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Ukraine : trois morts dans l’explosion sur le pont de Crimée

De la fumée noire s'échappe d'un incendie sur le pont.

Le pont de Kertch est le seul lien terrestre de la Russie avec la Crimée annexée. Moscou affirme mercredi avoir procédé à des arrestations en lien avec cette attaque. Les précisions de Lise Villeneuve.

Photo : Getty Images / AFP

Agence France-Presse

Le pont de Crimée, une infrastructure clé et symbolique qui relie la Russie à la péninsule annexée en 2014 au détriment de l'Ukraine, a été partiellement détruit samedi par une énorme explosion attribuée par Moscou à un camion piégé.

Après avoir semblé reconnaître à demi-mot une attaque ukrainienne, samedi matin, dans un tweet, le conseiller de la présidence ukrainienne Mykhaïlo Podoliak a renvoyé plus tard vers une piste russe, avançant que cette explosion était le résultat d'une lutte interne entre le FSB (services spéciaux russes) et les militaires russes.

Dans son allocution du soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky n'a pas fait de déclaration sur cette explosion. Il s'est contenté de dire, en évoquant la péninsule annexée : malheureusement, c'était nuageux en Crimée.

Les images de vidéosurveillance diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une puissante explosion au moment où plusieurs véhicules circulaient sur le pont, dont un camion que les autorités russes soupçonnent d'être à l'origine de la déflagration. Sur d'autres clichés, on peut voir un convoi de wagons-citernes en flammes sur la partie ferroviaire du pont ainsi que deux travées d'une des deux voies routières effondrées.

Trois morts

Selon les enquêteurs, l'attaque survenue au petit matin a fait trois morts, soit le conducteur du camion et deux personnes – un homme et une femme – qui se trouvaient dans une voiture à proximité lors de la déflagration et dont les corps ont été retirés des eaux.

Les autorités de la Crimée ont annoncé dans l'après-midi que la circulation avait repris pour les voitures et les autobus sur la seule voie routière du pont restée intacte. Les poids lourds feront désormais la traversée sur des traversiers. Selon un opérateur de la ligne ferroviaire, deux trains sont partis en direction de Moscou et Saint-Pétersbourg.

L'agence de presse russe Tass a indiqué dans la nuit de samedi à dimanche que la circulation ferroviaire avait totalement repris pour les passagers et les marchandises, mais avec des retards.

Une victoire morale pour les Ukrainiens et une défaite humiliante pour les Russes. Un attentat a lourdement endommagé le pont que Vladimir Poutine avait fait construire après l'annexion unilatérale de la Crimée. Une infrastructure qui était essentielle au ravitaillement des forces russes dans le sud de l'Ukraine. Quelques heures plus tard, l'armée russe a annoncé un changement de commandement de son opération en Ukraine. Reportage de Carla Oliveira

Le Comité d'enquête a affirmé avoir établi l'identité du propriétaire du camion piégé, un habitant de la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, et que des investigations étaient en cours.

Ce pont en béton, construit à grands frais sur ordre de Vladimir Poutine pour relier la péninsule annexée au territoire russe, sert notamment au transport d'équipements militaires de l'armée russe qui combat en Ukraine.

Si l'Ukraine est à l'origine de l'incendie et de l'explosion sur le pont de Crimée, le fait qu'une infrastructure aussi cruciale et aussi loin du front puisse être endommagée par les forces ukrainiennes serait un camouflet pour Moscou.

La Crimée. Le pont. Le commencement. Tout ce qui est illégal doit être détruit, tout ce qui a été volé doit être rendu à l'Ukraine, avait commenté dans la matinée sur Twitter Mikhaïlo Podoliak, conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Dans un communiqué diffusé plus tard par la présidence, il a cependant attribué l'explosion à une lutte interne entre le FSB et l'armée russe.

Un hélicoptère déverse de l'eau sur les wagons pour tenter d'éteindre le feu.

Un hélicoptère déverse de l'eau sur les wagons pour tenter d'éteindre le feu.

Photo : Getty Images / AFP

Il convient de noter que le camion qui a explosé, selon toutes les indications, est entré sur le pont depuis le côté russe. C'est donc en Russie qu'il faut chercher les réponses [...]. Tout cela indique sans aucun doute une piste russe, a-t-il déclaré.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a cependant dit estimer que les réactions à Kiev montrent la nature terroriste des autorités ukrainiennes.

L'armée russe, en difficulté sur le front de Kherson, dans le sud de l'Ukraine, a quant à elle assuré que l'approvisionnement de ses troupes n'était pas menacé. Le ravitaillement [...] s'effectue de manière continue et complète le long d'un couloir terrestre et partiellement par voie maritime, a-t-elle annoncé.

L'Ukraine a frappé plusieurs ponts dans la région de Kherson ces derniers mois afin de perturber l'approvisionnement russe, de même que des bases militaires en Crimée, des attaques pour lesquelles elle n'a reconnu de responsabilité que plusieurs mois plus tard.

Vandales ukrainiens

Si Moscou s'est pour le moment gardé d'accuser directement l'Ukraine, le chef du Parlement régional installé par la Russie, Vladimir Konstantinov, a dénoncé un coup des vandales ukrainiens.

Le dirigeant de la péninsule, Sergueï Aksionov, s'est quant à lui efforcé d'être rassurant en affirmant que la Crimée disposait de réserves de carburant pour un mois et de nourriture pour deux mois.

Selon un responsable de l'occupation russe dans la région ukrainienne de Kherson, voisine de la Crimée, Kirill Stremooussov, les réparations pourraient prendre deux mois.

La Russie a toujours affirmé que le pont ne risquait rien en dépit des combats en Ukraine, mais elle a déjà menacé Kiev de représailles si les forces ukrainiennes devaient attaquer ce pont ou d'autres infrastructures en Crimée.

Volodymyr Zelensky.

Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky

Photo : Reuters

Le député russe Oleg Morozov, cité par l'agence Ria Novosti, a réclamé samedi une riposte adéquate, sinon ce type d'attentat terroriste va se multiplier, a-t-il dit.

Un revers de plus pour la Russie

Depuis début septembre, les forces russes ont été obligées de reculer sur de nombreux points du front. Elles ont notamment été obligées de se retirer de la région de Kharkiv et de reculer dans celle de Kherson.

Aux prises avec une armée ukrainienne galvanisée et forte des approvisionnements en armes occidentales, Vladimir Poutine a décrété fin septembre la mobilisation de centaines de milliers de réservistes et l'annexion de quatre régions ukrainiennes, bien que Moscou ne les contrôle que partiellement.

Le seul champ de bataille où les forces russes ont actuellement l'avantage est aux abords de la ville de Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine.

Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine

Photo : Getty Images / GAVRIIL GRIGOROV

Signe du mécontentement en haut lieu sur la conduite des opérations, Moscou a annoncé samedi avoir nommé un nouvel homme à la tête de son opération militaire spéciale en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine, 55 ans.

Enfin, la centrale nucléaire de Zaporijjia, au centre d'un bras de fer depuis des mois dans le sud de l'Ukraine, a de nouveau perdu sa source d'alimentation électrique externe en raison de bombardements et s'appuie sur des générateurs d'urgence, a alerté samedi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dont une mission est sur place.

Le bilan des bombardements jeudi sur la ville éponyme s'est alourdi, a indiqué tard samedi soir le service d'urgence ukrainien, annonçant au moins 17 morts (14 morts au dernier bilan vendredi soir) et 21 personnes secourues, dont 12 hospitalisées.

Notre dossier Guerre en Ukraine

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