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La popularité des « wax pen » dans les écoles de l’Abitibi-Témiscamingue inquiète

Une vapoteuse dans la main d'un adolescent.

La « wax » peut être consommée sous différentes formes. Certains utilisent des vapoteuses qui ressemblent à des crayons.

Photo : Gracieuseté

Des experts du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) se disent de plus en plus préoccupés par la popularité de ce produit illégal auprès des jeunes de la région.

La wax, une substance pouvant s’apparenter à de la cire ou à du miel, est en fait de l’huile de cannabis ayant une forte concentration de tétrahydrocannabinol (THC), pouvant s’élever à près de 99 %.

Une teneur bien au-delà de la limite de 30 % imposée par la Loi encadrant le cannabis.

Des emballages de produits dérivés du cannabis.

Plusieurs saveurs et emballages attirants sont facilement accessibles sur plusieurs sites Internet.

Photo : Gracieuseté

Ce produit peut être consommé sous différentes formes, notamment grâce à des vapoteuses ressemblant à des crayons. Des cartouches de liquide à saveur de bonbons et de fruits, aux emballages des plus colorés, sont particulièrement populaires chez les jeunes.

La vapeur qui en émane est d’ailleurs presque inodore, ce qui rend le produit d’autant plus préoccupant, comme l’indique Anne-Marie Landry, spécialiste en activité clinique du volet dépendance pour le CISSS-AT.

« On en voit de plus en plus dans les écoles secondaires. L’absence d’odeur et la banalité des "wax pen" pourraient mener les utilisateurs à croire que le produit n’est pas dangereux, étant donné sa discrétion. C’est faux.  »

— Une citation de  Anne-Marie Landry, spécialiste en activité clinique du volet dépendance pour le CISSS-AT

Une accessibilité inquiétante

Selon la Sûreté du Québec (SQ), les consommateurs parviennent aisément à se procurer ce produit, en ligne, et sont en mesure de le faire livrer directement à leur porte. Certains trafiquants en feraient même le commerce et la promotion directement auprès des jeunes, dans les écoles ou sur les réseaux sociaux.

À la suite d’une simple recherche sur Internet, nous avons identifié plus d’une dizaine de sites Internet où il suffit de cocher oui à la question Avez-vous 19 ans? pour accéder à un large éventail d’appareils de vapotage de concentrés de cannabis. Le paiement s’effectue ensuite par virement bancaire et la livraison est offerte partout au Québec, malgré l’illégalité de ces produits.

Nancy Fournier pose devant deux véhicules de police.

La sergente Nancy Fournier rappelle que ce produit est illégal.

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

La sergente Nancy Fournier, responsable des communications pour la SQ, juge qu’il est nécessaire de rappeler à la population que l’achat ou la revente de wax pen implique d’importantes conséquences juridiques.

Une personne qui achèterait ce type de produit en ligne pourrait faire face à une peine de cinq ans moins un jour d’emprisonnement. Un adulte qui distribuerait du cannabis ou ses dérivés à un mineur pourrait quant à lui recevoir une peine maximale de 14 ans de prison, explique-t-elle.

Des effets nocifs pour la santé

Selon Anne-Marie Landry, les jeunes ayant consommé du cannabis fortement concentré en THC peuvent présenter des difficultés à respirer, des épisodes d’anxiété et de la tachycardie, c’est-à-dire une accélération des battements du cœur.

Mme Landry indique d’ailleurs que plusieurs intervenants régionaux ont déjà rapporté des cas d’hospitalisations.

On ne savait pas ce qu’ils avaient consommé. On découvre souvent après les hospitalisations qu’il s’agissait de wax pen. Je recommande vraiment aux personnes qui remarquent des symptômes inquiétants chez un jeune de contacter le 811, souligne-t-elle.

Anne-Marie Landry sourit à la caméra.

Anne-Marie Landry, spécialiste en activité clinique du volet dépendance pour le CISSS-AT

Photo : Gracieuseté : CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue

La spécialiste des dépendances tient également à signaler la présence de plus en plus remarquée du syndrome d’hyperémèse cannabinoïde (SHC) chez les consommateurs de cannabis concentré, particulièrement chez les jeunes.

Les personnes atteintes de ce syndrome ont des nausées et des douleurs abdominales persistantes qui peuvent entraîner des vomissements fréquents et répétitifs, ainsi qu’une perte de poids, explique-t-elle. La consommation fréquente de cannabis et une forte concentration en THC peuvent augmenter les risques.

Anne-Marie Landry précise que la seule manière d’éliminer ces symptômes de manière permanente est de cesser la consommation définitivement. Elle ajoute que les personnes atteintes du SHC peuvent toutefois prendre une douche ou un bain chaud pour tenter de soulager temporairement leurs inconforts.

Martin Adam accorde une entrevue à Radio-Canada au centre-ville de Rouyn-Noranda.

Martin Adam, travailleur social spécialisé en produits de vapotage et en substances psychoactives (archives)

Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas

Martin Adam, travailleur social spécialisé en produits de vapotage et en substances psychoactives pour le CISSS-AT, soutient quant à lui que l’utilisation de wax pen à un jeune âge peut avoir des effets délétères sur le développement du cerveau.

Le cerveau est encore en pleine construction chez les jeunes du secondaire. On peut voir des baisses généralisées d’énergie, une diminution du rendement scolaire, des changements d’humeur ou même une détérioration des relations sociales, énumère-t-il.

Il soutient aussi qu'il n'est pas rare de voir des adolescents subir des pertes de conscience momentanée.

La prévention est de mise pour les jeunes

Selon Martin Adam, les parents qui souhaiteraient prévenir l’utilisation de la wax pen chez leurs enfants devraient d’abord ouvrir une discussion franche sur la consommation de drogues, tout en évitant le jugement.

« L’objectif est de comprendre le besoin qui se cache derrière ça. Est-ce que c’est pour diminuer l’anxiété, faire comme les autres, chercher un sentiment d’appartenance? Ça passe vraiment par une communication ouverte avec l’enfant. »

— Une citation de  Martin Adam, travailleur social au CISSS-AT

Le travailleur social propose d’identifier des activités alternatives qui seraient plus adéquates, tel qu’inscrire l’enfant à une activité sportive, par exemple.

Autrement, Martin Adam suggère aux parents de surveiller les colis suspects et de rappeler aux enfants que l’utilisation de la wax pen est illégale au Québec.

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