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La hausse des tarifs d’électricité, comme « une brique à travers une fenêtre »

Des organismes de défense des consommateurs et des entreprises redoutent la hausse de tarifs de 8,9 % que demande Énergie NB.

Plan rapproché de la main d'une femme aux ongles vernis rouges qui tourne la molette d'un thermostat dans un appartement.

Une femme ajuste un thermostat.

Photo : Getty Images / Ivan Balvan

Radio-Canada

Les consommateurs et les entreprises au Nouveau-Brunswick ont froncé les sourcils en apprenant que le distributeur d’électricité de la province, Énergie NB, souhaite augmenter ses tarifs de 8,9 % dès le printemps prochain.

La société de la Couronne vient de demander la permission d’appliquer une hausse de tarifs qui serait la plus drastique en au moins 15 ans. La requête d'Énergie NB devra être approuvée par la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick.

L’inflation est un des arguments avancés par Énergie NB pour justifier une hausse de 8,9 %, qui serait suivie de hausses allant de 2 % à 16 % dans les deux années suivantes.

Les besoins de base déjà trop chers

Janelle LeBlanc, coordonnatrice provinciale au Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, estime que cette hausse des factures d’électricité survient à un moment où les Néo-Brunswickois peinent à subvenir à leurs besoins de base.

Les travailleurs ne s’en tirent guère mieux que les personnes sur l’aide sociale, selon l’organisme. Il y en a qui ne s'achètent plus de bons aliments dans les épiceries parce que c'est vraiment trop cher, explique-t-elle. On a vu une augmentation des gens qui fréquentent les banques alimentaires cette année.

Ces gens-là sont déjà en train de faire des choix très difficiles, et ç'a de l'air que les choix vont continuer à être difficiles, a-t-elle déclaré lors d’une entrevue, jeudi à Moncton. On se demande ce que les gens vont faire si cette demande [d’Énergie NB] est acceptée.

« Il faut des solutions permanentes parce que les gens ne peuvent plus joindre les deux bouts. »

— Une citation de  Janelle LeBlanc, Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick

Le temps des mesures temporaires décidées à la pièce est dépassé, affirme la porte-parole. Alors que le Nouveau-Brunswick vient d’annoncer des surplus records de 777 millions de dollars, le front commun demande qu’ils soient investis dans la santé, les programmes sociaux et dans les travailleurs et travailleuses de première ligne.

Debout sur le trottoir, Janelle LeBlanc pose pour une photo sur la rue Archibald, à Moncton.

Janelle LeBlanc, du Front commun pour la justice sociale, jeudi à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Au Nouveau-Brunswick, le salaire minimum a augmenté de 1 $ de l’heure samedi dernier. Depuis avril, il est passé de 11,75 $ à 13,75 $ dans la province. Mais ce n’est pas un salaire de subsistance, précise Janelle LeBlanc. Ce n’est pas assez haut pour couvrir les besoins de base, surtout cette année avec l’augmentation du coût de la vie.

Comme premier geste, le front commun demande que le salaire minimum soit augmenté tout de suite à 20 $ de l'heure.

Pour les PME, ça ne va pas aider

Louis-Philippe Gauthier, qui est vice-président en Atlantique de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), parle d’une augmentation très importante des tarifs d’électricité au Nouveau-Brunswick, à un moment où tous les coûts augmentent pour les entreprises.

Les entreprises à travers la province, à travers le pays, doivent composer avec des augmentations de prix sur toute la ligne, que ce soit au niveau des coûts de l'énergie dans ce cas-ci, des coûts des salaires, des coûts des assurances, a-t-il mentionné dans une entrevue à partir d’Halifax, jeudi. Ça ne va pas aider.

« C'est l'équivalent d'une brique à travers d'une vitre pour les entreprises, à ce point-ci. »

— Une citation de  Louis-Philippe Gauthier, Fédération canadienne de l'entreprise indépendante

Le Nouveau-Brunswick n’est pas le seul endroit où un distributeur d’électricité veut augmenter drastiquement la facture des consommateurs. En Nouvelle-Écosse, Nova Scotia Power a soumis une demande pour augmenter ses tarifs de 11,6 % sur deux ans.

Comme elle l’a fait en Nouvelle-Écosse, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante va maintenant sonder ses membres au Nouveau-Brunswick et amener leur point de vue devant la Commission de l’énergie et des services publics, qui doit approuver la requête d’Énergie NB pour que les hausses demandées entrent en vigueur.

Louis-Philippe Gauthier en train de parler. Il porte un veston-cravate.

Louis-Philippe Gauthier, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, lors d'un entretien l'année dernière.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Énergie NB est tenue de présenter des faits pour appuyer sa requête, et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante promet de réviser soigneusement les arguments de la société de la Couronne. La fédération sera assurément aux audiences de la Commission de l’énergie et des services publics, dit Louis-Philippe Gauthier.

Le représentant du groupe de défense des petites entreprises déplore par ailleurs un manque de transparence, à travers la région atlantique, sur ce qui attend les consommateurs. Dans un contexte de transition énergétique qui verra l’élimination des centrales au charbon d’ici 2030, on en sait encore peu sur les tarifs que l’on verra dans les sept prochaines années, déclare-t-il.

M. Gauthier souhaite qu’Énergie NB dresse un portrait le plus clair possible de la situation. C'est quelque chose qu'on a demandé en Nouvelle-Écosse, c'est quelque chose qu'on va demander, ici, au Nouveau-Brunswick, mentionne-t-il.

Pas d'intervention, mais de l'aide

Cette semaine, le premier ministre Blaine Higgs et son ministre de l’Énergie, Mike Holland, ont indiqué qu’ils n’interviendraient pas pour changer la décision que prendra la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick, quelle qu’elle soit.

À Fredericton jeudi, les deux partis d'opposition ont indiqué qu'ils étaient d'accord avec la position du gouvernement progressiste-conservateur de ne pas intervenir après la décision de la commission.

Les libéraux et les verts estiment que si le gouvernement Higgs intervenait, il ne ferait que perpétuer une longue histoire d'imposition ou de gels de tarifs motivés par des raisons politiques ou électorales.

Cela ne signifie pas nécessairement que l'opposition soutient Énergie NB. Au Parti libéral, le porte-parole sur les questions touchant les ressources énergétiques, Keith Chiasson, a accusé Énergie NB de gonfler injustement ses tarifs pour arracher aux consommateurs le maximum possible.

La cheffe libérale Susan Holt affirme que les gouvernements ne peuvent maintenir les tarifs artificiellement bas et que d’imposer à Énergie NB un ajustement trop peu ambitieux de ses tarifs ne ferait que déstabiliser davantage la société d’État.

Susan Holt demande cependant que le gouvernement Higgs prenne des mesures pour aider les Néo-Brunswickois qui n’ont pas les moyens d’encaisser une telle augmentation de leur facture d’électricité.

David Coon, le chef du Parti vert, souhaite que le gouvernement soutienne justement les consommateurs qui ont du mal à subvenir à leurs besoins de base. La responsabilité pour le gouvernement est d'aider les personnes avec les revenus faibles, avec les revenus fixes, d'assurer que [ce] sera abordable pour eux, a-t-il déclaré.

Avec des renseignements de Michèle Brideau, Michel Corriveau et Jacques Poitras (CBC)

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