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Le golfe du Saint-Laurent, terrain de chasse potentiel du requin blanc

Un requin blanc sous l'eau.

Des chercheurs ont vu et filmé à l'aide d'un drone un requin blanc en action près de l'île Brion, aux Îles-de-la-Madeleine. (archives)

Photo : Andrew Brandy Casagrande/Discovery Channel/The Associated Press

À la mi-septembre, une équipe de chercheurs de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent (ORS) a mené une expédition de recherche pour mieux documenter le rôle et le comportement du requin blanc dans le golfe du Saint-Laurent.

L’objectif premier était de vérifier la faisabilité et la nécessité de mener un tel projet à long terme, alors que ça n’avait jamais été fait dans le golfe, et aussi d’essayer de façon intentionnelle de repérer le requin blanc et de le marquer, explique Jeffrey Gallant, directeur scientifique et chef de mission pour le projet Brion 22.

Jeffrey Gallant en tenue de plongée sous-marine.

Jeffrey Gallant est directeur scientifique de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent. (archives)

Photo : Jeffrey Gallant

L’équipage, qui a voyagé 12 jours à bord du voilier EcoMaris, a vu et filmé à l’aide d’un drone un requin blanc en action près de l’île Brion, aux Îles-de-la-Madeleine. L'équipage pense avoir trouvé un terrain de chasse et d’apprentissage pour les requins blancs juvéniles.

Un voilier sur l'eau

C'est à bord du voilier l'EcoMaris que l'expédition s'est déroulée. (archives)

Photo : Parafilms

Un incident en particulier a été filmé du début à la fin.

On était rendu au jour 6 et puis tout juste après 6 h 30 du matin, le soleil venait à peine de se lever que l’opérateur du drone a lâché un cri pour dire qu’il avait un requin à l’écran et on est tous allés voir son écran, puis c’était vraiment ça, il y avait un requin blanc qui venait juste de tuer ou d’attaquer un phoque, raconte Jeffrey Gallant. Il y avait beaucoup de sang dans l’eau et puis on voyait le requin nager avec le phoque dans sa gueule.

« La chose qu’on n’a pas réussi à faire, c’est de marquer un requin, mais quant à moi, pour ce projet, c’est secondaire. Il était vraiment plus important cette année de déterminer très clairement que c’était le bon endroit comme on pensait. »

— Une citation de  Jeffrey Gallant, directeur scientifique de l’ORS et chef de mission pour le projet Brion 22

Par la suite, à l’aide d’un hydrophone, un instrument capable d’enregistrer ou de repérer des signaux acoustiques qui sont envoyés par des émetteurs posés sur les requins, l’équipe a repéré trois autres animaux, qui pourraient être des requins blancs, selon les chercheurs.

Selon M. Gallant, la présence de requins blancs n’est pas inhabituelle dans les eaux du Saint-Laurent et les requins plus jeunes ont tendance à se déplacer au nord à la recherche de terrain de chasse facile comme l’île Brion, qui compte environ 10 000 phoques gris.

Un grand prédateur

Dès leur arrivée près de l’île Brion, ils ont observé un comportement inhabituel chez les phoques.

On a immédiatement observé que les phoques ne sont pas jamais venus à la rencontre du bateau, ce qui se passe normalement parce que les phoques sont curieux et ils vont venir faire le tour du bateau pour nous regarder de près, mais ce n’est jamais arrivé, explique Jeffrey Gallant. Ils sont restés très près de la côte et ça c’était un signe qu’ils ont peur de quelque chose, pas de nous, mais d’un prédateur.

« C’est à ce moment-là qu’on avait une bonne idée qu’il se passait quelque chose dans le coin. »

— Une citation de  Jeffrey Gallant, directeur scientifique de l’ORS et chef de mission pour le projet Brion 22

Selon Lyne Morissette, écologiste spécialiste des mammifères marins et du fonctionnement des écosystèmes qui faisait partie de l’équipage du EcoMaris lors de l’expédition, le golfe du Saint-Laurent est un territoire intéressant pour les requins blancs étant donné sa fertilité en nourriture pour l’espèce.

On ne sait pas exactement combien [de requins] il y a dans le golfe, mais il y a plusieurs programmes de recherche ou d’autres équipes qui nous donnent certains indices comme le marquage de certains individus et on voit, depuis quelques années, quelques individus marqués qui viennent faire leur tour au large de la Gaspésie et aux Îles, ajoute Mme Morissette. Si on voit ceux qui sont marqués, fort probablement qu’il y en a beaucoup d’autres dans nos eaux aussi.

Lyne Morissette.

La biologiste Lyne Morissette (archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Cette expédition était aussi l’occasion d’observer l’écosystème dans lequel vivent ces grands prédateurs.

Tout est interconnecté, affirme Lyne Morissette. La population de requins blancs et la population de phoques gris sont au sommet d’un réseau alimentaire important duquel on dépend, donc de comprendre comment fonctionne cet écosystème et qui est au sommet de ça.

« Jeffrey appelle souvent les requins les gardiens du garde-manger du golfe Saint-Laurent. Et c’est vrai qu’ils ont un rôle structurant. »

— Une citation de  Lyne Morissette, écologiste spécialiste des mammifères marins et du fonctionnement des écosystèmes

Repérage terrain

Durant l’expédition, le repérage visuel avec les drones n’était plus possible en raison des vents. L’équipe de chercheurs, accompagnée de pêcheurs madelinots, est donc débarquée sur l’île Brion.

C’est à ce moment qu’ils ont aperçu plusieurs carcasses de phoque gris, ce qui ne laisse aucun doute dans l’esprit de M. Gallant.

Ils avaient tous été visiblement attaqués par des requins, parce que les phoques avaient de grandes morsures et de grandes plaies sur le torse et ce sont tous des signes comme quoi il y aurait eu plusieurs incidents de prédation autour de l’île, explique-t-il.

Ces phoques ont été blessés et ont réussi à échapper à leur prédateur, ce qui confirmerait l’hypothèse principale de l’expédition selon M. Gallant.

Ce qu’on retient le plus, c’est que l’île Brion, puis les Îles-de-la-Madeleine en général pourraient être un terrain d’apprentissage où les requins juvéniles et les subadultes sont en voie de faire la transition d’un régime piscivore, donc manger principalement du poisson, à un régime davantage axé sur les mammifères marins, précise le directeur scientifique de l’ORS.

« Lorsqu’un gros requin blanc habitué, qui a développé tous ses instincts de chasse, son habileté, son acuité visuelle, va s’agripper à un phoque, on peut pense que le phoque a très peu de chance de s’en sauver et il va être consommé. Mais ce qu’on voit à Brion, c’est que les requins pourraient être là pour se faire les dents sur des phoques pour la première fois, ce qui expliquerait pourquoi il y a beaucoup de phoques qui réussissent à se sauver. »

— Une citation de  Jeffrey Gallant, directeur scientifique de l’ORS et chef de mission pour le projet Brion 22

Encouragé par les résultats concluants de cette première tentative, Jeffrey Gallant confirme que l’ORS et EcoMaris planchent déjà une nouvelle expédition à l’île Brion pour 2023 pour confirmer leurs hypothèses.

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