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Rébecca Déraspe sonde les complexités de #MoiAussi dans sa nouvelle pièce

Visage d'une jeune femme de près.

Rébecca Déraspe

Photo : Lucas Harrison Rupnik

Radio-Canada

La question du consentement sexuel est au cœur de la nouvelle œuvre de la dramaturge Rébecca Déraspe, Les glaces, présentée à Montréal alors que cette semaine marque officiellement les cinq ans du mouvement #MoiAussi, qui a commencé le 5 octobre 2017 avec la publication d’une enquête du New York Times sur les abus commis par Harvey Weinstein.

Dans Les glaces, Rébecca Déraspe s’intéresse particulièrement aux conséquences de la dénonciation tardive d’une agression sexuelle. La dramaturge québécoise plusieurs fois primée y décortique également la notion de solidarité féminine ainsi que les idéaux féministes confrontés à la réalité.

L’un des personnages principaux, Vincent (Christian Michaud), est un homme dans la quarantaine récemment devenu père. Lorsqu’une ancienne copine l’accuse de l’avoir agressée sexuellement il y a 25 ans, il est chassé du foyer par sa conjointe, et part se réfugier chez son père, dans le Bas-du-Fleuve.

Là-bas, Vincent y rencontre son ami d’enfance, qui s’y est rendu pour la même raison que lui.

J’avais envie qu’on ait accès à des hommes qui pourraient être mon amoureux, quelqu'un que je respecte, avec qui je partage des idées féministes, explique Rébecca Déraspe, qui raille dans sa pièce le féminisme de salon affiché par certains hommes.

Pour porter le chapeau du féminisme, il faut avoir le courage d’affronter ses propres erreurs, et de changer son quotidien concrètement, ajoute-t-elle.

Zones grises

L’acteur Olivier Normand, qui interprète Sébastien, l’ami de Vincent, affirme sans détour que Les glaces a été l’expérience émotionnelle la plus dure qu’il ait vécue au théâtre. Il salue aussi l’approche nuancée de l’équipe créative, qui a voulu éviter le piège du manichéisme.

On ne voulait pas que les spectateurs et les spectatrices – surtout les spectateurs – se disent : Lui c’est sûr que ce n’est pas moi, lui, c’est un monstre. Moi, c’est sûr que je ne ferais jamais ça.

« Comme acteur, j’ai une empathie critique envers le personnage. »

— Une citation de  Olivier Normand

Si Rébecca Déraspe ne croit pas aux monstres, elle doute aussi de l’existence des soi-disant bonnes personnes. Elle préfère célébrer le pouvoir transformateur de l’humanité et, dans le cas des Glaces, celui d'accepter qu’on est habités par des centaines d’années de patriarcat, et de faire en sorte de déconstruire certains de ses réflexes.

Selon la dramaturge et autrice, il ne tient pas qu’à l’individu de réévaluer son rapport au désir dans une société en constante évolution sur le plan des mœurs sexuelles. Elle soutient que les créateurs et créatrices ont aussi un rôle à jouer.

Notre responsabilité collective, aujourd’hui, se situe dans la transmission. C’est la clé de lecture que j’offre aux spectateurs, dit-elle.

Des touches d’humour

Cela dit, Les glaces ne se veut pas un exercice didactique dénué de traits d’esprit.

C’est important pour moi l’humour, parce que justement ça fait partie de ce qu’est un être humain complexe, explique Rébecca Déraspe. On rit aussi de nous-mêmes, donc n’ayez pas peur, c’est vraiment une histoire qu’on se fait raconter avant tout.

Mise en scène par Maryse Lapierre, et mettant également en vedette Marine Johnson, Daniel Gadouas, Debbie Lynch-White, Anna Beaupré Moulounda et Éléonore Loiselle, Les glaces est présentée au théâtre La Licorne jusqu’au 5 novembre.

La pièce sera ensuite jouée au Théâtre Alphonse-Desjardins, à Repentigny (du 23 au 26 novembre), au Centre culturel Berger, à Rivière-du-Loup (le 1er décembre), et enfin, au Théâtre La Bordée, à Québec (du 10 janvier au 4 février).

Ce texte a été écrit à partir d'une entrevue réalisée par Émilie Perreault, animatrice de l'émission Il restera toujours la culture. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté et de concision.

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