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Du phoque des Îles-de-la-Madeleine dans l’assiette des Inuit

Des cœurs de loup-marin sont coupés en tronçons sur une planche à découper.

Des cœurs de loup-marin

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Radio-Canada

Aux Îles-de-la-Madeleine, l'entreprise Reconseal Inuksiuti permet aux Inuit et aux Madelinots de collaborer dans un esprit de réconciliation à un projet de chasse au phoque gris.

Ce projet est une initiative du Madelinot Yoanis Menge et de l'Inuk Ruben Komangapik.

Depuis l’an dernier, ces deux hommes chassent le phoque gris ensemble.

La viande de phoque est ensuite apprêtée et offerte à des associations inuit qui œuvrent en milieu urbain, principalement à Montréal et à Ottawa.

Selon Statistique Canada, le tiers de la population inuit du pays vit ailleurs que dans l'Inuit Nunangat, le terme employé pour désigner les quatre régions inuit du nord du pays.

En 2021, la région métropolitaine d’Ottawa-Gatineau était d'ailleurs celle qui comptait le plus d’Inuit à vivre dans le sud du pays, devant celles d’Edmonton et de Montréal.

Cette entreprise effectue également le tannage traditionnel de peaux de phoque. Ce matériau peut notamment servir à la fabrication de vêtements, de chapeaux, de mitaines et de bottes.

Mais c’est la viande de phoque qui demeure au cœur du projet puisqu'il est souvent difficile pour les organisations inuit en milieu urbain d’avoir accès à un approvisionnement stable en viande de phoque et à un coût moins élevé que pour celle en provenance du Grand Nord.

Ces organismes s’occupent de la distribution de la viande. Ils gèrent souvent des banques alimentaire. La viande sert aussi lors de festivités ou de rencontres, ajoute le cofondateur de l'entreprise et président de l'Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Yoanis Menge.

Après un an d’activité, il qualifie l’expérience d’incroyable.

« Ce que ça amène comme sourire aux gens à qui on apporte de la viande de phoque, c'est merveilleux. »

— Une citation de  Yoanis Menge, cofondateur de Reconseal Inuksiuti

Une amitié, un phoque et la réconciliation

Ce projet est né lors de la visite de Ruben Komangapik dans l’archipel madelinot, l’an dernier. On a commencé par faire une première chasse l'année dernière, pour le plaisir de chasser ensemble, parce qu'on se connaît depuis vraiment très, très longtemps, raconte son ami.

Les deux hommes ont tué un phoque et se sont photographiés ensemble.

Puisque c'était la Journée nationale de la réconciliation et de la vérité, l’idée leur est venue de créer un jeu de mots avec réconciliation et phoque (seal en anglais), d'où le mot « reconseal ».

C'est plus tard, lors du repas préparé avec ce gibier, que le mot inuksiuti, qui signifie fait pour les humains, s’est imposé. L’idée de l’entreprise a ensuite germé. C'est grâce aux phoques que les Inuit ont réussi à survivre. De même, pour eux, c'est un peu comme le pain et le beurre, mais avec tous les suppléments de minéraux, de vitamines, fait valoir Yoanis Menge.

Curieusement, Yoanis Menge a appris à chasser chez les Inuit, et son ami, Ruben Komangapik, dans le sud. On fait un genre de mixage de nos approches, de nos techniques, on suit la réglementation en vigueur avec le ministère des Pêches et des Océans pour ce qui est de l'abattage, mais après, tout ce qui est du découpage et de la boucherie de l'animal, ça se fait vraiment d'une manière traditionnelle.

Toutes les parties de l’animal sont récupérées et apprêtées. Donc, le phoque est consommé en entier, précise le chasseur.

Yoanis Menge devant ses propres photos de chasse au phoque.

Yoanis Menge est cofondateur du projet Reconseal Inuksiuti et président de l'Association des chasseurs de phoques intra-Québec. Il est également chasseur de phoques et photographe.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Yoanis Menge souligne que la chasse permet aussi de contrer la surabondance des phoques gris autour des îles de la Madeleine. C’est devenu une priorité de contrôler ces populations, dit-il, et on pense que ça peut vraiment servir à une belle cause comme celle-là.

La présence de ces phoques près de l’archipel tout au long de l’année est par contre un atout pour le projet. Ça permet de chasser des petites quantités à la fois, mais toujours sur une base régulière, et de pouvoir offrir une gamme de première qualité et de la viande fraîche, fait observer M. Menge.

Le copropriétaire de la petite entreprise ajoute que la viande de phoque est aussi une denrée intimement liée à la culture des communautés du Grand Nord. Il y a donc, dit-il, un savoir-faire que les aînés peuvent maintenant transmettre aux plus jeunes.

La chasse aux phoques gris comme outil de réconciliation

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