•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Épuisée, une médecin quitte son travail en milieu rural

Une centaine de patients se retrouvent ainsi orphelins dans une région qui connaît déjà une grave pénurie de médecins.

Nicole Ranger se tient debout devant un camp dans la municipalité de Rivière des Français.

Dre Nicole Ranger a quitté son emploi à l'équipe de santé familiale Nord-Aski de Hearst.

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

Déplorant une «charge de travail énorme», la Dre Nicole Ranger de la clinique de santé familiale Nord Aski à Hearst quittera son poste en février prochain, afin de se rapprocher de sa famille dans la région du Grand Sudbury.

Cette dernière affirme qu’elle n’a pas pris cette décision à la légère.

J’ai énormément de peine, mais c’est pour le bien de ma santé mentale, déclare-t-elle.

La clinique de santé familiale Nord-Aski indique qu’elle établira un plan pour assurer le suivi des centaines de patients qui se retrouveront sans médecin de famille après son départ.

Mais pour certains patients, comme Angèle Delage, la Dre Ranger est difficilement remplaçable.

Elle est très aimée dans notre communauté. Elle est une excellente médecin, qui a toujours su répondre à mes besoins, confie Mme Delage, qui a récemment reçu un diagnostic d'une maladie qui nécessite un suivi médical régulier.

Façade externe de la clinique.

L'équipe de santé familiale Nord-Aski joue un rôle essentiel dans le système de santé de Hearst, dans le Nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Francis Bouchard

Dre Ranger fait preuve de courage en prenant cette décision, selon sa collègue Dre Marjolaine Talbot-Lemaire.

On comprend ses raisons, et on sait que laisser aller des patients, ce n’est pas facile, relate-t-elle.

Dre Talbot-Lemaire affirme toutefois que le départ de Dre Ranger est représentatif d’une tendance plus large à l’échelle de la province.

« Malheureusement, dans plusieurs communautés, surtout dans le Nord de l’Ontario, la charge de travail des médecins devient simplement trop lourde. »

— Une citation de  Marjolaine Talbot-Lemaire, médecin à la clinique de santé familiale Nord-Aski
Marjolaine Talbot-Lemaire dans une salle de clinique.

La Dre Marjolaine Talbot-Lemaire travaille à la clinique de santé familiale Nord-Aski.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Hearst compte déjà 2 500 patients orphelins, soit presque la moitié de la population totale de la ville.

La coordonnatrice du recrutement de l'Hôpital Notre-Dame de Hearst, Mélanie Goulet, s’attend à ce que le départ de Dre Ranger rallonge cette liste.

Les spécificités de la médecine en milieu rural

Je ne suis pas la seule à ressentir la pression et le lourd stress vécu par les médecins en Ontario; surtout ceux qui pratiquent la médecine familiale en français dans des communautés éloignées, raconte Dre Ranger.

« Chaque jour, la menace de fermeture d’un service en raison du manque de personnel plane sur nos consciences. »

— Une citation de  Dre Nicole Ranger

Les médecins en milieux ruraux doivent faire des choses que les médecins en milieu urbain ne font pas. Parmi mes collègues, il y en a qui font de l'obstétrique, des césariennes, des accouchements, de l'anesthésie, de l’endoscopie, des services chirurgicaux, énumère-t-elle.

Cette diversité de responsabilités est ce qui a éveillé sa passion pour la médecine rurale en premier lieu. Mais la pénurie de main-d'œuvre complexifie la charge de travail déjà énorme des médecins en milieu rural, selon Dre Ranger.

Après son départ de Hearst, elle compte continuer de pratiquer la médecine, mais dans un milieu plus urbain comme le Grand Sudbury. Elle pourra ainsi se rapprocher de ses amis et sa famille, qui résident dans la région de Rivière-des-Français.

Une situation qui continue d’empirer

Au cours des dernières années, le nombre de médecins de l’équipe de santé familiale Nord-Aski a chuté de huit à cinq, explique Dre Talbot-Lemaire.

Avant même le départ de Dre Ranger, nous n’étions pas assez pour offrir des soins à toute la communauté, déplore-t-elle. 

« C’est très difficile de trouver l’équilibre entre le travail, la maison, la santé physique et mentale. On fait de notre mieux. Mais on ne peut pas tout faire non plus. »

— Une citation de  Dre Marjolaine Talbot-Lemaire

C’est la deuxième fois en trois ans qu’Angèle Delage perd son médecin de famille.

J’imagine qu'on n'aura pas le choix, et qu’on devra aller à l’urgence, même si ce n’est pas idéal parce que ça contribue à l’engorgement des salles d’urgence, remarque-t-elle.

Recruter et former la relève

Dre Ranger affirme que le manque de ressources, humaines et matérielles, est difficile à cacher aux étudiants en médecine qui viennent dans le Nord de la province pour être formés.

Néanmoins, elle encourage ceux qui s’intéressent à la médecine à garder espoir. Les choses ne peuvent pas rester comme elles le sont présentement. Il va certainement y avoir un éveil, estime-t-elle. 

 

« Nonobstant les défis qu’on peut vivre, il faut reconnaître le privilège qu’on a d’être médecin. On appuie les gens dans les moments les plus difficiles, c’est quelque chose de très unique aux soins de santé. »

— Une citation de  Dre Nicole Ranger

Pour sa part, Dre Talbot-Lemaire réitère l’importance d’admettre des étudiants originaires des régions rurales dans des établissements comme l’Université de l’École de Médecine du Nord de l’Ontario. 

Même si elle avait l’embarras du choix lorsqu’elle a complété sa résidence médicale au Nouveau-Brunswick, la Dre Talbot-Lemaire a tout de même décidé de revenir dans sa région natale. Mes racines, ma famille sont ici. 

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !