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Biden relance l’avortement pour contrer la stratégie républicaine

Inflation, immigration, criminalité : à trois semaines des élections de mi-mandat, la question du droit à l’avortement perd du terrain alors que les républicains misent avec un certain succès sur d’autres préoccupations des Américains. Joe Biden tente maintenant de renverser la vapeur.

Joe Biden s'adresse à la foule devant une grande affiche où est inscrit Restore Roe. Plusieurs personnes tiennent des pancartes en faveur de du droit à l'avortement derrière lui.

Le président américain Joe Biden s'est engagé à codifier le droit à l'avortement si son parti conserve le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Lila Dussault

WASHINGTON - « Je vous promets que la première loi que j’enverrai au Congrès visera à codifier [l’arrêt Roe c. Wade] », a tonné le président américain Joe Biden mardi, lors d’un événement du Comité national démocrate à Washington. « Et dès que le Congrès l’aura adoptée, je la signerai, en janvier, pour les 50 ans [de cette décision juridique]. »

Depuis le début de la campagne électorale de mi-mandat aux États-Unis, la question de l’avortement a galvanisé les foules et mené à des percées pour le Parti démocrate, explique en entrevue Todd Belt, professeur et directeur du programme de science politique à l’Université George-Washington.

C’est notamment le cas dans l’État conservateur du Kansas où, à la surprise générale, la population s’est opposée à un amendement constitutionnel visant à bannir l’avortement, rappelle-t-il. Ou encore, lors de l’élection spéciale dans l’État de New York, où le représentant démocrate Pat Ryan l’a emporté après une campagne axée sur cet enjeu.

Donc la question, pour les démocrates, c’est de garder cet enjeu prioritaire, souligne le professeur Belt, et c’est la raison pour laquelle on a vu Joe Biden faire cette annonce [mardi]

Les républicains changent de discours

Mais l’enjeu du droit à l’avortement est de plus en plus occulté par ce qui constitue la préoccupation principale des Américains, toutes allégeances politiques confondues : l’économie (Nouvelle fenêtre), selon de nombreux sondages. Et ce thème, exploité par les républicains, n’est pas à l’avantage des démocrates, estime Todd Belt.

Les républicains ont commencé à marteler la question de la criminalité dans les villes avec un certain succès. Et récemment, ils ramènent l’immigration, analyse M. Belt. Les démocrates, eux, mettent de l’avant le bilan de Joe Biden et veulent ramener l’avortement à l’avant-plan, parce que son importance a vraiment diminué depuis que les républicains ont réussi à rassembler leur discours au sujet de l’inflation.

Selon un sondage publié ce lundi par l’Institut Siena avec le New York Times, c’est même chez les électrices indépendantes que la bascule vers le Parti républicain (Nouvelle fenêtre) est la plus importante. Les démocrates battent désormais de l’aile, avec 18 points de retard dans cette tranche de l’électorat, comparativement à 14 points d’avance en septembre.

Qui plus est, face au manque de popularité des positions anti-avortement, les candidats républicains ont commencé à changer leur message (Nouvelle fenêtre), évitant le sujet et l’enlevant même de leurs sites Internet, rapportait le New York Times mercredi dernier.

Un nombre record de référendums sur l’avortement

Même si les républicains évitent désormais de parler d’avortement, le sujet sera de facto un enjeu dans les urnes dans cinq États le 8 novembre prochain, dans le cadre de référendums locaux. Il s’agit d’un nombre record en une seule année (Nouvelle fenêtre), selon l’encyclopédie numérique Ballotpedia.

États où un référendum porte sur la question de l’avortement le 8 novembre :

  1. Californie : Les électeurs décideront s’ils veulent inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution de l’État.
  2. Kentucky : L’avortement est déjà interdit au Kentucky depuis le renversement de Roe c. Wade. Comme au Kansas, les électeurs pourront se prononcer pour inscrire cette interdiction dans leur Constitution.
  3. Michigan : Les électeurs devront décider s’ils veulent protéger le droit à l’avortement en l’ajoutant à leur Constitution. Un tel ajout protégerait l’État du retour d’une loi anti-avortement datant de 1931, qui est présentement contestée en cour.
  4. Vermont : Les Vermontois pourront décider d’inscrire le droit à l’autonomie reproductive dans leur Constitution.
  5. Montana : L’avortement est présentement interdit au Montana après la viabilité du fœtus, à moins d’un risque pour la vie ou la santé de la mère. Les électeurs devront se prononcer sur une mesure controversée visant à obliger les médecins à prodiguer des soins aux enfants nés vivants, peu importe leur état de santé, au risque de faire face à des pénalités allant de 50 000 $ à 20 ans de prison.

Rappelons que l’arrêt Roe c. Wade protégeait le droit à l’avortement aux États-Unis depuis près d’un demi-siècle. Il a été invalidé par la Cour suprême en juin dernier, permettant à chaque État de légiférer sur la question.

Selon une recension récente (Nouvelle fenêtre) du Washington Post, 14 États ont depuis interdit l’interruption volontaire de grossesse. Dans sept autres, des interdictions ont été bloquées. De plus, parmi les 29 États où l’avortement est toujours légal, le droit est protégé dans 20 d’entre eux, mais menacé dans 9 autres.

Au coude-à-coude pour le Sénat

Selon plusieurs analystes, dont la firme Cook Political Report et le média d’analyse politique Politico, les démocrates seraient en voie de perdre leur majorité (Nouvelle fenêtre) à la Chambre des représentants. Les dés ne seraient toutefois pas jetés pour le contrôle du Sénat, (Nouvelle fenêtre) où les démocrates pourraient encore conserver la majorité.

Et le Sénat est déterminant pour la protection du droit à l’avortement, explique Todd Belt : Si les républicains prennent le Sénat, ils vont être capables d’empêcher les nominations de juges par Joe Biden. Pourquoi c’est si important? Parce que les États qui vont passer des lois sur l’avortement pourraient être contestés dans des cours fédérales. Les juges vont être extrêmement importants, au-delà de cette élection-ci.

Reportage réalisé dans le cadre d'un stage au bureau de Radio-Canada à Washington, grâce à une bourse de la Fondation de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

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