•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La victime de viol de Jacob Hoggard poursuit le chanteur au civil pour 2,8 millions

Au criminel, l'audience sur la détermination de la peine contre l'artiste a donné lieu à une déclaration émouvante.

Une illustration judiciaire

La victime de Jacob Hoggard (en tailleur beige) lit à la cour sa déclaration sur l'impact que l'agression sexuelle a eu sur sa vie depuis six ans. Le chanteur est en costume noir à côté de sa femme.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

La résidente d'Ottawa, qui a été agressée par Jacob Hoggard en 2016, a déposé une poursuite de 2,8 millions de dollars contre le chanteur pour pertes et préjudices. Le musicien de 38 ans a été reconnu coupable en juin d'avoir violé et blessé la femme dans un hôtel de Toronto.

La Couronne a réclamé de 6 à 7 ans de prison contre Jacob Hoggard au premier jour de l'audience sur la détermination de la peine, jeudi, au palais de justice de Toronto.

La défense du chanteur est pour sa part restée muette à ce sujet avant la reprise des audiences dans une semaine.

Un différend au sujet du rapport psychologique concernant la santé du chanteur n'a pu être réglé en une seule journée, si bien que les plaidoiries ont été ajournées au 14 octobre.

Qu'à cela ne tienne, la cour a pu entendre la déclaration émouvante de la victime sur l'impact que l'agression sexuelle du 22 novembre 2016 a eu sur sa vie.

Une confession poignante

Debout devant un lutrin, la victime, dont l'identité est frappée d'un interdit de publication, a expliqué à la cour les six dernières années de sa vie.

Elle avait refusé cette fois de prendre la parole dans le box des témoins, comme lors de son témoignage lors des audiences du printemps. Des amis étaient venus la soutenir dans le prétoire.

La défense m'a victimisée une seconde fois lors du procès après que son client m'eut violemment agressée il y a 6 ans, dit-elle d'entrée de jeu en jetant un regard du côté de la défense.

Illustration judiciaire de l'accusé qui est debout dans une salle d'audience en train d'écouter le verdict du jury.

Le président du jury au procès de Jacob Hoggard lit le verdict contre l'accusé, qui est debout en compagnie de son avocate, Megan Savard, le 5 juin 2022 à Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

La femme de 29 ans précise qu'elle est depuis restée traumatisée et qu'elle n'a pu terminer ses études, si bien qu'elle est toujours sans emploi.

Je ne suis plus la même personne, une partie de moi est morte ce jour-là, on a volé une partie précieuse de ma vie que je ne retrouverai jamais, poursuit-elle.

La plaignante affirme en outre qu'elle n'a plus d'amour propre, qu'elle a perdu confiance et qu'elle n'est plus maître de son corps ni de sa voix.

Pendant que d'autres jeunes dans la vingtaine vivaient leur vie insouciante, moi, je pleurais à n'en plus finir pour trouver le sommeil, souligne-t-elle.

Dessin de cour représentant Jacob Hoggard.

Jacob Hoggard a témoigné durant deux jours à la barre de son propre procès au printemps 2022.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle précise qu'il lui arrive toujours d'aller au lit parfois et de prier pour qu'elle ne se réveille plus. Elle raconte par exemple qu'elle a finalement raconté à son père, en 2018, ce qui lui était arrivé deux ans plus tôt, une nuit durant laquelle elle ne trouvait pas le sommeil.

Je l'ai entendu se décomposer au bout du fil; je me sens coupable d'avoir causé autant de peine à ma famille, déclare-t-elle.

Elle a ensuite soutenu que la justice n'est pas conçue pour les survivants d'agressions sexuelles, puisqu'elle a dû notamment réentendre sans cesse et sans d'autre choix des conversations téléphoniques pénibles avec l'accusé dont elle ne se souvenait même pas.

On m'a posé des questions insignifiantes désignées à excuser la conduite de l'accusé, souligne-t-elle.

Une illustration de la Couronne qui présente ses arguments finaux au jury.

La procureure de la Couronne, Jill Witkin, présente ses arguments finaux au jury le 27 mai 2022.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Elle a ajouté qu'on avait par ailleurs diffusé par erreur une vidéo d'une autre plaignante, en lui faisant croire qu'il s'agissait bien d'elle.

Elle a enfin fait allusion au fait que le procès avait été retardé à maintes reprises à cause de la pandémie et qu'elle n'avait donc pu tourner la page plus tôt sur toute l'affaire. Elle a en outre remercié ceux qui avaient cru en elle.

En terminant, elle s'est directement adressée à Jacob Hoggard en reprenant les mots qu'il avait eus à son endroit dans la chambre d'hôtel. Ne t'inquiète pas, ce sera bientôt terminé, en faisant allusion qu'il connaîtra bientôt sa sentence.

Un témoignage contesté

La défense a eu quelques réserves au sujet des certains passages de la déclaration de la plaignante. Me Megan Savard a demandé à la juge de ne pas en tenir compte dans sa sentence.

L'avocate cite, par exemple, la section de la déclaration dans laquelle la plaignante affirme qu'[elle] a dû endurer les railleries d'admiratrices de l'accusé qu'elles défendaient en ligne.

Ces femmes que je ne connaissais pas ont fabriqué des T-shirt en signe d'appui à mon agresseur, avait-elle dit un peu plus tôt.

La procureure Jill Witkin a reconnu que cette partie ne devrait avoir aucun impact sur la détermination de la peine à retenir contre le chanteur. On ne peut non plus le pénaliser pour les nombreux retards dans ce procès, ajoute-t-elle.

Une illustration judiciaire.

La procureure de la Couronne, Jill Witkin, interroge à la barre des témoins la plaignante lors du procès au printemps 2022.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Au sujet de la diffusion malencontreuse de la mauvaise vidéo, la Couronne et la défense s'entendent pour dire que tout procès, même sans erreur, peut causer du tort à des plaignantes, parce que le processus est ardu en ce qui les concerne.

Qu'à cela ne tienne, Me Savard pense que la juge doit écrire dans sa sentence qu'aucun procès n'est parfait et que la cour a tenté de minimiser le préjudice qui a été causé à mon client par la diffusion de cet enregistrement.

Me Witkin parle plutôt d'une expérience difficile hors de l'ordinaire qui a dû être pénible pour la plaignante.

La juge Gillian Roberts, de la Cour supérieure de l'Ontario, a reconnu qu'une grave erreur avait été commise, mais sans blâmer qui que ce soit.

Une poursuite au civil

Dans sa poursuite, la plaignante écrit notamment qu'elle est atteinte d'un syndrome de stress post-traumatique, qu'elle se sent coupable, humiliée et honteuse et qu'elle est incapable de nouer des relations amoureuses ou intimes.

Elle y mentionne qu'elle est sujette à la colère, l'anxiété, la dépression et à des attaques de panique. Le montant des dommages qu'elle réclame s'élève à 2,8 millions de dollars.

La poursuite, dont Radio-Canada a obtenu copie, est très récente, puisqu'elle a été déposée le 3 octobre devant le tribunal, soit trois jours avant le début des observations sur la peine.

Une illustration judiciaire du contre-interrogatoire de la défense.

L'avocate de la défense, Megan Savard, contre-interroge la plaignante devant la juge, la registraire, le jury et son client, Jacob Hoggard.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Dans ce procès criminel, la défense du chanteur a toujours dit que son client avait eu des relations consenties et que les plaignantes avaient fabriqué leur histoire dans le but de se venger parce que le chanteur ne voulait plus rien savoir d'elles.

Elle a d'ailleurs décidé d'interjeter appel du verdict de culpabilité. Dans un communiqué, elle écrivait notamment en juin que le verdict soulevait des questions juridiques qui ne manqueront pas d’attirer l’attention de la Cour d’appel de l’Ontario.

La Couronne avait plutôt dépeint l'accusé comme un opportuniste sexuel possessif, violent et sans empathie. Elle avait en revanche renoncé à interjeter appel du verdict d'acquittement concernant une seconde plaignante.

Elle avait par ailleurs tenté en vain de faire révoquer la caution du chanteur pour l'emprisonner avant son audience de ce matin.

Une illustration judiciaire.

L'avocate Megan Savard contre-interroge la plaignante lors du procès, sous les regards intéressés de son client et de l'épouse du chanteur assise derrière.

Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

La juge Gillian Roberts, de la Cour supérieure de l'Ontario, avait refusé d'incarcérer l'artiste, mais elle avait resserré ses conditions de remise en liberté à la demande de la Couronne en attendant de lui infliger son châtiment.

Elle avait notamment expliqué qu'il était nécessaire de conserver la confiance du public dans l'administration de la justice et de s'assurer que Jacob Hoggard ne se volatilise pas dans la nature en attendant sa sentence.

Depuis le verdict, le chanteur, qui travaille dans la construction, est donc resté en Colombie-Britannique grâce à une caution de 200 000 $. Il avait été soumis à de strictes conditions de remise en liberté.

Un 2e procès en attente

Jacob Hoggard fait par ailleurs face à de nouvelles allégations de viol au sujet d'une rencontre qu'il a eue avec une troisième plaignante en juin 2016 à Kirkland Lake.

L'accusation d'agression sexuelle ayant causé des blessures avait été déposée en mars 2022, mais elle avait été gardée confidentielle en raison du procès qui s'est tenu au printemps par rapport aux plaintes des deux premières femmes.

Jacob Hoggard a déjà comparu au milieu de l'été de façon virtuelle devant le tribunal de Haileybury, dans le Nord de l'Ontario, à ce sujet.

Un interdit de publication nous empêche d'en dire davantage au sujet de la troisième affaire d'agression sexuelle.

Aucune date n'a encore été déterminée pour son second procès.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !