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Une élection tranquille au chapitre de la désinformation

La désinformation qui a circulé lors de la dernière élection québécoise est surtout restée confinée dans certaines communautés en ligne qui propageaient déjà de fausses nouvelles.

Une boîte de scrutin d'Élections Québec.

L'intégrité du processus électoral a été la cible de désinformation lors de la dernière campagne.

Photo : Radio-Canada / Louis-Simon Lapointe

Si l’élection québécoise s’est conclue sans grande surprise dans les urnes, l’équipe des Décrypteurs a été étonnée de constater que la désinformation électorale n’est presque pas parvenue au grand public.

Comme le note Mathieu Lavigne, directeur du Projet sur la désinformation électorale au Québec de l’Université McGill, la majeure partie des faussetés concernant l’élection est restée confinée dans une communauté web bien spécifique, qu’il qualifie de minorité vocale.

C’est une communauté qui a un certain manque de confiance envers les institutions traditionnelles, autant politiques que médiatiques et scientifiques. Elle a tendance à s’informer principalement en ligne et fait beaucoup de bruit, dit-il en entrevue avec les Décrypteurs.

Cette communauté est composée en bonne partie des mêmes personnes et influenceurs qui propagent de fausses informations sur la pandémie de COVID-19, les vaccins et les changements climatiques.

« Comme le montrent plusieurs études sur la mésinformation, le fait de croire à la mésinformation sur un enjeu augmente la probabilité de croire à la mésinformation sur d’autres enjeux. »

— Une citation de  Mathieu Lavigne, directeur du Projet sur la désinformation électorale au Québec

S’il est rassurant pour la démocratie que la désinformation occupe moins de place dans les élections québécoises par rapport à d’autres élections à travers le monde, l’étudiant au doctorat en sciences politiques se désole malgré tout qu’elle puisse menacer la cohésion sociale, briser des familles et créer des réalités parallèles, comme c’était le cas pendant la pandémie.

On observe que les communautés qui propagent de la mésinformation en ligne sont plus organisées qu'autrefois, ajoute-t-il.

Portrait de Mathieu Lavigne.

Mathieu Lavigne est le directeur du Projet sur la désinformation électorale au Québec.

Photo : Gracieuseté : Mathieu Lavigne

La désinformation préoccupe les Québécois

Le Projet sur la désinformation électorale au Québec surveille la propagation de faussetés liées à l’élection sur les réseaux sociaux. Mais un autre axe du projet consiste à sonder quotidiennement une centaine de Québécois sur leur perception de la mésinformation.

À la mi-élection, les résultats préliminaires de ces sondages (Nouvelle fenêtre) montraient que 63 % des Québécois étaient plutôt d'accord ou fortement d'accord sur le fait que la mésinformation constitue un problème sérieux en période d'élection.

En raison de tous les discours qu’il y a eu autour de la mésinformation depuis l’élection américaine de 2016, il y beaucoup de gens qui sont préoccupés par l’enjeu. Maintenant, certaines études laissent entendre que les préoccupations des individus seraient peut-être plus importantes que l’effet réel que la mésinformation peut avoir sur les élections, fait valoir Mathieu Lavigne.

Cet article a initialement été publié dans l'édition du 8 octobre de l'infolettre des Décrypteurs. Pour obtenir des contenus exclusifs comme celui-ci, ainsi que des analyses sur tout ce qui touche la désinformation web, abonnez-vous en cliquant ici.

Le processus électoral au coeur de la désinformation électorale

L’une des tendances dans la communauté où se propageait la désinformation électorale était la remise en cause de l’intégrité du processus électoral.

On a vu beaucoup de craintes que les travailleurs d’Élections Québec changeraient les votes avant de les compter. En début de campagne, les gens parlaient aussi du vote par la poste, qui est assez rare au Québec, ou encore des machines qui compteraient mal les votes, alors que tous les votes sont comptés à la main, énumère Mathieu Lavigne.

Des partisans du Parti conservateur du Québec (PCQ) ont d’ailleurs exprimé tellement de doutes sur l’intégrité du vote par crayon de plomb (Nouvelle fenêtre) que le chef Éric Duhaime a rappelé à ses partisans, peu après le début du vote par anticipation, que leur bulletin pourrait être rejeté s’il était marqué autrement qu’avec le crayon de plomb fourni au bureau de scrutin.

Un tweet d'Éric Duhaime qui rappelle que les votes marqués autrement qu'avec le crayon de plomb remis en même temps que le bulletin de vote peuvent être rejetés.

Il a fallu que le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, rappelle à ses partisans que les bulletins de vote remplis au stylo pouvaient être rejetés.

Photo : Twitter/e_duhaime

Depuis le dévoilement des résultats, les gens qui travaillent pour nous ont vu une augmentation en termes de volume d’allégations de fraude électorale chez les partisans du PCQ, note d'ailleurs Mathieu Lavigne.

Il n’en demeure pas moins qu’Éric Duhaime a rappelé tout au long de la campagne (Nouvelle fenêtre) qu’il croyait à l’intégrité du processus électoral et qu’il accepterait les résultats du 3 octobre.

Tandis que des dizaines d’internautes criaient à la fraude électorale le lendemain de l’élection dans un groupe partisan du PCQ, un administrateur du groupe et plusieurs autres membres ont tenté de calmer le jeu, assurant que le vote n’était pas truqué en relatant leurs propres expériences de dépouillement.

Une longue publication Facebook explique que l'élection québécoise n'était pas truquée. L'auteur s'identifie comme étant « un ami d'Éric [Duhaime] depuis une douzaine d'années ».
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cet administrateur d'un groupe partisan du Parti conservateur du Québec a tenu à rassurer les membres que le vote n'était pas truqué.

Photo : Facebook (capture d'écran)

Les résultats du sondage préélectoral du Projet sur la désinformation électorale au Québec indiquaient que les partisans du PCQ étaient moins susceptibles que les partisans des autres partis de croire que l’élection serait administrée équitablement : c’était le cas de 54 % d’entre eux, alors que la proportion s’élevait à 84 % chez les partisans de la CAQ.

Les grandes lignes de la désinformation électorale

La pandémie était l’élément central de la désinformation des deux dernières années et demie, et elle a continué à jouer un rôle lors de l’élection québécoise.

Ça s’est manifesté dans des craintes au sujet de ce qui pourrait arriver si la CAQ était réélue. On a vu, par exemple, des vidéos sur la construction de camps de concentration COVID, relate Mathieu Lavigne.

L’indépendance des médias et des firmes de sondage, perçus par certains internautes comme étant contrôlés par la CAQ, a aussi retenu l’attention de l’équipe de recherche.

Le Projet sur la désinformation électorale au Québec publiera son rapport final sur l’élection provinciale québécoise au début de 2023.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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