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Une liste trompeuse de médecins « morts du vaccin contre la COVID » dénoncée

« C’est une attaque grave contre nous, ceux qui restent en arrière, sa famille », déplore l’épouse d’un médecin qui figure sur la liste.

Il s'agit d'une liste contenant le nom et la photo de médecins décédés.

Capture d'écran de la liste qui circule.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Une liste de 80 médecins canadiens présentés comme morts après avoir été vaccinés contre la COVID-19 circule abondamment sur les réseaux sociaux. Or, rien n'indique que ce soit le cas, lorsqu'on s'attarde aux décès les mieux documentés, ni que le vaccin contre la COVID ait joué un rôle dans leur mort. Les proches de médecins dont les noms sont sur la liste dénoncent d’ailleurs que leur image soit instrumentalisée de cette façon.

80 jeunes médecins canadiens morts subitement au cours des deux dernières années alors qu’ils étaient pleinement vaccinés contre la COVID-19, peut-on lire dans la publication.

La liste répertorie le nom et la photo de ces 80 médecins décédés, et fournit de brèves indications sur la cause de leur décès. La publication a été entre autres promue par Epoch Times, un site reconnu pour sa désinformation (Nouvelle fenêtre) en matière de COVID-19.

Cette liste, qui circule depuis au moins cet été, contenait à l’origine 32 noms. En juillet, le centre hospitalier Trillium, en Ontario, avait dénoncé la récupération du décès (Nouvelle fenêtre) de trois de ses médecins. Depuis, l’auteur de la liste continue d’y ajouter de nouveaux décès de médecins.

Le médecin montréalais Lorne Aaron apparaît sur la liste, selon laquelle il est tout simplement mort de façon inattendue.

Une affirmation qui fait bondir son épouse, la Dre Valérie Lamarre. C’est que le Dr Aaron a perdu la vie en avril à la suite de complications liées à un traitement contre la leucémie.

Une leucémie qu’il a développée pour la première fois en 1998, bien avant le vaccin contre la COVID et la pandémie elle-même.

Le fait qu’on attribue ça au vaccin, c’est complètement farfelu, s'exclame-t-elle au bout du fil.

Dre Valérie Lamarre.

La Dre Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine

Photo : Radio-Canada

Je trouve que c’est une attaque grave à son image, à son identité. C’est une attaque grave contre nous, ceux qui restent en arrière, sa famille, qui ne peuvent pas protéger son image contre ces gens-là qui l’utilisent à d’autres fins, déplore la Dre Lamarre.

C’est blessant, c’est insultant, c’est salissant, et pour lui et pour nous. C’est vraiment très dégradant d’utiliser la maladie de quelqu’un qui en a passé des vertes et des pas mûres, et qui a été vraiment super malade avec beaucoup de traitements, et de récupérer ça pour des intérêts politiques. C’est vraiment très insultant, insiste-t-elle.

D'autres décès qui n'ont rien à voir avec le vaccin

Le Dr Lorne Aaron n’est pas le seul médecin sur la liste dont le décès n’a rien à voir avec le vaccin contre la COVID. En tout, il a été relativement facile de déterminer que c’est le cas de plus du quart des médecins qui y figurent.

Le Dr Michael Mthandazo pratiquait à Vernon, en Colombie-Britannique. La liste indique qu’il est décédé alors qu’il nageait dans une rivière, ce qui laisse sous-entendre qu’il aurait ressenti un malaise quelconque.

La réalité est tout autre. Le 30 juillet dernier, le Dr Mthandazo est allé se baigner dans la rivière Thompson, en Colombie-Britannique, avec son fils. Le courant s’est accéléré, et bien qu’il ait pu aider son fils à sortir de l’eau, il n’a pas été en mesure d'en sortir lui-même. Il a malheureusement été emporté par le courant, explique une page GoFundMe mise sur pied (Nouvelle fenêtre) pour venir en aide à sa famille.

Son corps a été retrouvé le 8 août (Nouvelle fenêtre).

Michael n’est évidemment pas mort à cause du vaccin contre la COVID, et c’est révoltant de penser que des gens propagent ce mensonge, nous a fait savoir une proche de la famille, qui a préféré ne pas être nommée.

D’autres médecins sur la liste sont aussi morts à la suite d’accidents.

Le Dr Richard Cartier, de Saint-Jérôme, a trouvé la mort en juillet dans un accident d’escalade sur le mont K2, le deuxième sommet de la planète, généralement reconnu comme l’un des plus dangereux. Son partenaire d’escalade a aussi perdu la vie.

L’alpiniste québécois Richard Cartier meurt lors de l’ascension du K2

La Dre Annabella Bella Zawada a été tuée dans un accident automobile (Nouvelle fenêtre) en octobre 2021 près de Thunder Bay, en Ontario. Tout comme l’étudiante en médecine Nelia Scheeres, originaire de Barrie, en Ontario, morte dans une collision en août 2021 en Irlande. L’endroit où l’accident s’est produit a été désigné comme une intersection dangereuse (Nouvelle fenêtre), puisque bon nombre d'accidents semblables y ont eu lieu au fil des années.

Des cas de cancer de longue date

Treize des médecins inscrits sur la liste sont décédés à la suite de cancers. L’auteur de la liste laisse entendre qu’il y a là quelque chose de mystérieux et que le vaccin pourrait être à l’origine de ces cancers.

Pourtant, il est très évident, selon la notice nécrologique du Dr Matthew Foss, qu'il est décédé en septembre à l'âge de 32 ans et se battait contre un lymphome hodgkinien (Nouvelle fenêtre) (un type de cancer) depuis qu'il était dans la vingtaine. Les notices nécrologiques d’autres médecins de la liste évoquent aussi de longs combats contre le cancer.

De plus, la liste contient des descriptions trompeuses des causes de décès de certains médecins.

L’auteur de la liste indique que le médecin montréalais Kris Jardon est mort de façon inattendue. Toutefois, la Fondation du cancer des Cèdres, alliée au Centre universitaire de santé McGill, a mis sur pied un fonds commémoratif (Nouvelle fenêtre) en son nom et indique qu’il a été emporté par un cancer.

La liste affirme aussi que le médecin albertain Oliver Siefert est mort dans son sommeil d’un problème cardiaque, encore une fois pour laisser sous-entendre que ce trouble de santé serait lié au vaccin. Sa chronique nécrologique (Nouvelle fenêtre) indique toutefois qu’à l’âge de 8 ans, le Dr Siefert a survécu à une opération à cœur ouvert pour aider à corriger une malformation cardiaque qui allait l’emporter 50 ans plus tard.

Concernant d’autres médecins sur la liste, dont nous allons taire le nom pour des questions de confidentialité, tout indique que la cause du décès est le suicide. Certaines notices nécrologiques demandent aux endeuillés de verser des dons à des fondations de prévention du suicide ou d’aide en santé mentale, par exemple.

L'une d’elles indique carrément que le médecin est décédé après une longue bataille avec la santé mentale. Dans la liste, il est simplement indiqué que ce médecin est mort subitement.

Des données non scientifiques

Une professionnelle de la santé prépare une seringue pour administrer une dose de vaccin.

Une professionnelle de la santé prépare une seringue pour administrer une dose de vaccin.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Il nous a été impossible de déterminer la cause de décès des autres médecins sur la liste, puisque ces informations médicales ne sont tout simplement pas publiques. Notons toutefois que l’auteur de la liste n’a pas non plus accès à ces renseignements.

L’auteur de la liste, un médecin albertain, affirme avoir entre autres utilisé la section In Memoriam du site de l’Association médicale canadienne (AMC), section nécrologique du corps médical, pour colliger des statistiques sur les décès de médecins canadiens. L’auteur estime avoir pu calculer une forte augmentation des morts subites de jeunes médecins au Canada à l’aide de ces données.

[Ce] service est basé sur des informations envoyées volontairement à l'AMC par des amis et collègues des médecins, et ne doit jamais être considéré comme une liste exhaustive des décès de médecins au pays, a fait savoir l’AMC.

L'AMC est préoccupée par la désinformation et les théories du complot qui se répandent en ligne au sujet des décès récents de médecins dans tout le pays. [...] Aucune preuve ne vient confirmer ou appuyer les diverses théories qui ont circulé, nous a écrit l’AMC.

La Dre Valérie Lamarre est formelle. Il n’y a absolument aucune raison de croire à quoi que ce soit qui est écrit là. Ce n’est pas de la recherche, ça ne suit pas une méthodologie, laisse-t-elle tomber.

Oui, des docteurs, ça meurt, de toutes sortes de maladies, malheureusement. De cancers, d’accidents, de suicides… on n’est loin d’être immunisés contre tout ça. Il n'y a aucune valeur scientifique à cette publication-là. Ce sont des gens mal intentionnés qui essaient d’influencer et d’inquiéter les gens avec de fausses informations, ajoute-t-elle.

J’ai eu quatre vaccins contre la COVID. Quand ce sera mon temps, je vais avoir mon cinquième, malgré ce qui est publié là, sans inquiétude, conclut la Dre Lamarre.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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