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Accès interdit à un demandeur d’asile incarcéré à la prison de Rivière-des-Prairies

Des barbelés à l'extérieur d'une prison.

L’Établissement de détention de Rivière-des-Prairies, à Montréal, où est détenu Juan, un demandeur d’asile du Venezuela. Nous n’utilisons que son prénom pour protéger son identité.

Photo : Radio-Canada

Juan, un demandeur d'asile du Venezuela, est présentement enfermé à la prison de Rivière-des-Prairies, à Montréal.

J'ai peur. Je ne peux pas dormir, je ne peux même pas fermer les yeux, a-t-il expliqué en pleurant au bout du fil. Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Je ne suis pas un criminel.

En effet, le jeune homme de 23 ans, qui dit souffrir de claustrophobie, n'a été reconnu coupable d'aucun crime et ne fait l'objet d'aucune accusation criminelle.

Pourtant, l'accès au monde extérieur lui est à peu près interdit en ce moment.

Les agents correctionnels à la prison de Rivière-des-Prairies ont refusé la demande de Radio-Canada de rencontrer Juan en personne.

Le jeune Vénézuélien était prêt à nous inscrire sur sa liste de visiteurs afin de pouvoir nous raconter son parcours.

Les autorités de la prison nous ont indiqué que les journalistes ne sont pas admis comme visiteurs. Seuls les proches et l’avocat d'un détenu peuvent faire une demande de visite. Or Juan n’a pas de famille à Montréal.

Un centre de détention derrière une clôture de métal.

La prison provinciale de Rivière-des-Prairies, à Montréal, abrite des migrants, dont des demandeurs d'asile, en vertu d'une entente entre Québec et Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

Bien qu'il soit un demandeur du statut de réfugié, détenu pour des raisons administratives, il est soumis aux mêmes conditions que la population carcérale.

Nous avons dû nous en tenir à un appel téléphonique rendu possible grâce à son avocate.

Mais même l'organisation de cet appel a été compliquée. Juan ne peut effectuer que des appels à frais virés à des téléphones fixes. Il lui est donc très difficile de parler à sa famille, en Amérique du Sud.

SVP ne m'abandonnez pas!

Juan pleurait à chaudes larmes lors de notre entretien téléphonique. Il a décrit la peur qu'il ressent en prison, où règne un climat de violence.

Chaque nuit, je pleure pour ma famille. Et je prie Dieu de m'aider à sortir d'ici, a-t-il dit en espagnol.

Le jeune homme a répété à plusieurs reprises qu'il ne va pas bien.

« J'ai peur que la seule façon de sortir d'ici, c'est si je suis mort. »

— Une citation de  Juan, demandeur d'asile incarcéré à la prison de Rivière-des-Prairies

Juan est arrivé par le chemin Roxham, à la frontière canado-américaine, en juillet dernier. Il dit que c'est la situation dans son pays qui l'a poussé à venir au Canada, où il espérait un avenir meilleur pour lui et sa famille.

Des migrants traversent une rivière avec des bagages dans une forêt.

Des personnes en route du Venezuela vers la Colombie, en septembre 2022.

Photo : Associated Press / Fernando Vergara

Une crise politique et humanitaire sans précédent secoue le Venezuela. Sur son site web, Affaires mondiales Canada dénonce le régime Maduro, qui a criminalisé et réduit au silence les opinions politiques opposées, et note que 94 % des Vénézuéliens vivent dans la pauvreté.

Juan est détenu par l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) non pas parce qu’il représente un danger pour la sécurité, mais parce qu’il doit fournir davantage de pièces d’identité officielles de son pays, selon des documents de la Commission de l'immigration que nous avons pu consulter.

Des vêtements propres sont suspendus pour sécher devant une maison délabrée près d'un port.

Une maison près de La Guaira, au Venezuela (septembre 2022). Selon Affaires mondiales Canada, 94 % des Vénézuéliens vivent dans la pauvreté, dont 76 % dans l'extrême pauvreté, en 2022.

Photo : Associated Press / Ariana Cubillos

Le jeune homme a d'abord été détenu au Centre fédéral de surveillance de l'immigration à Laval. Il a été transféré à la prison de Rivière-des-Prairies à la mi-septembre.

L'Agence des services frontaliers a choisi de le maintenir en prison, alléguant des troubles de comportement.

Selon son avocate, Chantal Ianniciello, Juan est plutôt en situation de détresse, en raison notamment de sa claustrophobie, et rien ne justifie selon elle qu'il soit derrière les barreaux.

SVP, ne m'abandonnez pas, a demandé Juan avant que la communication ne soit abruptement coupée.

Demander l'asile n'est pas illégal

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ne commente pas les cas individuels, mais une porte-parole du bureau canadien rappelle que les autorités ne doivent pas emprisonner les demandeurs d'asile à des fins administratives.

Azadeh Tamjeedi.

Azadeh Tamjeedi, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, bureau du Canada

Photo : Azadeh Tamjeedi

Selon le droit international, les demandeurs d'asile ne devraient pas être en détention au même endroit que des personnes qui sont détenues en raison de criminalité, explique Azadeh Tamjeedi, conseillère juridique principale chargée de la protection des personnes réfugiées et des demandeurs d'asile.

Elle explique que des solutions de rechange dans la communauté doivent être utilisées pour éviter la détention tant dans les prisons provinciales que dans les centres fédéraux de surveillance de l'immigration.

La détention, c'est vraiment une mesure de dernier ressort, dit Mme Tamjeedi.

Le fait de rechercher un lieu d'asile n'est pas un acte illégal, souligne-t-elle, même lorsque l'entrée est irrégulière.

Le ministre se défend de violer le droit international

Pour sa part, le ministre de la Sécurité publique, responsable de l'ASFC, maintient que son gouvernement respecte les normes internationales.

Marco Mendicino.

Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, en entrevue avec Radio-Canada, le 29 septembre 2022

Photo : Radio-Canada

Il peut y avoir des raisons légitimes de détenir des personnes qui viennent au Canada, même dans le cas de certaines personnes qui demandent l'asile, a affirmé Marco Mendicino à Radio-Canada.

Selon le ministre Mendicino, il est important que l'ASFC fasse des contrôles d'inadmissibilité pour protéger à la fois l’intégrité du système d’immigration et la sécurité de la population canadienne.

Nous devons donc équilibrer cela avec la nécessité de s'assurer que lorsque les personnes sont détenues, elles le sont d'une manière qui est conforme aux normes internationales.

Brigitte Bureau

Human Rights Watch et Amnistie internationale ne sont pas du même avis. Les organismes de défense des droits de la personne mènent présentement une campagne pour mettre fin à l'emprisonnement des migrants dans les prisons provinciales, une pratique qu'ils dénoncent comme étant contraire au droit international.

En vertu d'ententes signées avec l'ASFC, des provinces, dont le Québec et l'Ontario, acceptent d’enfermer dans leurs prisons des personnes détenues en vertu de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés.

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