•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Lois antiterrorisme : des ONG ne peuvent pas aider les Afghans sur le terrain

Neuf personnes, dont sept enfants, sont réunies par terre autour de morceaux de pain et de deux plats.

Une famille partage un repas frugal dans un des quartiers les plus pauvres de Kaboul le 21 mai 2022.

Photo : Associated Press / Ebrahim Noroozi

La Presse canadienne

Le ministre de la Justice, David Lametti, a admis mercredi que son gouvernement n'avait toujours pas trouvé une manière de résoudre un problème juridique, pourtant réglé il y a des mois par d'autres pays, pour permettre aux organismes humanitaires canadiens d'aider les Afghans sur le terrain.

Même si on sait maintenant qu'Ottawa a régulièrement conduit des pourparlers avec le régime taliban, les libéraux ne peuvent pas expliquer pourquoi les ONG canadiennes ne peuvent toujours pas fournir une aide dont les Afghans ont désespérément besoin.

C'est une question complexe et nous cherchons des solutions, a déclaré le ministre Lametti au Sénat mercredi.

Des ONG se disent incapables de fournir de l'aide aux gens dans le besoin en Afghanistan parce qu'elles pourraient subir des représailles à cause des lois antiterroristes au Canada, qui considèrent les talibans comme une organisation terroriste.

Au printemps dernier, des ONG avaient expliqué à des députés que selon Affaires mondiales Canada, elles ne pourraient pas payer un chauffeur en Afghanistan pour livrer de la nourriture ou des fournitures médicales, car ce salaire contribuerait au versement de taxes aux talibans.

Ces députés étaient membres d'un comité des Communes qui se penchait sur la réponse du Canada après la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan. En juin dernier, ce comité a recommandé au gouvernement de modifier la loi pour permettre aux ONG de venir en aide aux Afghans sur le terrain sans être poursuivies pour avoir aidé une organisation terroriste.

Des mois plus tard, la loi n'a toujours pas été modifiée. Les partis d'opposition et des groupes humanitaires accusent Ottawa de se traîner les pieds dans ce dossier puisque des alliés du Canada ont déjà trouvé des exemptions il y a maintenant des mois.

Portrait de David Lametti à l'extérieur du parlement.

Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, sur la colline du Parlement à Ottawa le 3 octobre 2022

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le ministre Lametti a déclaré mardi en entrevue que son gouvernement était sensible à cette question complexe, mais il a admis que les divers ministères impliqués dans ce dossier n'avaient pas pu trouver une solution.

Les modifications au Code criminel sont une des options envisagées, mais ce n'est pas la seule, et nous ferons de notre mieux pour trouver la bonne solution. Le ministre Lametti a ajouté qu'il était important que la solution choisie par le gouvernement n'ait pas d'effets pervers, mais il n'a pas donné d'exemples.

La sénatrice Ratna Omidvar a déclaré mercredi que la situation en Afghanistan était plus qu'urgente et qu'Ottawa devrait déjà avoir trouvé des façons d'offrir une sorte d'exemption à l'aide humanitaire. Je me fiche de la manière dont ils règlent le problème. Peu m'importe qu'il s'agisse d'une exemption aux poursuites ou d'un changement au tribunal antiterroriste : je veux qu'ils le règlent, un point c'est tout.

Elle se demande également si le gouvernement est vraiment saisi du problème, comme il l'a déclaré, puisqu'il jongle encore avec diverses options des mois après que cette question a été révélée pour la première fois. Y songer, ce n'est pas s'en saisir, a-t-elle déclaré, ajoutant que les ONG canadiennes ont les mains liées.

David Lametti évasif devant le Sénat

Mme Omidvar a pressé le ministre Lametti de questions à ce sujet à la Chambre haute mercredi, lui demandant un échéancier précis. Le ministre de la Justice a plutôt répété qu'il s'agit d'une affaire sérieuse.

Évidemment, je ne peux pas prendre les devants du processus au fur et à mesure qu'il avance, compte tenu du fonctionnement de notre Parlement, a-t-il dit. Nous examinons toutes les options et je ne peux pas en dire plus.

Deux jeunes filles tiennent une pelle et un pieu devant un terrain couvert de briques.

Deux jeunes filles qui travaillent dans une briqueterie prennent une pause l'instant d'un portrait le 12 septembre 2022 dans la région de Kaboul.

Photo : Associated Press / Ebrahim Noroozi

Fin août, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires à l'ONU, Martin Griffiths, a déclaré que plus de la moitié de la population afghane – quelque 24 millions de personnes – avait besoin d'aide et que près de 19 millions de personnes étaient aux prises avec une insécurité alimentaire aiguë.

L'organisation caritative Street Child affirme que le travail des enfants a triplé en Afghanistan au moment où le pays est écrasé par la sécheresse, par le tumulte économique et par les prix élevés du pétrole. Les responsables s'attendent à une situation encore pire à mesure que l'hiver s'installera.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, a déclaré que les libéraux auront bientôt quelque chose pour les organisations non gouvernementales.

« Nous devons nous assurer que l'argent peut parvenir aux ONG. Nous proposerons donc des solutions à ce sujet très bientôt [...] pour trouver des moyens d'aider les Afghans souffrant du régime des talibans »

— Une citation de  Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères
Mélanie Joly parle en Chambre.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, le 3 octobre 2022

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Mme Joly a également confirmé un reportage des médias selon lequel le Canada a conduit des pourparlers avec les talibans quelques semaines seulement après qu'ils ont pris le pouvoir en Afghanistan, en août 2021.

Les talibans, que le Canada considère comme une organisation terroriste, ont eu des discussions récurrentes avec des responsables occidentaux lors de réunions à Doha, au Qatar.

Nous n'avons aucune intention de reconnaître le régime taliban, donc ce que nous faisons à Doha, c'est vraiment nous assurer que nous faisons avancer les questions qui préoccupent les Canadiens, et cela inclut les filles et l'éducation, a déclaré Mme Joly.

Elle n'a pas commenté l'éventualité que le Canada se joigne à des alliés pour ouvrir un bureau de représentation multi-pays, une solution que certains experts ont proposée à la place d'une ambassade officielle pour suivre la situation des droits de la personne dans ce pays.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré aux journalistes que les pourparlers de Doha visaient à renforcer les droits de la personne en Afghanistan et à aider les Afghans qui le désirent à quitter le pays. Malheureusement, nous devons avoir des implications avec ces gens [les talibans], a-t-il dit.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !