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Système de protection de l’enfance : l’ACM intente un recours collectif de 1 G$

Le grand chef par intérim de l'Assemblée des chefs du Manitoba, Cornell McLean, prend la parole lors d'une conférence de presse à Winnipeg le 6 octobre 2022.

Le grand chef par intérim de l'Assemblée des chefs du Manitoba, Cornell McLean, prend la parole lors d'une conférence de presse à Winnipeg jeudi.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'Assemblée des chefs du Manitoba intente un recours collectif pour réclamer 1 milliard de dollars au gouvernement du Manitoba et au procureur général du Canada au nom des enfants, des familles et des communautés des Premières Nations touchés par le système de protection de l'enfance, jugé discriminatoire envers les Autochtones.

Jeudi, la protectrice des familles autochtones auprès de l'Assemblée des chefs du Manitoba, Cora Morgan, a déposé une requête à la Cour du Banc du Roi, cherchant réparation pour les personnes lésées de 1992 à ce jour.

Le grand chef par intérim de l'ACM, Cornell McLean, ajoute que, outre une compensation de 1 milliard de dollars, la poursuite demande des ressources correctement financées pour les enfants des Premières Nations et la fin des pratiques discriminatoires qui entraînent le retrait de tant d'enfants des Premières Nations de leur famille.

Avant la colonisation, il était impensable de retirer un enfant de sa famille, de sa nation, de ses terres et de sa culture, a affirmé Cornell McLean lors d'une conférence de presse jeudi à midi.

Cette action en justice est nécessaire pour que les gouvernements soient tenus responsables des préjudices qu'ils ont causés pendant des décennies.

Prenant connaissance de cette action intentée par l'ACM, un porte-parole du gouvernement du Manitoba dit : Toute déclaration de la province sera faite au tribunal.

Services aux Autochtones Canada et Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada affirme ne pas pouvoir formuler de commentaire quant à ce recours collectif puisqu'il examine la question, fait-il savoir dans un courriel.

Toutefois, le fédéral affirme qu'il continuera de traiter les recours collectifs avec les parties respectives et que le gouvernement du Canada poursuit le travail essentiel avec les peuples autochtones.

Cette action en justice intervient trois mois après que le gouvernement fédéral et l'Assemblée des Premières Nations, ainsi que d'autres plaignants, ont conclu un règlement de principe de 20 milliards de dollars.

Cette décision découle de deux recours collectifs concernant des enfants des Premières Nations retirés de leurs foyers dans les communautés autochtones entre 1991 et le printemps de cette année, pour des raisons liées, entre autres, à la discrimination dans le système de protection de l'enfance du Canada.

La protectrice des familles des Premières Nations auprès de l'ACM, Cora Morgan, affirme que cet accord ne concerne qu'environ 40 % des enfants des Premières Nations du Manitoba qui sont passés par le système fédéral de protection de l'enfance. La nouvelle poursuite vise les autres enfants, leurs familles et leurs nations, qui ne seraient pas couverts par les autres processus judiciaires enclenchés.

Des traumatismes à long terme

Au cours de la conférence de presse, une mère de la Première Nation de Little Saskatchewan et plaignante dans la poursuite, Amber Laplante, a expliqué que le système de protection de l'enfance l'a exposée à la violence et aux traumatismes et qu'il a échoué pour elle et sa fille.

Je participe à ce processus judiciaire parce que les jeunes des Premières Nations qui sont vulnérables comme je l'ai été ont besoin d'un soutien que le système ne peut pas fournir.

Tout comme je l'ai vécu tout au long de la vie de ma fille, le système n'a pas réussi à faire en sorte qu'elle soit prise en charge ou qu'elle ait la possibilité de s'épanouir, a-t-elle déclaré.

Roberta Godin, une autre plaignante, a exprimé des sentiments similaires, affirmant qu'aucun enfant ne devrait grandir séparé de sa famille.

Au lieu de nous soutenir dans la période où nous en avions besoin, le système a tout simplement pris mes enfants et mes petits-enfants, a-t-elle déclaré.

J'ai dû me battre de toutes mes forces pendant de nombreuses années pour retrouver mes enfants. J'ai réussi, mais la séparation nous a fait beaucoup de mal.

La cheffe de la Nation crie Misipawistik, Heidi Cook, est membre du Conseil des femmes des Premières Nations et est également une plaignante. Elle soutient que l'objectif de la poursuite est d'obliger les gouvernements provincial et fédéral à reconnaître leur responsabilité dans les préjudices causés par le système de protection de l'enfance.

Lorsque nos enfants sont retirés, notre nation est privée de ses futurs dirigeants et de ses grands défenseurs. Nous ne pouvons pas reconstruire nos nations si nos enfants continuent à nous être enlevés, affirme Heidi Cook.

Selon l'ACM, sur les quelque 11 000 enfants qui se trouvent dans le système de protection de l'enfance du Manitoba à l’heure actuelle, 80 % sont des membres des Premières Nations.

Beaucoup d'entre eux sont appréhendés en dehors des communautés, et 75 % sont pris en charge dans le sud de la province, précise Cora Morgan.

Elle dit que son bureau a pu permettre à 4300 enfants de retrouver leur famille ou empêcher qu’ils ne soient placés hors de leur famille. Il y a tellement de dégâts que nous ne pouvons pas réparer, ajoute-t-elle toutefois.

Les dommages qu'elle évoque sont l'itinérance, l'incarcération, les problèmes de santé mentale et d'autres problèmes auxquels la plupart des Canadiens ne font pas face, conclut-elle.

Avec les informations de Bryce Hoye

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