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Le système scolaire québécois de plus en plus « inégal », selon une étude

Une femme passe à vélo devant la cour d'école.

Une école publique sur l'île de Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Au Québec, il y a désormais presque autant d'élèves dans les programmes sélectifs payants du public que dans les écoles privées, ce qui « aggrave » les inégalités au sein du réseau scolaire, prévient l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) dans une nouvelle étude publiée mercredi.

Le nombre d'élèves dans des programmes à vocation particulière au public, tels que sport-études, arts-études ou encore éducation internationale, est ainsi passé de 56 000 à 83 000 en 20 ans, selon des données du ministère de l'Éducation obtenues par une chercheuse de l'IRIS à la suite de demandes d'accès à l'information.

L'Institut de recherche, qui se décrit comme indépendant et progressiste, souligne que ces programmes implantés au cœur du réseau public sont nombreux à sélectionner les élèves en fonction de leurs notes et exigent, en majorité, une contribution financière parentale. Ils encouragent ainsi un écrémage qui crée une ségrégation au détriment des élèves vulnérables, écrit la chercheuse Anne Plourde.

On parle d'une aggravation importante du phénomène de l'école à trois vitesses, explique Mme Plourde, une expression qui fait référence aux écoles privées, aux classes ordinaires dans les écoles publiques et aux programmes particuliers du réseau public.

La concentration d'élèves issus de milieux défavorisés ou en difficulté d'apprentissage dans les classes ordinaires est particulièrement dommageable pour ceux-ci, peut-on lire.

Ce qu'on constate, c'est que les écoles publiques ont réussi, en quelque sorte, à freiner depuis quelques années l'exode des élèves vers les écoles privées, mais au prix d'un renforcement des inégalités au sein même de l'école publique et, selon nous, ce n'est pas la voie à suivre, indique en entrevue Mme Plourde.

La chercheuse pose devant une bibliothèque bien garnie.

La chercheuse Anne Plourde

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ces démarches constituent une mise à jour d'une analyse publiée en 2017 par l'IRIS intitulée Inégalité scolaire : le Québec dernier de classe?

Cette étude survenait elle-même après le rapport du Conseil supérieur de l'éducation, l'année précédente, Remettre le cap sur l'équité, qui affirmait que le système d'éducation québécois était le plus inégalitaire au Canada. Une conclusion que le Conseil supérieur de l'éducation dit maintenir.

Non seulement le système scolaire québécois est plus inégalitaire qu'il ne l'était il y a 20 ans, selon l'Institut, mais le phénomène de ségrégation des élèves en fonction de leurs performances scolaires ou de leur statut socio-économique s'est aggravé depuis l'analyse de l'IRIS en 2017.

La chercheuse conclut qu'il est impératif que le gouvernement du Québec revoie le système de subventions accordées aux écoles privées et les règles permettant la sélection des élèves sur la base de leur dossier scolaire.

Ça doit être une priorité du prochain ou de la prochaine ministre de l'Éducation, d'aller vers un modèle qui va diminuer les inégalités, conclut Mme Plourde.

L'éducation, un marché?

Appelé à réagir, le mouvement École ensemble estime que le bond considérable des élèves inscrits dans les programmes sélectifs est inquiétant.

La conclusion de cette étude, c'est que l'école à trois vitesses tourne à plein régime, indique le coordonnateur du mouvement, Stéphane Vigneault.

Au Québec, on a un marché de l'éducation. Il y a des enfants payants en argent, mais aussi payants en notes, car il faut briller dans les palmarès. Mais les enfants qui ne sont pas payants, ceux qui se retrouvent dans la fameuse troisième vitesse, dans le public ordinaire, c'est comme si on leur disait : "Vous êtes moins importants." Et ça, c'est la pire chose à faire, dit M. Vigneault.

Écoutez, il y a 248 000 jeunes identifiés en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage sur environ 1 million au Québec [tant dans les écoles primaires que secondaires]. On ne peut pas prendre un quart de million de jeunes en difficulté puis les concentrer dans les écoles et les programmes ordinaires, affirme le psychologue et spécialiste en adaptation scolaire Égide Royer.

Selon le professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, qui a conseillé de nombreux ministres au cours de sa carrière, le fruit est d'ailleurs mûr à Québec pour qu'après des décennies d'inaction dans le dossier, tant sous les libéraux que les péquistes et les caquistes, précise-t-il, que le prochain gouvernement ait le courage de modifier le système de financement des écoles et les règles permettant la sélection des élèves. Je sens que c'est le bon moment, assure-t-il.

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