAM - HYDROMEGA

Les dommages causés aux poteaux par les pics-bois sont de deux natures différentes. D’abord, on note les trous d’alimentation, qui peuvent être multiples et de faible profondeur. Ils servent à atteindre les colonies de fourmis charpentières. Ensuite, les oiseaux peuvent creuser leur nid à l'intérieur des poteaux; dans ce cas-ci, la cavité qu’ils créent est nettement plus grande.

Une cavité de nidification.

Cette cavité de nidification, au coeur d'un poteau, a un diamètre d'environ 15 cm et une hauteur de quelque 50 cm.

Photo : Radio-Canada / A. Bernard

« Pour un pic-bois, un poteau d'Hydro, c'est un chicot mort sur le terrain. C'est comme ça qu'il faut le voir. Qu'est-ce qui fait qu’il s'installe sur un poteau plutôt qu'en pleine forêt? Ça, c'est une question qui est ouverte actuellement. »

— Une citation de  Pierre Drapeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)
Deux chercheurs de l'UQAM sur un terrain boisé.

Pierre Drapeau et son collègue Philippe Cadieux, de l'UQAM, sur le terrain pour des travaux de recherche au sujet des pics-bois

Photo : Radio-Canada / A. Bernard

Sur le terrain, en milieu naturel et à proximité de lignes électriques, Pierre Drapeau et son équipe ont entamé des travaux de recherche pour documenter les habitudes des pics-bois, leur rayon d’alimentation, l’état de la forêt dans laquelle ils évoluent, etc.

Parmi les hypothèses à l’étude, est-il possible que les pics-bois optent pour les poteaux quand les arbres à proximité ne sont pas d’une taille suffisamment importante pour y creuser un nid?

Parallèlement aux travaux de recherche universitaire sur les pics-bois, Hydro-Québec doit, durant les inspections visuelles fréquentes de ses poteaux, améliorer la description des trous creusés par le pic. Selon leur taille et leur nombre, on doit estimer le moment à partir duquel le poteau aura perdu une trop grande partie de sa résistance mécanique.

Sur un banc d'essai, Hydro-Québec a procédé à des tests pour mesurer la perte d’efficacité des poteaux endommagés par les pics-bois. Solidement retenu à une extrémité, un treuil tire sur le câble fixé à la tête du poteau jusqu’à ce que ce dernier cède. Dan Mastrocola, qui supervise les tests, constate dès les premiers essais des pertes de capacité parfois importantes.

« On a vu de 10 % à presque 40 % de perte de capacité. C’est assez important. En effet, à plus de 40 %, en théorie, on devrait remplacer le poteau. »

— Une citation de  Dan Mastrocola, ingénieur responsable de la maintenance des poteaux à Hydro-Québec Distribution
Un poteau sur une banc d'essai.

Un poteau endommagé par les pics-bois (marque verte) est soumis à un test de résistance mécanique sur un banc d'essai d'Hydro-Québec.

Photo : Radio-Canada / A.Bernard

Remplacer un poteau coûte 5500 $ ou plus selon les équipements qui sont installés sur lui ou selon sa proximité d’une route d’accès. Les compagnies de distribution d’électricité tentent donc de protéger certains de leurs poteaux des attaques des pics-bois à l’aide de barrières physiques, dont des grillages ou des enveloppes rigides. Leur efficacité est cependant parfois limitée.

L’autre option est de se tourner vers des poteaux composites, inattaquables par les pics-bois. Comme leur coût est plus élevé, les fournisseurs d’électricité souhaitent les installer à des endroits stratégiques de la ligne électrique, susceptibles d’être fréquentés par les pics-bois.

C’est en partie ce que le projet de recherche compte accomplir : déterminer des facteurs environnementaux qui permettraient d’anticiper les zones à risque. Mais la partie n’est pas jouée d’avance, car les pics-bois ont la réputation d’être tenaces!

Le reportage d'André Bernard et de Vincent Laurin est diffusé à l'émission Découverte le dimanche à 18 h 30 sur ICI Radio-Canada Télé.

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