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Le vapotage gagne du terrain chez les jeunes Québécois

Une jeune femme fume une cigarette électronique.

Le vapotage chez les jeunes s'est répandu rapidement au cours des dernières années.

Photo : iStock

Radio-Canada

Plus d'un jeune Québécois de 15 ans et plus sur dix a admis avoir utilisé à la fois la cigarette électronique et la cigarette traditionnelle dans les 30 jours qui ont précédé une vaste enquête de l'Institut national de la santé publique du Québec, dont les résultats ont été dévoilés cette semaine.

Selon l'Enquête québécoise sur le tabac et les produits de vapotage (EQTPV) qui a été menée auprès de 13 500 personnes de 15 ans et plus de juillet à novembre 2020, environ les trois quarts des participants ont indiqué utiliser uniquement la cigarette traditionnelle contre 17 % seulement la cigarette électronique.

La cigarette conventionnelle demeure donc toujours la plus populaire parmi les personnes sondées.

Un cinquième (environ 20 %) des participants âgés de 15 à 24 ans ont cependant confié utiliser les deux produits, contre moins de 10 % chez les 25 ans et plus.

Il y a beaucoup de croisements entre le vapotage et la cigarette traditionnelle, a commenté le docteur Nicholad Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l'adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine. Il y a quand même une proportion importante des adolescents qui utilisent les deux, ce qui peut certainement augmenter l'exposition à un plus grand nombre de produits toxiques et d'émissions nocives pour la santé physique.

On sait aussi qu'il y a un croisement important entre le vapotage et l'utilisation d'autres substances. On pense entre autres au cannabis. Et puis ce croisement-là est en augmentation, souligne le Dr Chadi.

Les chiffres révèlent que 13 % des fumeurs de cigarettes et 17 % des consommateurs de cannabis avaient fait usage de produits de vapotage, comparativement à 3 % des non-fumeurs et à 3 % des non-consommateurs de cannabis.

Aucune étude n'a encore démontré que le vapotage était une méthode de cessation tabagique efficace chez les adolescents, a-t-il ajouté. Bien au contraire, la plupart des études témoignent d'un risque accru de double usage entre la vapoteuse et la cigarette traditionnelle. Il y a un risque accru de développer de la dépendance à la nicotine et à d'autres substances potentiellement nocives, prévient le chercheur.

Deux adolescentes vapotent.

La mise en marché de produits de vapotage est précisément conçue pour plaire aux jeunes, selon Annie Papageorgiou, directrice générale du Conseil québécois sur le tabac et la santé.

Photo : iStock

« Ils deviennent dépendants plus rapidement qu’un adulte. […] On sait qu’un jeune qui vapote a quatre fois plus de risques de devenir un fumeur de cigarettes par la suite. »

— Une citation de  Annie Papageorgiou, directrice générale du Conseil québécois sur le tabac et la santé

À ce sujet, l'Enquête québécoise sur le cannabis démontrait récemment que le vapotage du cannabis est en forte hausse chez les adolescents et les jeunes adultes, a souligné le docteur Chadi.

Les produits de cannabis à vapoter ont souvent une haute teneur en THC, donc ils ont un potentiel plus grand de dépendance et d'effets nocifs pour la santé physique et la santé mentale des ados, a-t-il dit.

Les produits du vapotage sont d’autant plus pernicieux pour les jeunes dans la mesure où ils sont expressément conçus pour les attirer, déplorait mardi Annie Papageorgiou, directrice générale du Conseil québécois sur le tabac et la santé au micro du Midi info, sur le sondes d'ICI Première.

Le phénomène du vapotage est intéressant, parce que tout ce qu’on n’aimait pas du tabac ne se retrouve pas dans la vapoteuse. C’est un outil attrayant, c’est beau, c’est technologique, ça goûte bon, ça sent bon, ce n’est pas irritant pour la gorge, explique Mme Papageorgiou.

On ne connaît pas les effets du vapotage à long terme. Par contre, on connaît ceux à court et à moyen terme. Il y a des effets sur la santé, mais aussi tout l’aspect de style de vie qui vient avec le vapotage. Les jeunes ont été ciblés de toutes sortes de façons par des influenceurs sur les réseaux sociaux et tout ça, par des concours… Ils sont attirés, c’est le propre d’un adolescent de faire des tests, d’essayer des choses, et l’outil est parfait pour ça.

Le fait que les saveurs de produits de vapotage les plus populaires soient les fruits et la menthe en dit long, selon elle, sur le marketing de ces produits que les jeunes ne sont pas censés pouvoir acheter avant l’âge de 18 ans.

« Il y a encore 13 000 personnes chaque année qui meurent du tabac. On sait qu’un vapoteur peut devenir un fumeur. [Sommes-nous] en train de créer notre prochaine génération de fumeurs? »

— Une citation de  Annie Papageorgiou, directrice générale du Conseil québécois sur le tabac et la santé

Danger et dépendance

L'étude témoigne d’ailleurs d'une démarcation très nette entre les adolescents et les jeunes adultes au chapitre de la perception de la dépendance à l'égard du vapotage. Environ le tiers des participants admettent être assez ou très dépendants au vapotage.

Toutefois, 42 % des participants âgés de 25 ans et plus reconnaissent être assez ou très dépendants, contre seulement 25 % chez les15-24 ans.

Le risque de dépendance peut être plus élevé chez les jeunes. Il peut venir très rapidement, même après quelques semaines d'utilisation, et ça, je le vois dans ma pratique, a dit le docteur Chadi. Des jeunes me disent qu'après avoir commencé récemment à utiliser la vapoteuse, que ça prend déjà une place importante dans leur vie, avec une difficulté à diminuer ou arrêter.

Il en va de même en ce qui concerne la perception du risque pour la santé posé par l'usage régulier des produits de vapotage : les plus jeunes participants ont en effet davantage tendance à estimer que le risque pour la santé posé par les produits de vapotage avec nicotine est moindre que celui lié à la cigarette traditionnelle.

À titre d'exemple, peut-on lire dans le rapport, 42 % des 15-17 ans croient que l'usage de produits de vapotage avec nicotine est beaucoup ou un peu moins risqué que l'usage de la cigarette.

Plan rapproché des mains d'une femme tenant des cigarettes et une vapoteuse.

Les jeunes qui vapotent ont quatre fois plus de risques de fumer des cigarettes régulièrement.

Photo : iStock

Selon Annie Papageorgiou, les jeunes utilisateurs de cigarettes électroniques s’exposent davantage à des problèmes d’essoufflement, de développement de leur cerveau, des problèmes de concentration, d’anxiété ou de dépression. Ils sont aussi plus susceptibles de développer des maladies chroniques (toux, bronchites) et quatre fois plus à risque de souffrir d’asthme.

L'adolescence est une période de la vie pendant laquelle on apprend à se connaître, on forge notre identité, on expérimente, on essaie différentes choses et on repousse souvent les limites, a rappelé le docteur Chadi. On peut être tenté comme adolescent d'essayer le vapotage, puis de considérer quelque chose de potentiellement dangereux comme moins dangereux, parce qu'on a souvent ce sentiment-là d'invincibilité à l'adolescence, qui est un peu normal et qui fait partie du développement du cerveau.

Les chiffres montrent aussi que les jeunes de 15 à 17 ans ne peinent pas trop à obtenir leurs produits de vapotage auprès de sources officielles (comme les boutiques spécialisées ou les dépanneurs) qui devraient pourtant leur être interdites en raison de leur âge.

Ainsi, si environ la moitié de ces jeunes disent s'approvisionner auprès de proches ou d'amis, 28 % disent le faire dans des boutiques spécialisées et 23 % dans des dépanneurs.

« Pour moi, c'est hautement problématique, parce que ça devrait être les lieux les mieux contrôlés où on dirige vraiment les produits de vapotage à une clientèle adulte. »

— Une citation de  Nicholad Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l'adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine

Les jeunes sont exposés enfin à une nouvelle menace dont il n'est que brièvement mention dans le rapport, celle des vapoteuses jetables, a-t-il ajouté.

Ces produits sont souvent offerts dans des couleurs et des saveurs attrayantes pour les jeunes, leur popularité explose aux États-Unis et au Canada, et la perception du risque est souvent très faible chez les adolescents, selon le docteur Chadi.

Avec les informations de La Presse canadienne

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