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Mary Ellen Turpel-Lafond répond à la controverse entourant ses origines

L'avocate et ancienne juge Mary Ellen Turpel-Lafond.

Tout au long de sa carrière, Mary Ellen Turpel-Lafond a affirmé être une Autochtone de traités, d'ascendance crie, mais une enquête de CBC révèle que cela ne semble pas correspondre aux données historiques.

Photo : Radio-Canada

Après avoir refusé pendant des mois de répondre aux questions de CBC/Radio-Canada sur la filiation de son père, Mary Ellen Turpel-Lafond affirme dans une déclaration sur Twitter, publiée vendredi, que celui-ci, qui selon elle était cri, a été adopté par ses grands-parents.

Mes grands-parents ont adopté mon père, qu'ils connaissaient comme étant un enfant cri de Norway House, a affirmé Mary Ellen Turpel-Lafond, dans une publication sur Twitter, vendredi.

Bien que cela n'ait pas été fait de manière officielle, poursuit la chercheuse.

« Je respecte mes parents et tous les membres de ma famille et je n'interpellerai jamais personne. En grandissant, nous n'avons pas remis en question la filiation biologique. »

— Une citation de  Mary Ellen Turpel-Lafond dans un courriel adressé à CBC/Radio-Canada

Récipiendaire de l'Ordre du Canada en 2021, Mary Ellen Turpel-Lafond est considérée comme l'une des chercheuses autochtones les plus accomplies et les plus décorées de l'histoire du Canada.

Mon père est né pendant que mon grand-père était à Norway House. J'ai été éduquée pour ne pas susciter l'embarras, la honte ou le malheur des familles, a-t-elle ajouté.

Mary Ellen Turpel-Lafond.

Lors d'une entrevue avec la CBC/Radio-Canada, la sœur de Mary Ellen Turpel-Lafond, Melinda Turpel, estime pour sa part que la thèse d'adoption est plausible. (archives)

Photo : CBC / Mike McArthur

Selon la soeur de Mary Ellen Turpel-Lafond, Melinda Turpel, il était possible que son père soit le fruit d'une liaison entre son grand-père et une femme crie. Mais le scénario le plus probable est qu'il ait été adopté, explique Melinda Turpel.

Je crois que William Nicholson et Eleanor Turpel n'étaient pas ses parents. Ils ont simplement pris soin de lui et l'ont élevé comme s'il était le leur, a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle pense que l'ensemble de ses sœurs seront d'accord avec elle.

Cette affirmation de Mary Ellen Turpel-Lafond est difficile à concilier avec les documents historiques découverts par CBC/Radio-Canada.

Un vieux journal

L'édition du 24 juillet 1929 du Victoria Daily Times annonçait la naissance d'un fils au Dr William Nicholson Turpel et à sa femme, Eleanor.

Photo : Victoria Times Colonist

En effet, une annonce publiée le 24 juillet 1929 dans le Victoria Daily Times indique que ses grands-parents ont donné naissance à un fils. Un acte de baptême daté du 27 mars 1932 indique que l'enfant né à Victoria s'appelait William Turpel.

Selon le professeur d'histoire à l'Université Wilfrid Laurier, Mark Humphries, la découverte de ces deux documents indépendants rend peu probable l'adoption de William par les Turpel.

Sans équivoque, Eleanor fut la mère de William Turpel, du moins d'après les documents que j'ai vus, a déclaré M. Humphries.

Mme Turpel-Lafond a également déclaré à CBC/Radio-Canada qu'une femme crie avait adopté son père auprès de ses grands-parents, ce qui semble être le contraire de ce qu'elle affirme maintenant.

« La sage-femme, Mary Clarke, a adopté mon père. Elle avait perdu un fils et elle a fini par prendre mon père comme son fils. Clarke et mon grand-père, le Dr Turpel, étaient très proches. »

— Une citation de  Mary Ellen Turpel-Lafond dans un courriel adressé à CBC/Radio-Canada
Mary Ellen Turpel-Lafond en 1994.

Mary Ellen Turpel-Lafond a toujours refusé les demandes de CBC/Radio-Canada pour voir sa carte de statut d'Indien et n'a même pas voulu indiquer si elle en avait une. (archives)

Photo : (Peter Sibbald/TIME)

Des leaders autochtones comme Michelle Good, avocate à la retraite et auteure de la Nation crie Red Pheasant, ont demandé à Mary Ellen Turpel-Lafond de faire preuve de transparence.

« Si elle dit qu'elle sait qu'elle a des ancêtres autochtones, alors pour les gens qu'elle prétend aimer et soutenir et auxquels elle consacre sa vie, elle devrait présenter cette preuve, elle devrait la rendre publique. »

— Une citation de  Michelle Good

Vendredi, Mme Turpel-Lafond a déclaré que bien qu'elle travaille souvent dans les domaines de la justice autochtone et de la protection de l'enfance, elle n'a jamais obtenu de poste sur la base d'une discrimination positive.

« J'ai clairement indiqué dans mon travail que je ne parle au nom d'aucune Première Nation, car je suis une simple citoyenne, et non un chef ou un dirigeant élu. »

— Une citation de  Mary Ellen Turpel-Lafond dans un courriel adressé à CBC/Radio-Canada
Mary Ellen Turpel-Lafond.

Mary Ellen Turpel-Lafond a été nommée directrice du Centre d'histoire et de dialogue des pensionnats pour Autochtones à l'UBC le 1er avril 2018. Son mandat se termine le 30 juin 2022, selon un communiqué de presse de l'université. (archives)

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Ces dernières années, au Canada, des universitaires et des dirigeants autochtones se sont inquiétés du fait qu'un nombre croissant de personnes non autochtones revendiquent une ascendance autochtone et bénéficient d'avantages réservés aux Autochtones.

L'an dernier, Carrie Bourassa, une professeure, a elle aussi été soupçonnée d'avoir fait de fausses déclarations sur ses origines autochtones.

Après une enquête conduite par l'avocate spécialisée en droit autochtone et membre de la Fédération métisse du Manitoba Jean Teillet, Carrie Bourassa a par la suite démissionné de son poste.

Selon plusieurs experts, cette enquête de la CBC/Radio-Canada met en lumière un problème récurrent au Canada, celui de personnes non autochtones qui tirent profit d'occasions réservées aux Autochtones, en revendiquant à tort une ascendance avec cette communauté.

Avec les informations de Geoff Leo

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